Cette interview est libre de droit pour publication par votre rédaction
Alexander Eliseev: ‘‘Aucune ville européenne n’est à l’abri d’une catastrophe majeure’’.
25 octobre 2004
Chef de la Direction Générale de la Défense civile et de la gestion des situations de crise de la ville de Moscou, Alexander Eliseev participe aujourd’hui, à Strasbourg, à l’audition, organisée par le Congrès, sur les autorités locales face aux catastrophes et aux situations d’urgence. Tout en plaidant pour un renforcement des coopérations européennes dans ce domaine, il souhaite que les échanges d’expérience entre les grandes villes leur permettent d’optimiser leurs stratégies face à de telles crises.
Question : En tant que responsable de l’ensemble des services de protection civile de Moscou, vous êtes chargé aussi bien de la lutte contre les incendies que des secours aux blessés ou de la prévention des accidents industriels : à partir de votre expérience, avez-vous un ‘‘message particulier’’ à délivrer au Congrès ?
Alexander Eliseev : le premier message, c’est de rappeler que ce qui peut arriver aujourd’hui à Moscou peut arriver demain à Paris ou à Londres, et réciproquement : il est primordial de travailler ensemble pour mieux maîtriser ces risques. Nous coopérons depuis longtemps avec Vienne dans ce domaine et, le mois dernier, le maire de Moscou et ses collègues de Paris, Londres et Berlin, c'est-à-dire les plus grandes capitales d’Europe, ont décidé de renforcer leur collaboration en matière de prévention des catastrophes et de secours d’urgence. Plus il y aura de coopération dans ce domaine, et plus nous serons efficaces.
Question : A Moscou même, quels sont les principaux problèmes auxquels sont confrontés vos services, et la coopération internationale peut elle vous aider à les résoudre ?
Alexander Eliseev : Nous disposons bien sûr, comme toutes les villes, d’un important ensemble de règlements et de lois relatifs à la protection civile. Mais prenons par exemple les incendies : il y en aurait beaucoup moins si toute la population respectait ces règlements ! Et c’est la même chose pour la sécurité industrielle, beaucoup d’usines ne suivent pas les règles de sécurité ou disent qu’elles n’ont pas les moyens de le faire, et cela peut entraîner des catastrophes. Il est primordial de mieux sensibiliser la population à ces risques, et il est important pour nous de voir comment cet aspect du problème est géré dans d’autres grandes villes. Mais à l’inverse, si nos concitoyens sont parfois négligents, nous avons aussi des points forts dont peuvent s’inspirer d’autres pays : je pense notamment à la formation des enfants à la protection civile, et cela dès l’école.
Question : Dans une ville de 10 millions d’habitants comme la vôtre, avez-vous l’impression de disposer de moyens suffisants pour répondre à toutes vos missions ?
Alexander Eliseev : Que vous alliez à Paris, à Madrid ou à Moscou, on vous répondra toujours la même chose, non bien sûr ! C’est pour ça aussi que la coopération européenne est primordiale. Nous avons acquis à Moscou, je dirais malheureusement, une forte expérience face au terrorisme : nous souhaitons que les autres villes en bénéficient, afin qu’elles puissent prévenir les attentats ou, au moins, en limiter les effets sur leur sol.