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Discours de Maud de Boer-Buquicchio,Secrétaire Générale Adjointe du Conseil de l’Europe

Ouverture de la table ronde
« Vieillir en Europe : Quelles perceptions ?
Quelles pratiques ? »
(Aubette, Place Kléber, Jeudi 3 février 2011, 18h00)

Embargo jusqu’au prononcé / seul le prononcé fait foi

Mesdames,
Messieurs,

Un grand homme d’Etat français, Robert Badinter, a un jour écrit : « Dans le sort de chaque être humain, dans sa dignité sauvegardée ou perdue, se joue l’idée de l’Humanité toute entière. »

Cette citation reflète parfaitement l’esprit avec lequel le Conseil de l’Europe aborde son travail de garant des droits de l’homme. Elle contient des mots clés qui doivent résonner dans nos débats aujourd’hui : « sort », « dignité », « humanité ».

Les développements de la science et des techniques dans le domaine biomédical sont source de progrès considérables notamment pour la santé humaine. Mais leurs applications soulèvent également des questions fondamentales mettant en jeu notre vision de l’homme et de sa place dans la société, la protection de la dignité humaine et de l’intégrité de la personne, de ses droits et ses libertés.

Ce Forum européen de bioéthique a choisi pour thème celui du vieillissement et de la fin de vie.

Dans les cinquante dernières années, l’espérance de vie de chacun d’entre nous a considérablement augmenté, et va continuer de s’accroître. Un enfant sur deux qui nait aujourd’hui devrait devenir centenaire. De nombreux facteurs peuvent être invoqués pour expliquer cette évolution, notamment les avancées dans le domaine biomédical.

Comment ne pas s’en réjouir si cela témoigne d’une amélioration de la qualité de la vie ?

Mais paradoxalement, cette évolution soulève nombre d’inquiétudes. L’allongement de l’espérance de vie, mais également les évolutions démographiques qui l’accompagnent, créent de véritables défis pour nos sociétés - des défis sociaux, économiques, en matière de santé.

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, et par la suite de nombreux traités internationaux, ont spécifiquement affirmé les droits des personnes âgées. Le Conseil de l’Europe a d’ailleurs fait un travail pionnier dans ce domaine, avec notamment la Charte sociale européenne, qui garantit, dans le cadre de la protection juridique et sociale, des mesures spécifiques en faveur des personnes âgées.

Mais, alors que l’espérance de vie augmente, la vulnérabilité des personnes « âgées » semble s’accroitre, nous obligeant à repenser l’application de droits fondamentaux depuis longtemps établis : non discrimination sur la base de l’âge, équité d’accès aux soins, y compris aux soins palliatifs, et surtout et avant tout : respect de la dignité.

C’est en accord avec sa mission de protection des Droits de l’Homme que le Conseil de l’Europe continue à développer ses travaux sur ces questions complexes.

Les débats concernant la fin de la vie sont souvent réduits à la seule problématique de l’euthanasie. Les discussions menées au niveau de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe ont montré les difficultés de parvenir à un minimum de consensus. 

Cependant, et sans prétendre enlever de l’importance au débat sur l’euthanasie, il faut souligner qu’il ne concerne en réalité qu’un nombre très limité de cas. Les situations les plus fréquentes sont celles qui concernent les traitements médicaux des personnes en fin de vie. Ce sont celles-ci que le Conseil de l’Europe a examinées en détail lors d’un symposium en décembre dernier.

En effet, en Europe, plus d’une personne sur deux meurt à l’hôpital, au terme de traitements de plus en plus longs. Ce sont les décisions de limitation, d’arrêt ou d’initiation des traitements médicaux dans ces situations de fin de vie, qui ont été au cœur des discussions lors de notre symposium.

Des décisions auxquelles les patients sont souvent dans l’incapacité de participer. C’est dans un objectif de protection de la dignité et des droits des patients que le Conseil de l’Europe s’est engagé dans cette réflexion – un  domaine où les travaux de notre Organisation ont valeur de référence au niveau international, grâce notamment à la Convention sur les droits de l’homme et la biomédecine – véritable Traité européen des droits des patients.

Comment protéger la dignité des personnes en fin de vie ? Mais aussi : qu’est ce qu’être « âgé » aujourd’hui ? Pourquoi « vieillir » est-il tant redouté ? Peut-on parler d’égalité face au vieillissement ? Qu’en est-il de l’équité d’accès aux soins pour les personnes âgées ? Autant de questions qui nous concernent tous, individuellement et collectivement.

Mesdames, Messieurs,

Le Conseil de l’Europe est aussi la maison de la démocracie. Une démocracie qui se nourrit d’informations objectives, d’espaces de réflexion ouverts à la pluralité d’idées, de débats publics et de participations citoyennes.

Ce Forum est une expression de la démocracie proche des citoyens : il ouvre un espace pour un débat de société. Un débat qui se doit avant tout d’être mené en toute indépendance, sans a priori, et dans la pluralité des avis, sur les enjeux pour l’homme de ces évolutions scientifiques et techniques dans le domaine biomédical. Je  souhaite, à cette occasion, féliciter le Professeur Israël Nisand d’en avoir pris l’initiative, et d’avoir eu la volonté et la ténacité nécessaires pour mener à bien ce projet.

La promotion du débat public répond par ailleurs aux exigences de l’Article 28 de la Convention du Conseil de l’Europe sur les Droits de l’Homme et de la biomédecine, instrument normatif du Conseil de l’Europe datant de 1997, signée à ce jour par 34 états et ratifiée par 26. Le parrainage de ce Forum et du Forum des jeunes accueilli hier au Palais de l’Europe, ainsi que la participation à l’organisation de cette table ronde, témoignent de cet engagement de l’Organisation que je représente à soutenir cette réflexion sur des questions qui concernent l’ensemble des citoyens, quel que soit leur âge ou leurs origines.

Je tiens aussi à remercier très vivement Monsieur Michel Billé, Monsieur Freddy Mortier et
Madame Astrid Stuckelberger d’avoir accepté d’apporter leur expérience, de partager leurs connaissances, et de contribuer, avec vous, à faire avancer cette réflexion dans sa dimension européenne, sur des questions qui nous concernent tous, en tant que citoyens et membres d’une société. Je suis heureuse de compter sur le savoir-faire de Madame Françoise Scholler, journaliste à France télévision, qui nous guidera dans un débat sans doute riche et fructueux.

Mesdames, Messieurs,

Pour moi, la dignité est l’âme de l’humanité. Il n’y a pas de valeur plus universelle et à la fois plus personnelle que la dignité humaine. Ne pas la laisser à son sort, mais la préserver dans toute circonstance : voilà un objectif qui devrait nous rassembler et bénéficier à tous.

Merci pour votre attention.