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Kazimierz Krzysztofek : «Les élites politiques comprennent de mieux en mieux  que la culture n'est pas une charge mais un atout»

La Convention culturelle européenne fête ses 50 ans. Elle est à l’origine de la coopération européenne dans le domaine de la culture, de l’éducation, de la jeunesse et du sport. A l’occasion de la conférence de lancement des festivités, à Wroclaw en Pologne, le Professeur polonais Kazimierz Krzysztofek donne son point de vue sur le nouveau rôle de la Convention après 50 ans d’existence. Il rappelle entre autre qu’elle « a été formulée par une autre génération. La génération actuelle est moins liée à l'institution. Elle utilise les technologies de liberté ».

Question : Selon vous, compte tenu des changements qui se sont produits dans la structure politique, culturelle et économique, quel est le nouveau rôle de la Convention Culturelle Européenne. ? Avons-nous épuisé toutes les possibilités qu'elle nous donne ?

Kazimierz Krzysztofek : Les objectifs les plus importants inscrits dans la Convention sont pour la plupart réalisés. Aujourd'hui, nous avons à faire à une Europe complètement différente. Quand la Convention a été créée il y a cinquante ans, seuls les gouvernements des Etats membres y ont adhérés. Il y a désormais d’autres acteurs : les organisations non gouvernementales, les régions, les collectivités territoriales. Autrefois, la culture ne garantissait des bénéfices financiers que dans une très faible mesure.

Actuellement elle s'est ancrée profondément dans la sphère économique. Les industries liées à la création sont en plein développement. Nous sommes les témoins d'une révolution informatique qui donne à la culture des possibilités jamais vues jusqu'à présent. Voilà pourquoi nous devons répondre à ces défis. Cependant, beaucoup d'actions devraient être reconduites comme, par exemple, l'éducation culturelle, la protection des cultures menacées, le financement des traductions ou le soutien des associations de concepteurs. Dans ce domaine, le Conseil de l'Europe a obtenu des succès incontestables.

Question : Peut-on dire que nous ouvrons un nouveau chapitre dans la construction de la coopération culturelle ?

Kazimierz Krzysztofek : C'est un nouveau chapitre dans la mesure où la coopération n'est pas dominée par l'Etat. Sa mission comprendra seulement la fixation des principes, l'établissement d'un cadre juridique, la stimulation de la participation à la culture, le sauvetage des cultures en péril et la répartition des fonds centraux. Les élites politiques comprennent de mieux en mieux  que la culture n'est pas une charge qui doit être entretenue mais que c'est un atout. Parce que la culture est le «visage » grâce auquel nous pouvons être reconnus. En Europe, un processus de décentralisation sans précédent est en cours.

Les communes, villes, régions et associations forment un réseau d'accords. La coopération culturelle a cessé d'être hiérarchique. C'est  le Network-Europe. La mentalité « Schengen » , qui consiste à nous protéger des étrangers, ne peut pas gagner. Je crois que la création de réseaux de relations humaines peut y remédier efficacement. Le Conseil de l'Europe peut les aider.

Question : A quelle Convention doit-on s'attendre ? Selon vous, qu’est-ce qui est le plus important dans la construction des futures relations culturelles ?

Kazimierz Krzysztofek :
La Convention Culturelle a été formulée par une autre génération. La génération actuelle est moins liée à l'institution. Elle utilise des technologies de « liberté ». Pour que les chances soient égales, il faut créer pour les citoyens, principalement dans les nouveaux pays démocratiques, un système d'éducation ouvert pour aboutir à la société de la connaissance. Parce que les cultures moins connues ont une chance de survivre grâce à l'Internet nous devons leur trouver un dénominateur commun de valeurs.

A ces fins, nous devons apprendre à nous connaître et à nous parler. Voilà pourquoi inciter à connaître les autres, promouvoir les échanges de jeunes, stimuler le besoin de se déplacer ou former des animateurs de dialogue interculturel sont des objectifs importants que la Convention devrait promouvoir. Il ne faut pas oublier que l'élargissement d'une zone de liberté en Europe a pour conséquence que les sociétés vont devoir prendre elles-mêmes les initiatives et ne pas attendre qu'on les leur propose. Nous sommes les témoins de la "désinstitution"  au profit du net-working. C'est un autre signe de notre temps.