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Etablir une relation de confiance entre la justice et les médias.

Quelles relations établir entre la presse et la justice pour préserver à la fois le principe de liberté de l'information et l'indispensable respect de la vie privé des justiciables ? S'interroge Kryztof Strzelczyk, Président du Conseil National de la Justice de Pologne à l'occasion de la 2ème Conférence du Conseil Consultatif des Juges Européens.

Interview, 25.04.2005

Question: Monsieur le Président, la Conférence de Cracovie porte sur le thème de la "Justice et médias". Pourquoi avoir choisi ce thème?

Kryztof Strzelczyk: La publicité de la justice est l’un des principes de la démocratie de chaque pays. La réalisation de cet objectif ne serait pas possible sans la participation des médias. Cette question est réglementée d’une façon variée dans nos différents pays. D’un côté il faut assurer l’accès des médias à la vie judiciaire, de l'autre côté eu égard au caractère parfois personnel des informations diffusées il faut garantir la protection de la vie privée des partis au procès. Il est essentiel que l’assistance des médias aux audiences n'ait aucun impact sur l’arrêt des décisions de justice ainsi que sur les comportements des parties et des témoins. Pour cela, les journalistes doivent avoir un savoir-faire et une compétence dans le domaine du droit et des institutions de justice.

Actuellement on évoque un certain manque de confiance de certains juges à l’égard des journalistes. Ainsi, je voudrais souligner que les relations juges-journalistes rencontrent certaines difficultés dans plusieurs pays dont le mien, la Pologne. Il me parait indispensable d’établir un modèle de coopération entre les journalistes et la justice. C’est un objectif prioritaire de la conférence de Cracovie.

Question: Comment concilier, selon vous, la liberté d'informer et le nécessaire respect de la vie privée des justiciables?

Kryztof Strzelczyk: J’ai déclaré qu’il était essentiel de concilier la liberté d’expression et d’information et le droit au respect des personnes. Les médias jouent un rôle significatif dans la société mais ils ne devraient pas dépasser certaines limites quant au respect de la dignité humaine et des droits des parties à un procès. Ces contraintes résultent de l’art. 10 par. 2 de la Convention des Droits de l’Homme. Il faut respecter avant tout le droit des personnes à la protection de leur vie privé à moins qu'il n'y ait un intérêt public à révéler les informations.

Question: Quelles suites auront les conclusions de la Conférence de Cracovie?

Kryztof Strzelczyk: Les participants de la conférence auront l’opportunité de présenter les systèmes juridiques en vigueur dans leur pays en matière de relations justice-médias. L’analyse des régulations et des pratiques nationales devrait créer une base pour la mise en œuvre de solutions qui pourraient garantir le respect de l'équilibre des droits des personnes impliquées dans une procédure judiciaire, le respect de la déontologie des juges et accès des médias à l'information. La conférence a lieu avec la participation des deux parties. Les juges et les représentants des médias. Cette organisation doit offrir une garantie sur l'équité des propositions qui seront faites. En effet, le Conseil Consultatif des Juges Européens tiendra compte des points de vus exprimés au cours de la conférence dans la rédaction de l'avis qu'il doit remettre cette année encore au Comité des Ministres du Conseil de l'Europe.