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Congrès des pouvoirs locaux et régionaux : catastrophes naturelles et
industrielles.

« Il faut savoir être exigeant en matière de protection de l’environnement »

C’est la principale leçon que tire Salud Santana Dabrio, maire de Aznalcollar, une petite commune d’Andalousie qui se bat depuis sept ans pour reconstruire son avenir après avoir été victime d’une coulée de boues toxiques provoquée par la rupture d’un réservoir de décantation d’une usine de pyrite.

Interview (01.06.2005)

Question : Quelle a été l’ampleur des dégâts provoqués par cet accident industriel ?

Salud Santana Dabrio : Les dégâts ont été considérables : ce fut une véritable catastrophe écologique qui provoqua la pollution des eaux, du sol, de la terre à quelques kilomètres à peine de la plus grande réserve naturelle d’Europe du Sud, le parc de Doñana. Des milliers d’hectares de cultures ont été contaminés, des millions de poissons sont morts. Une dizaine de communes de la vallée du Guadiamar, réunissant près de 50 000 personnes, ont été touchées par cette catastrophe.

Question : Aujourd’hui les conséquences sont-elles toujours visibles?

Salud Santana Dabrio : Nous commençons à peine à relever la tête car les conséquences sociales furent terribles. Les 425 ouvriers de l’usine se sont brutalement retrouvés sans emploi. Les retombées économiques indirectes ont été très lourdes. Toute l’économie de notre commune de 6000 habitants a été touchée de plein fouet. Nous avons réussi à mettre sur pied, sur les lieux même de l’usine à l’origine de cette catastrophe, une zone d’activités environnementales où une vingtaine d’entreprises devraient s’implanter. Les travaux de restauration de la mine se poursuivent encore, il reste d’importants stocks de pyrite, en revanche les eaux du Guadiamar sont redevenues propres.

Question : Comment avez-vous géré cette crise majeure au moment où elle s’est produite ?

Salud Santana Dabrio : Tout le monde a compris l’ampleur de la catastrophe et nous avons su réagir ensemble tant au niveau national, régional que local. Une union de tous les responsables politiques s'est rapidement constituée, notre premier objectif a été de protéger la réserve naturelle de ces boues toxiques en construisant un véritable mur. Ensuite, nous avons dû nettoyer les milliers d’hectares recouverts de boues. Aujourd’hui, grâce aux financements obtenus par l’Union européenne, notre gouvernement et les collectivités territoriale,nous avons créé une sorte de «couloir vert» constitué de végétation méditerranéenne.

Question : Quels sont les résultats de l’enquête lancée à la suite de cet
accident ?

Salud Santana Dabrio : A ce jour, les autorités régionales sont toujours en procès contre l’entreprise suédoise qui exploitait la mine car les dépenses qu'elles ont engagées n’ont toujours pas été indemnisées. Au bout du compte, ce sont les contribuables qui ont payé la note. Ce désastre a contribué à faire évoluer la législation espagnole qui est devenue plus exigeante à l’égard des entreprises ayant des activités potentiellement dangereuses.

Question : Quelles leçons avez-vous tirées de cette terrible expérience ?

Salud Santana Dabrio : Nous avons compris que nous devons avoir des exigences réelles en matière de protection de l’environnement de la part de toutes les entreprises qui veulent s’implanter sur notre territoire. On ne peut tout laisser faire sous prétexte de développer l’emploi. La deuxième leçon apprise concerne le développement économique de la commune qui ne peut reposer entre les mains d’une seule entreprise.