Culture, patrimoine et diversité

 

Espaces et centres interculturels

Ce qu'ils sont et les avantages qu’ils procurent. – Comment encourager ces vecteurs essentiels du concept de Cités interculturelles ?

 

L’un des postulats sur lesquels repose la notion de Cités interculturelles est que l’on ne peut s’attendre à ce que la confiance et les relations interculturelles s’instaurent par le simple jeu du hasard - il faut pour cela des outils, des catalyseurs, des espaces et des lieux d’interculturalité avec, au besoin, une impulsion volontaire des pouvoirs locaux ou de la société civile. Or, jusqu’ici, la notion de ce qu’est véritablement un espace interculturel n’a pas reçu de définition claire.

 

Lors d’une réunion organisée à Botkyrka (Suède) en novembre 2011 avec la participation de représentants d’espaces culturels venus des villes membres du Programme des Cités interculturelles, il est ressorti des échanges qu’il n’existe ni de modèle préétabli de ce que devrait être un espace interculturel, ni un modèle unique de développement de ces centres. Les 13 centres représentés allaient d’un centre réglementé de manière très structurée au niveau municipal et largement doté en ressources à des organisations de type associatif et bénéficiant d'un financement très modeste créées à l'initiative de la société civile.

 

Un centre interculturel ne se définit donc ni par sa structure juridique ou son personnel, ni par sa présence physique, ni même par l’éventail de ses activités, mais bel et bien par l’idée qui le sous-tend que la mixité culturelle est plus souhaitable que le clivage ; il s’agit d’un espace où tout est mis en œuvre de manière volontaire et permanente pour réaliser cette mixité, avec la volonté de privilégier la mixité et la coopération culturelle plutôt que l’intégration de la minorité aux systèmes et normes de la majorité.

 

Les centres interculturels, comme les sociétés au sein desquelles ils opèrent, sont des entités dynamiques et fluides. De fait, plusieurs ont changé de structure et d'organisation juridique pour s’adapter à l’évolution et aux nouveaux besoins et nouvelles opportunités à mesure qu’ils émergeaient. S’il ne fallait citer qu’un seul facteur commun, ce serait la flexibilité. Un espace interculturel doit non seulement être particulièrement attentif et sensible aux évolutions démographiques et aux relations des divers groupes qui le composent, mais aussi être prêt à s’adapter en conséquence.

 

Les centres interculturels sont le reflet des caractéristiques du contexte local dans lequel ils opèrent autant que des conditions prévalant au niveau national. Lorsque l’appareil étatique, au plan local et national, est propice à une intégration poussée, ou lorsque l’opinion publique est relativement tolérante à l’égard de la diversité, le centre interculturel peut bénéficier d’une grande latitude pour explorer des idées innovantes et créatives afin d'instaurer un contact et une collaboration transculturels. En revanche, si le secteur public domine au point d’étouffer toute initiative, le risque est grand que la contribution spéciale que peuvent apporter la société civile et les initiatives issues du terrain soit insuffisamment reconnue. Pire encore, si la puissance publique ne joue pas pleinement son rôle, par faiblesse ou désintérêt, ou encore si l’opinion est hostile, le centre interculturel risque de devoir se limiter à un rôle plus terre-à-terre en se concentrant sur les besoins au quotidien des communautés migrantes et les menaces à leur encontre ; mais un tel fonctionnement, pour aussi frustrant qu’il soit, n’en reste pas moins nécessaire dans le climat actuel.

 

Il convient en tout état de cause de faire preuve d’une vigilance constante pour éviter que ne se forment des "ghettos interculturels" Un centre interculturel peut être un phare autant qu’un centre d’excellence au sein de la ville où il est implanté. Pour cela, il ne doit pas se refermer sur lui-même, mais au contraire, en permanence, chercher à diffuser le largement la philosophie interculturelle qui l'anime et à rayonner au sein de la cité.

 

Version intégrale du rapport de la réunion [en]

by Jude Bloomfield and Phil Wood