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Réunion informelle des ministres des États membres de l’Union Européenne chargés de la politique culturelles et des affaires européennes

Paris , 

« Patrimoine européen »

 

Tel que prononcé

 

Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames, Messieurs,

C’est pour moi un plaisir d’être ici avec vous aujourd’hui – et je vous remercie d’avoir invité le Conseil de l’Europe à cette réunion, à deux semaines du début de la Présidence française du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe.

Je voudrais commencer par m’associer au fort ressenti déjà exprimé dans cette salle.

Le choc de l’incendie qui a bien failli détruire la Cathédrale Notre-Dame nous a rappelé à la fois l’importance mais aussi la fragilité de notre patrimoine culturel.

Je dis « notre patrimoine » car certes, Notre-Dame est le plus français des symboles, mais les témoignages d’inquiétude et de solidarité, les dons venus de toute l’Europe sont le témoignage concret d’une identité commune. La perte qui a bien failli se produire nous a tous affectés.

Il s’agit là de quelque chose que le Conseil de l’Europe a toujours compris.

Nos pères fondateurs savaient fort bien que pour faire progresser les droits de l’homme, la démocratie et l’Etat de droit, il fallait davantage d’unité en Europe – et que cette unité ne pouvait se faire qu’à partir d’un socle de valeurs communes sous-tendues par un patrimoine commun.

C’est pourquoi le premier traité du Conseil de l’Europe à avoir vu le jour après la Convention européenne des droits de l’homme a été la Convention culturelle européenne, en 1954, engageant les Etats membres à sauvegarder notre patrimoine commun et à encourager le développement d’une culture européenne.

Aujourd’hui, nos 47 Etats membres sont tous représentés au sein de notre Comité directeur de la culture, du patrimoine et du paysage, aux travaux duquel participent également bon nombre d’autres pays dans le monde.

Je salue donc les autorités françaises pour avoir organisé cette réunion et tiens à vous rassurer : les objectifs que vous avez fixés sont aussi ceux du Conseil de l’Europe.

Le Conseil de l’Europe se tient prêt pour cela à travailler avec vous, avec l’UE, l’UNESCO – et toutes les autres organisations pertinentes – pour trouver le meilleur moyen d’avancer.

Nous sommes fermement convaincus de l’intérêt d’un réseau européen pour coordonner l’expertise qu’il convient de mobiliser afin de protéger le patrimoine en péril et de faciliter une intervention éventuelle en situation de crise.

Bien entendu, nos travaux nous ont permis d’engranger des connaissances, de l’expertise et des contacts que nous pourrions mettre à votre disposition.

Au fil des ans, nous avons élaboré six Conventions dans ce domaine.

Ces traités juridiquement contraignants reposent sur l’idée qu’il convient non seulement d’empêcher que le patrimoine culturel de notre continent soit endommagé – mais qu’il importe aussi de le protéger et de le promouvoir.

Au nombre de ces traités figurent nos conventions pour la protection du patrimoine archéologique mais aussi architectural de l’Europe, ainsi que nos Conventions sur le paysage européen, la valeur du patrimoine culturel pour la société, et les infractions visant des biens culturels.

Parallèlement à ces traités, nos innombrables recommandations, résolutions et guides de bonnes pratiques jouent un rôle essentiel pour aider les gouvernements nationaux à faire en sorte que le patrimoine européen prospère dans le contexte actuel.

 

Les leçons que nous avons tirées seront utiles pour les travaux qu’entreprendront les participants à cette réunion.

J’aimerais encore évoquer deux initiatives : notre Stratégie 21, en cours de mise en œuvre et qui émane de la Convention de Faro sur la valeur du patrimoine culturel pour la société, ainsi que nos Journées européennes du patrimoine. Ces deux initiatives partagent un autre objectif pertinent pour cette réunion.

L’une comme l’autre sont conçues pour encourager la participation publique en tant qu’acte de citoyenneté démocratique, et entendent tout particulièrement associer les jeunes.

La proposition émise aujourd’hui de donner aux jeunes Européens des possibilités de prendre part à des projets de conservation et de restauration est importante.

 

Tout aussi important est le but sous-tendant cette proposition, qui est de préserver les compétences et l’artisanat d’art pour qu’ils se transmettent au fil du temps, d’une génération à l’autre.

Je suis certaine que le Corps européen de solidarité, le programme Erasmus+ et d’autres mécanismes en place ont un rôle positif à jouer à cet égard.

Cela va de soi, il est important que les jeunes Européens aient accès à des centres d’excellence reconnus qui les formeront au plus haut niveau et leur donneront l’expérience pratique nécessaire.

Par le passé, le Conseil de l’Europe a déjà financé les études de jeunes Européens aux métiers du Patrimoine sur l’île de San Servolo, à Venise.

Ce programme a, pendant trente ans, permis à des jeunes de bénéficier de sept mois de formation spécialisée – dans le travail du verre, du métal, du bois, du fer ou d’autres métiers de l’artisanat d’art - suivis de deux mois d’expérience pratique sur le terrain, dans des sites répartis dans toute la ville de Venise.

Ce programme a été ainsi à l’origine d’une contribution majeure au gisement de talents autour du patrimoine culturel européen.

Ses retombées continuent encore aujourd’hui à servir des projets du patrimoine sur tout notre continent.

Là aussi, nous serions ravis de partager avec vous les enseignements tirés de cette expérience et de nous associer aux futures initiatives de formation.

Mesdames, Messieurs, le fil d’or du patrimoine culturel commun de l’Europe est par essence porteur de valeur esthétique autant qu’historique.

Mais plus que cela, il unit des nations – et notre continent tout entier – par le sens d’une identité et d’une unité que nous avons tous en partage.

Il nous ancre dans notre passé, pour que nous puissions regarder notre avenir en toute confiance, tel que l’exprime parfaitement la Déclaration adoptée lors de cette réunion.

Ensemble, c’est précisément cela que nous pouvons faire.