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La Bosnie-Herzégovine doit d’urgence développer ses capacités d’accueil des migrants, améliorer l’accès à l’asile et protéger les enfants migrants non accompagnés

Lettre
Strasbourg 11/12/2020
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Camp de Lipa, © Damir Sagolj / Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe

Camp de Lipa, © Damir Sagolj / Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe

Dans une lettre rendue publique aujourd’hui, la Commissaire appelle les autorités de Bosnie-Herzégovine à remédier aux insuffisances persistantes concernant leur traitement des migrants et des demandeurs d'asile. La lettre est adressée à M. Zoran Tegeltija, président du Conseil des ministres de Bosnie-Herzégovine, et à M. Selmo Cikotić, ministre de la Sécurité de Bosnie-Herzégovine.

La Commissaire s’inquiète du fait, qu’un an après la fermeture du camp de Vučjak en décembre 2019 qui a suivi sa visite en Bosnie-Herzégovine, une autre crise humanitaire sévit dans le canton d’Una-Sana. De nombreux rapport d’organisations internationales et d’organisations non-gouvernementales travaillant sur le terrain font état de conditions déplorables dans le camp d’urgence de tentes de Lipa notamment d’une absence d’électricité et d’eau courante ainsi que d’une surpopulation, suite au transfert de migrants depuis le centre d’accueil temporaire de Bira et la fermeture de celui-ci. La fermeture du centre de Bira et l’interdiction de nouvelles admissions au centre d’accueil temporaire de Miral décidée par les autorités d’Una- Sana ont également eu de graves conséquences humanitaires pour des centaines de migrants et de demandeurs d’asile, y compris des familles avec enfants, qui ont été laissés sans hébergement, nourriture, ni soins médicaux. La restriction de circulation des migrants imposées par les autorités cantonales ont davantage aggravé la situation difficile de la plupart des groupes vulnérables, en particulier les enfants migrants non-accompagnés, les femmes enceintes et les personnes âgées. 

La Commissaire souligne que la Fédération de Bosnie-Herzégovine, la Republika Srpska et le District de Brčko, ainsi que tous les cantons, devraient partager plus équitablement la responsabilité de l'accueil des migrants et des demandeurs d'asile. Les migrants et demandeurs d’asile sont actuellement hébergés dans des centres d’accueil qui ne sont situés que dans quelques parties de la Fédération de Bosnie-Herzégovine, ce qui doit changer, estime la Commissaire. Celle-ci croit d’ailleurs comprendre que des financements sont disponibles pour créer de nouveaux centres d’accueil.

 Alors que sont signalées des violences commises dans différentes parties du pays par des groupes d’autodéfense locaux, qui agressent des migrants et détruisent leurs biens, la Commissaire appelle les responsables politiques à lutter contre ces pratiques et à se garder de tenir des propos qui stigmatisent les réfugiés et les migrants et de faire des généralisations à leur sujet. Elle s’inquiète, en outre, d’informations faisant état d’attaques et de menaces à l’encontre de défenseurs des droits de l’homme venant en aide aux migrants, y compris d’une campagne de dénigrement et de menaces de mort. Elle encourage vivement les autorités à mener des enquêtes rapides, indépendantes et impartiales sur les attaques visant des défenseurs des droits de l'homme qui viennent en aide aux migrants, et à déférer les responsables à la justice.

De plus, la Commissaire souligne la nécessité de lever les obstacles qui entravent l’accès à la procédure d’asile et de faire en sorte que les décisions soient rendues plus rapidement.

La Commissaire recommande aussi d’améliorer d’urgence les conditions de vie des centaines d’enfants migrants non accompagnés, y compris les quelque 480 d’entre eux qui sont hébergés en centre d’accueil, et de faire en sorte qu’un tuteur puisse leur être attribué.

Enfin, elle demande aux autorités de préciser comment elles envisagent de favoriser l’accès des enfants migrants au système éducatif ordinaire, qui n’est pas garanti à tous de manière uniforme dans l’ensemble du pays.