Commission européenne contre le racisme et l'intolérance (ECRI)

 

EUROCONF (2000) 10 IV

CONFERENCE EUROPEENNE CONTRE LE RACISME

RAPPORT DU GROUPE DE TRAVAIL IV
Information, communication et médias
Mme Alenka PUHAR, Journaliste, Slovénie

16 octobre 2000

Rapport du Groupe de travail IV - Téléchargez le document

Les discussions du Groupe de travail IV se sont articulées autour des cinq thèmes suivants:

    - Les bonnes pratiques dans l'utilisation des médias afin de rendre compte de la diversité présente dans la société et de consolider la place des personnes issues de minorité
    - Les mesures de prévention du racisme et des incitations à la haine dans les médias
    - Les mesures juridiques et techniques liées aux communications par Internet
    - Les stratégies pour contrer le développement de la production de chansons et de jeux vidéos à contenu raciste
    - Les défis pour l'avenir

Les débats ont consacré une grande place aux médias traditionnels et aux problèmes notoires liés à la façon qu'ils ont de propager ou de refléter le racisme et l'intolérance qui y est liée, ou au contraire de les contrer. Le groupe de travail a consacré moins de temps aux nouveaux moyens de communication parce qu'ils lui sont moins familiers. Dès le départ, le groupe de travail a constaté que les médias ne sont pas de simples vecteurs de l'information, mais qu'ils reflètent et créent également des comportements, des émotions et même des préjugés. Ils jouent par ailleurs un rôle déterminant dans la construction de l'identité et de nos communautés imaginaires.

Il a été souligné que les médias gérés par les minorités et leurs autres moyens d'expression sont certes importants, mais qu’ils risquent de contribuer à la ségrégation des minorités et à leur repli dans des ghettos. Il est également inquiétant que le public se fragmente à mesure que se développent des médias de plus en plus spécialisés, ce qui peut contribuer à accentuer les clivages dans les sociétés et réduire le rôle des médias en tant qu’espace d’interactions et de coexistence. Une des craintes exprimées est qu'avec la présence dans les pays d'Europe de médias prêchant la haine et des préjugés plus subtils et qui conduisent à une banalisation de l'intolérance, les tendances susmentionnées pourraient saper les efforts de lutte contre le racisme et l'intolérance, voire l'existence même des démocraties fondées sur la reconnaissance de la diversité.

La mondialisation a été mise en exergue en tant que facteur potentiel pouvant engendrer une intolérance accrue.

D'autres craintes ont été exprimées, notamment face à la prédominance de plus en plus marquée des médias commerciaux, à la tendance à la concentration dans les médias, et aux conséquences néfastes que cela pourrait avoir sur la vocation des médias de promouvoir le dialogue entre les individus et les communautés.

Dans cette perspective, un éventail de suggestions ont été formulées, d'une part, pour combattre la diffusion par les médias des incitations à la haine et de l'intolérance, et, d'autre part, pour promouvoir la diversité au sein des médias et par leur canal.

S'agissant des incitations à la haine et à la violence, il a été recommandé que les Etats ne se contentent pas de renforcer le dispositif pénal, mais qu'ils prévoient également les moyens de garantir une application effective de leurs lois, conformément à leurs obligations internationales dérivées, par exemple, de la Convention des Nations Unies sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale et de la Convention européenne des Droits de l'Homme.

Il a également été relevé que l'expérience a démontré que les journalistes et les médias en général peuvent parfois être tenus pour responsables des conséquences de l'incitation à la haine. Les récents conflits armés montrent qu'il faudrait, dans certains cas, envisager des poursuites pénales à l'encontre de journalistes. Dans le même ordre d'idées, il convient d'insister sur l'obligation des médias de publier avec précision et en temps voulu les démentis d'informations trompeuses ou mensongères.

A l'inverse, les participants ont insisté sur le fait qu'il faudrait éviter une utilisation excessive de telles mesures, car elles pourraient empêcher tant les médias que le public d'exprimer leurs opinions et de diffuser des informations dans un climat de liberté. Il ne faut pas négliger non plus l'importance de frapper le racisme d'ostracisme.

Parallèlement aux instruments internationaux existants, il a été recommandé de ne pas négliger la lutte contre le racisme dans le contexte du projet de Convention sur la criminalité dans le cyberespace que prépare actuellement le Conseil de l'Europe. La suggestion a été émise qu’un Protocole spécifique traitant cette question pourrait être préparé à cet effet.

De plus, les Etats devraient intensifier leur coopération internationale dans la lutte contre le racisme.

Le groupe de travail a reconnu que les mesures législatives sont un préalable nécessaire à la lutte effective contre le racisme et l'intolérance, mais a souligné que ces instruments juridiques ne sont pas une fin en soi. Ils doivent s'accompagner de tout un train de mesures politiques et pratiques. De nombreuses recommandations adoptées par divers organismes, y compris dans le domaine des médias, suggèrent déjà des mesures de ce genre. Il faut consacrer des efforts supplémentaires à leur mise en oeuvre. Le Conseil de l'Europe et l’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes pourraient contribuer à promouvoir et à soutenir les initiatives que les médias prendraient en ce sens. En outre, l’attention a été attirée sur le contenu de la Déclaration sur « L’antisémitisme en Europe aujourd’hui » adoptée le 27 mars 2000 lors de la réunion de consultation organisée par le Secrétaire Général du Conseil de l’Europe.

Pour éviter le risque, évoqué plus haut, de voir les minorités former des ghettos, l'on pourrait envisager des mesures visant à garantir que les vues des minorités soient prises en compte dans les médias les plus grands. Le groupe de travail a souligné que pour ce faire, il est indispensable de prendre des mesures encourageant les personnes issues de minorités à se lancer dans le journalisme, et de promouvoir l'embauche de journalistes des minorités dans les médias dominants, à tous les niveaux de la chaîne éditoriale.

Afin de favoriser une meilleure compréhension entre les communautés minoritaires et majoritaire, il est vivement recommandé de promouvoir l'établissement de contacts et de réseaux entre les médias de la majorité et des minorités, et des journalistes des différentes communautés. Les différents groupes devraient s'efforcer de coopérer et de mener des initiatives communes de manière à offrir aux divers courants la possibilité de se faire entendre.

Ayant à l’esprit les défis que les considérations commerciales soulèvent quant à l’expression de la diversité dans les médias, il a été noté qu’une manière efficace de promouvoir une telle diversité serait de reconnaître et de soutenir les médias sans vocation commerciale de la société civile tout en assurant la continuité des radios et télévisions publiques. A ce propos, le groupe de travail a fait observer que les Etats devraient fournir les moyens financiers nécessaires aux médias publics et veiller aux besoins des minorités dans la définition de la mission des organismes de télévision ou de radio publique. Il faut par ailleurs prendre les mesures nécessaires pour préserver l'indépendance des médias publics vis-à-vis des autorités, afin qu'ils se sentent libres d'exprimer les points de vue des minorités.

De plus, dans l'organisation et la mise en oeuvre des trains de mesures en faveur des médias, les Etats devraient spécialement s'intéresser à la place que ces médias accordent à la diversité, et à l'image qu'ils en donnent.

Il convient de développer les programmes de formation destinés à sensibiliser les journalistes, les rédacteurs et les directeurs de programmes au racisme, à la discrimination et à la diversité. Ils devraient aussi analyser la manière dont les médias diffusent les préjugés et les clichés. L'intérêt de telles initiatives de formation pourrait encore être renforcé grâce à l'établissement de réseaux entre les groupes minoritaires, les journalistes, les ONG et d'autres parties intéressées.

Il faut être attentif au besoin de mener des recherches sur les initiatives visant à promouvoir le respect des autres dans les médias. Ces recherches devraient tenter d'évaluer l'impact des initiatives et analyser comment les améliorer.

Il a également été suggéré d'assurer la formation de personnes autres que les journalistes, telles que des délégués d'ONG, des responsables de la communication et des représentants importants de groupes minoritaires, afin qu'elles puissent efficacement aider les médias à mieux rendre compte de la diversité. Dans le même ordre d'idées, il a été proposé que les minorités créent un réseau de contacts et d'experts capables d'assurer la liaison avec les médias et de fournir à ces derniers des informations exactes sur leur vision des choses.

Les débats ont encore mis l'accent sur l'importance pour tous les acteurs en présence (médias, pouvoirs publics, ONG, etc.) de mettre en oeuvre et d'échanger les bonnes pratiques. Ces échanges pourraient porter sur les initiatives d'autorégulation dans les médias traditionnels ou nouveaux, sur les méthodes permettant d'accroître la diversité dans les médias, et sur les moyens pour combattre le racisme et l'intolérance.

Les médias traditionnels ont certes un rôle à jouer dans la lutte contre le racisme et l'intolérance, mais leur importance dans la diffusion de l'information diminue face au développement des nouvelles technologies et des nouveaux services de communication. Chaque individu, chaque groupe est aujourd'hui en mesure de toucher un vaste public, pour le meilleur et pour le pire, ce qui l'oblige à veiller à promouvoir l'entente dans la société. Dès lors, les initiatives d'éducation et de formation doivent cibler le grand public, qui se pose à la fois en destinataire et en diffuseur de contenu. Elles devraient aussi développer l'esprit critique face aux nouvelles technologies, y compris Internet, les jeux vidéo et la musique.

Il a été rappelé que les questions de racisme et d'intolérance concernent non seulement les médias, mais encore le grand public, y compris la majorité silencieuse. Parmi les différents éléments de la société, les jeunes et les enfants méritent une attention particulière, tout comme les formes de communication qui les influencent et les occupent le plus. A cet égard, certains se sont spécifiquement inquiétés de l'impact que la musique raciste peut avoir sur eux. Il est nécessaire que ces médias mettent eux-mêmes en oeuvre des mesures antiracistes.

Pour conclure, le groupe de travail a proposé le lancement d'une campagne et d'un mouvement antiracistes dans la perspective de la préparation de la Conférence mondiale des Nations Unies contre le racisme. Cette campagne pourrait faire appel à des personnalités telles que des artistes, des musiciens et des athlètes.