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Wlodzimierz Cimoszewicz : « Eviter une nouvelle division de l’Europe »

La Pologne assure la présidence semestrielle du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe. A l’occasion de sa prise de fonction Wlodzimierz Cimoszewicz, Ministre des Affaires étrangères, fait le point, dans une interview, sur les priorités polonaises et le Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement qui doit se réunir à Varsovie en mai prochain.

Interview (12.11.2004)

Question : Wlodzimierz Cimoszewicz, vous êtes Ministre des Affaires étrangères de Pologne et , depuis le 10 novembre, Président du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe pour six mois. Cette présidence sera marquée par la tenue du 3e Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Organisation en mai 2005, à Varsovie. Outre ce Sommet quelles seront les priorités de la présidence polonaise ?

Wlodzimierz Cimoszewicz : Tout d’abord et de façon paradoxale nous pensons que la question de l’unité européenne est en train de prendre de l’importance. C’est un paradoxe puisque d’un côté nous assistons à l’élargissement de l’Union européenne, mais de l’autre nous en constatons aussi les conséquences pour les peuples et les nations qui ne sont pas appelés à rejoindre l’Union européenne et qui peuvent avoir le sentiment d’être laissés de côté, en dehors d’institutions européennes qui sont en train de grandir et de prendre de l’importance. Personne mieux que les Polonais ne peut comprendre ce que signifie de se retrouver du mauvais côté d’une ligne de division. C’est pourquoi nous sommes particulièrement attentifs à prévenir ce type d’évolution des esprits.

D’autre part, au sein du Conseil de l’Europe nous ne sommes pas toujours satisfaits du niveau de respect du aux principes démocratiques et aux droits de l’homme de l’Organisation. Nous devons pour cela réaffirmer nos engagements pris dans ces domaines. Cela doit figurer dans la déclaration qui sera adoptée à l’occasion du Sommet, à Varsovie.

Le 10 novembre, plusieurs pays ont signé ou annoncé leur ratification du protocole N°14 réformant la Cour européenne des Droits de l’homme pour la rendre plus efficace et simplifier ses procédures et assurer une meilleure application des décisions de la Cour. Il nous reste encore beaucoup de travail pour convaincre tous les Etats membres d’accepter ce protocole. Si nous n’y parvenons pas ce protocole ne sera qu’un chiffon de papier. Ce serait fort dommageable pour la Cour. De plus en plus de citoyens européens connaissent leurs droits et souhaitent les utiliser. De ce fait la Cour se trouve pratiquement submergée par un flot de requêtes.

Il y a aussi beaucoup à faire pour garantir une coopération plus précise et plus efficace entre les institutions européennes, le Conseil de l’Europe, l’Union européenne et l’OSCE, mais aussi pour poursuivre le dialogue interculturel.

Enfin, nous devons poursuivre notre soutien aux autorités locales dans leurs actions de coopération et de partenariat. En Pologne nous avons la chance d’avoir une grande expérience dans ce domaine. Nos autorités locales sont particulièrement actives dans ce domaine. Nous avons ainsi seize euro-régions à nos frontières avec nos sept voisins. Il y a là beaucoup d’expériences à partager.

Enfin nous devons dépasser le fardeau du passé entre nos diverses nations européennes. Malheureusement, les réminiscences du passé continuent encore trop souvent à s’imposer, suscitant des craintes ou des préventions. L’an prochain marquera le soixantième anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale et sera l’occasion d’en faire plus dans ce domaine. Le Sommet de Varsovie aura lieu quelques jours après une manifestation majeure à Moscou pour commémorer ce soixantième anniversaire. C’est pourquoi nous comptons sur le soutien de nos amis, nos partenaires et nos voisins pour pouvoir agir dans ce domaine.

Question : Vous venez d’appeler les pays membres du Conseil de l’Europe à réaffirmer lors du Sommet de Varsovie leur engagement à l’égard des valeurs fondamentales du Conseil de l’Europe et en particulier la démocratie, l’état de droit et les droits de l’homme. Lors de votre visite, 10 novembre, à Strasbourg, vous avez cité les cas du Kosovo ou de la Transnistrie, mais pas la situation en Tchétchénie.

Wlodzimierz Cimoszewicz : Il y a une longue liste de situations difficiles. La situation en Tchétchénie, dans la région du Caucase, et au Bélarus, bien que ce dernier ne fasse pas partie du Conseil de l’Europe mais ses citoyens sont des Européens et doivent donc bénéficier en pratique des mêmes droits. Tous ces cas doivent nous mobiliser et nous poursuivrons les efforts de nos prédécesseurs dans ces domaines.

Question : Vous avez annoncé que votre première visite officielle en tant que Président du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe sera en Ukraine. Cela signifie-t-il que vous craignez que l’issue de l’élection présidentielle en cours -le second tour est prévu pour le 21 novembre- puisse contribuer à la « nouvelle ligne de division en Europe » que vous évoquiez il y à quelques instants ?

Wlodzimierz Cimoszewicz : Non. Tout d’abord nous devons respecter le droit des Ukrainiens de choisir librement leur prochain président. C’est la seule question. Les Ukrainiens ont le droit de choisir librement le Président qu’ils souhaitent. La condition pour cela est que la campagne électorale soit honnête. Comme vous le savez à l’issue du premier tour le Conseil de l’Europe, à l’initiative de la Pologne, a fait connaître sa position en déclarant que nous espérions que tous les principes électoraux démocratiques soient respectés en Ukraine. C’est important pour nous tous et cela aura des conséquences pour tout le monde, y compris pour l’Ukraine dans ses relations avec l’Union européenne.