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Bob Keizer: «la priorité des priorités a consisté à améliorer l’interaction entre politiques, scientifiques et acteurs du terrain»

A l'occasion de la conférence ministérielle du Groupe Pompidou (Strasbourg, novembre 2006), Bob Keizer, qui dirige depuis 2003, au nom de la présidence néerlandaise, la réunion des correspondants permanents du Groupe Pompidou, fait le bilan de trois ans d’action.

Question: On se demande parfois quel est le rôle spécifique du Groupe Pompidou, sachant qu’il existe aussi un Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) dépendant de l’Union européenne. Quelle est aujourd’hui l’utilité du Groupe Pompidou ?

Bob Keizer: il ne faut pas sous-estimer le Groupe Pompidou, qui est le plus ancien et le plus grand groupe de travail sur les drogues en Europe. Il s’agit d’une structure ouverte et multidisciplinaire, où se retrouvent des juristes, des scientifiques, des médecins, des travailleurs sociaux, des fonctionnaires de police et des douanes, des responsables administratifs au niveau local, etc.

Il s’agit d’un lieu qui présente à la fois l’avantage d’offrir de vastes possibilités d’échanges dans un environnement décontracté et un excellent niveau d’expertise. Son rôle est important pour tout ce qui concerne le développement de la qualité des politiques européennes en matière de drogues. Il réalise par exemple des enquêtes approfondies sur les écoles, développe des indicateurs de consommation, fait des études sur les systèmes douaniers, les prisons, forme des gens sur le terrain etc.

Il est vrai que l’Union européenne a un pouvoir de régulation que n’a pas le Groupe Pompidou, et surtout elle dispose de plus d’argent. En outre, avec l’élargissement de l’UE, le rôle du Groupe Pompidou risquait de s’amoindrir, l’une de ses principales fonctions ayant été de jouer un rôle de pont entre l’Est et l’Ouest.

Du coup, en 2003, les Etats membres ont fait une évaluation du Groupe Pompidou et réfléchi en profondeur à sa modernisation. La feuille de route du Groupe a été renouvelée afin de le rendre à nouveau attractif tout en évitant les doublons avec l’UE, l’OMS et l’ONU. De nouvelles méthodes de travail, de nouvelles structures ont été mises en place.

On a ainsi réussi à préserver le rôle unique du Groupe Pompidou qui est de réunir des plate-formes d’experts de l’Est et l’Ouest autour de sujets liés aux droits de l’homme, l’éthique, mais aussi les bonnes pratiques telles qu’on peut les recueillir au quotidien (day to day) dans une approche systématique de terrain (bottom-up).

Question: quel bilan souhaitez-vous défendre après trois ans de présidence néerlandaise ?

Bob Keizer: depuis trois ans, la priorité des priorités a consisté à améliorer l’interaction entre politiques, scientifiques et acteurs du terrain. Le problème, dans notre domaine, c’est qu’il n’y a pas suffisamment de communication entre les acteurs, par exemple, dans le domaine de la prévention; l’efficacité des programmes s’en trouve sérieusement amoindrie. Beaucoup de campagnes de sensibilisation sont inutiles et coûtent beaucoup d’argent. D’autres approches sont beaucoup plus efficaces : par exemple écouter les jeunes parler de leur rapport à la drogue.

Le Groupe Pompidou veille à ce que soit pris au sérieux le travail des experts en prévention, un travail systématiquement négligé par les hommes politiques. Ces derniers ont tendance à vouloir des résultats à court terme et mettent en place des mesures spectaculaires comme les tests obligatoires de drogues dans les écoles, une tendance complètement contre-productive.

Le problème qui se pose partout, c’est qu’on doit à la fois tolérer et interdire dans le même temps. Du coup, on se retrouve en présence d’un fossé de plus en plus grand entre la politique affichée et la réalité pratique au quotidien (day to day practice).

Le Groupe Pompidou essaye en permanence de combler ce fossé : il en va de la crédibilité de l’action publique (public governance). Il faut réussir à trouver un équilibre entre les manières de réfléchir et d’agir, car il n’y a pas uniquement une réponse policière à la question de la drogue. Il faut tout faire pour éviter de se concentrer sur un seul et unique sujet. Les réponses sont complexes et ne donnent des résultats qu’à long terme.