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Vjeran Katunaric : « La force de l’Europe, c’est sa capacité de dialogue »

Le Conseil de l'Europe travaille depuis plus de trois ans sur la notion de ''dialogue interculturel'' comme moyen de prévenir les conflits entre les communautés. Après avoir étudié les entraves au dialogue, comme les stéréotypes et les préjugés, il recherche désormais les moyens d’élargir le dialogue entre toutes les cultures, y compris entre l’Europe et le reste du monde. Vjeran Katunaric, professeur de sociologie à l’Université de Zagreb participe au 2eme forum interculturel du Conseil de l'Europe qui s’ouvre lundi 15 novembre à Troina, en Sicile. Il rappelle que le dialogue interculturel conditionne la place et le rôle de l’Europe dans le monde de demain.

Interview (12.11.2004)

Question : Quel sera l’apport du forum de Troina à cette réflexion sur le dialogue interculturel?

Vjeran Katunaric : Le dialogue ne consiste pas à dire simplement bonjour à son voisin, mais s’inscrit dans une longue démarche visant à découvrir « l’autre ». Ce processus complexe est au coeur du forum. Le dialogue est une négociation qui favorise une communication rationnelle entre les cultures. Il ne signifie pas dominer, mais partager, ce que nos sociétés démocratiques ont parfois oublié. En s’ouvrant largement sur le monde, le forum permet de présenter de nouvelles formes et de nouvelles expériences de dialogue, et en étudie les mécanismes. Il fait intervenir des participants venus d’horizons très divers et met l’accent sur le rôle des arts comme moyen de promouvoir la rencontre entre les cultures.

Question : Au cours des dernières décennies, l’Europe a su résoudre certaines de ses crise à travers le dialogue, mais n’est pas parvenue pour autant à désamorcer la violence. Y a-t-il des limites à la promotion du dialogue ?

Vjeran Katunaric. Il arrive un moment où les objectifs du dialogue deviennent irréalistes, et où la force est le seul moyen de contenir la violence et de restaurer la paix. C’est que nous avons vécu dans les Balkans en 1999. L’OTAN est intervenue militairement, mais c’est l’Europe qui a restauré la démocratie, les droits de l’homme et le dialogue entre les communautés. La force de l’Europe dans le monde, aujourd’hui, c’est cette capacité de relancer le dialogue. Toutefois, si la paix règne dans les Balkans, il s’agit encore d’une paix armée : je souhaite que l’on dépasse ce stade au profit d’une paix authentique. Vue des Balkans, l’Europe est un projet concret et un espoir qui permettent aux pays de surmonter leurs antagonismes.

Question : Le forum de Troina aura un double visage, tourné aussi bien vers l’intérieur de l’Europe que vers le reste du monde : ces enjeux sont ils complémentaires ?

Vjeran Katunaric : Les défis du dialogue interculturel sont immenses, tant en Europe que dans le reste du monde. L’Europe se construit d’abord par l’économie, mais il est primordial de compléter le pilier économique par un pilier multiculturel solide, capable de prévenir l’effondrement de l’édifice européen sous le coup des crises économiques. La culture est le seul moyen de maintenir une certaine cohésion entre les communautés au cours des périodes difficiles. En outre, le respect mutuel et les échanges équitables conditionnent les relations entre l’Europe ses voisins. L’avenir de l’Europe passe par un espace commun associant l’Asie et le monde méditerranéen, et le dialogue contribuera à en assurer le succès.