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Waldemar Dabrowski : "Le Conseil de l'Europe devrait créer une communauté de cultures et de civilisations"

A la veille de la célébration à Wrocław, du cinquantième anniversaire de la Convention culturelle européenne, le Ministre polonais de la Culture Waldemar Dabrowski évoque dans une interview exclusive les grands enjeux culturels de l'Europe et le rôle que pourra jouer le Conseil de l'Europe pour les relever.

09.12.2004

Question : La Conférence de Wrocław est la première grande réunion organisée par la Pologne pendant sa présidence du Conseil de l'Europe. A-t-elle une importance particulière pour la Pologne ?

Waldemar Dabrowski : Selon moi, la politique culturelle doit jouer un rôle essentiel, car la culture constituera le facteur déterminant de l'évolution sociale de l'Europe et du reste du monde. Nous ne pouvons laisser le développement culturel être soumis aux seules forces du marché.

Nous soutenons donc les initiatives qui visent à intégrer les Européens et à façonner la nouvelle image de l'Europe dans le monde d'aujourd'hui par le biais de la culture, de la science et de l'éducation.

Question : Selon vous, quelles ont été les grandes réussites de la politique culturelle du Conseil e l'Europe ces 50 dernières années ?

Waldemar Dabrowski : Les acquis essentiels ont été l'élimination des barrières qui interdisaient l'accès à l'éducation, les avancées culturelles et les progrès de la recherche et de l'information. Je les qualifierais de "développement créatif de la zone européenne". Beaucoup de programmes du Conseil de l'Europe, notamment ceux qui portent sur l'éducation au patrimoine (ainsi, les routes culturelles européennes, les "classes sur le patrimoine", ou le programme "d'une rue à l'autre") ont contribué à renforcer la cohésion sociale, ont suscité un élan au niveau local et ont permis de renforcer le sentiment d'identité et de dignité au niveau national.

Cependant, ce qui est tout aussi important, c'est que la création de nouveaux domaines de coopération avec nos voisins a éveillé une curiosité mutuelle sur les réalisations liées à la culture et à la civilisation. Elle a permis à la population de considérer l'histoire sous une perspective "différente" et de rejeter de vieux stéréotypes profondément ancrés. Ces moyens de coopération ont conduit à dynamiser l'esprit d'entreprise au niveau local dans le domaine du tourisme et de la protection de l'environnement naturel et culturel.

Il faut rendre hommage au Conseil de l'Europe, car il a su créer patiemment, mais avec efficacité, le cadre d'une coopération multilatérale entre administrations, institutions, centres universitaires, collectivités locales et associations de création artistique, ainsi qu'avec les entrepreneurs, c'est-à-dire avec le marché.

Question : Quel rôle le Conseil de l'Europe devrait jouer à l'avenir dans le domaine de la culture et quelles devraient être ses priorités ces prochaines années ?

Waldemar Dabrowski : Le Conseil de l'Europe devrait jouer un rôle considérable en matière d'élaboration d'une politique de sécurité et de développement sur la base de la culture et de l'éducation. Il devrait soutenir les initiatives qui émanent des Etats membres de l'Union européenne, qui visent à promouvoir l'éducation, la recherche et la culture en tant que pilier de l'intégration européenne. Il devrait lancer des actions pour aboutir à des solutions législatives, juridiques et institutionnelles favorisant l'éducation au patrimoine européen et la création d'une communauté de cultures et de civilisations.

Il faudrait considérer comme prioritaires la reconnaissance de l'éducation au patrimoine et l'ensemble des initiatives culturelles et éducatives encourageant le respect de nos valeurs communes tout en protégeant la diversité culturelle. C'est là une condition d'efficacité sociale.
Le Conseil de l'Europe devrait faire contrepoids à l'approche étroite de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et stimuler le potentiel culturel du monde moderne dans toute sa diversité plutôt que de le laisser devenir une menace pour la culture.

Il est donc nécessaire d'élaborer des outils méthodologiques pour une action efficace dans ce domaine, de les coordonner avec d'autres organisations internationales et de les promouvoir dans les Etats membres.

Il est nécessaire de développer conjointement de nouvelles solutions systématiques dans le domaine de l'éducation au patrimoine, en respectant la situation culturelle et législative de chaque pays.

Il faudrait que nous nous attachions à garantir le financement des programmes d'éducation au patrimoine et à les traiter comme des tâches stratégiques équivalentes à l'action de l'Union européenne sur le plan de la sécurité.