Culture, patrimoine et diversité

 

Tirer pleinement parti de la diversité – Profil des innovateurs interculturels

 

Dans son étude de 2006 sur les principaux acteurs incarnant la vision d’une approche interculturelle de la gestion de la diversité dans les villes, Jude Bloomfield affirme que ces acteurs sont les personnes qui innovent dans leur domaine grâce à leur origine interculturelle. Un principe essentiel de l’initiative des cités interculturelles est que la diversité, si elle est convenablement valorisée, est une ressource déterminante pour le développement d’une ville. D’après l’étude, ces innovateurs interculturels ont su gérer et utiliser judicieusement leur diversité culturelle pour réussir dans leur domaine d’activité. L’étude émet l’hypothèse suivante : les personnes interculturelles, parce qu’elles ont dépassé les frontières culturelles, sont capables d’assimiler des aspects importants des autres cultures, ce qui leur donne une perception des choses, une réflexion et une créativité nouvelles. Cette expérience interculturelle serait ainsi une cause directe de leur succès et c’est ce qui les définit comme des "innovateurs interculturels". Ceux-ci peuvent être définis comme des personnes qui enjambent les frontières entre les réseaux des minorités ethniques et de la population majoritaire. Les 33 personnes incluses dans l’étude ont été repérées par les chercheurs du fait de leur réputation. Elles appartenaient à trois grandes catégories : les artistes et animateurs, les personnes s’occupant de développement local et les entrepreneurs ; elles provenaient de six villes du Royaume-Uni : Londres, Birmingham, Leicester, Newcastle, Huddersfield et Bradford.

 

Les artistes interrogés participent à des projets de collaboration de grande qualité avec diverses communautés. Par exemple, Brian Cross a fait un travail photographique avec des communautés ouvrières du nord, permettant à des personnes âgées et handicapées de raconter leur histoire par le biais d’expositions. Il a aussi travaillé avec diverses communautés ethniques, utilisant des compétences technologiques pour produire Awaz, un journal associatif publié à Batley en anglais, ourdou et gujarati. Dans le même esprit interculturel, Cheryl Creaghan Roberts et sa compagnie Kreative Response visent à jeter un pont entre les communautés. Elle a travaillé avec une communauté rurale aisée, à majorité blanche, où elle a amené des artistes noirs, encourageant les uns et les autres à sortir de leur zone de sécurité.

 

Les innovateurs interculturels s’occupant de développement local sont capables de communiquer par-delà les frontières, ce qui exige souvent de trouver des points communs entre les cultures. Ce rôle est essentiel pour les villes qui participent au programme des cités interculturelles, lequel accorde une grande importance au développement des interactions et du métissage entre les communautés culturelles. Ali Mantle offre l’exemple d’une telle attitude : coordinatrice locale à Bradford, elle a adopté une approche globale, non ethnique. Sa propre enfance en tant que "personne d’origine étrangère" lui a permis de développer une personnalité de "bâtisseur de passerelles", qui l’a amenée à travailler avec les groupes ethniques de la même manière qu’avec n’importe quel autre groupe, sans considération d’origine raciale. Huwaran Hussain offre elle aussi un excellent exemple de dépassement des frontières culturelles ; elle a valorisé et utilisé la diversité des femmes originaires du Bangladesh en les faisant cultiver des légumes, en tirant parti de leur expérience rurale pour l’appliquer au contexte britannique des jardins ouvriers.

 

Cet échantillon d’innovateurs interculturels semble avoir pour dénominateur commun d’avoir été des "personnes d’origine étrangère" et d’avoir connu le racisme. Confrontés à des difficultés, ils ont développé une forte combattivité qui a joué un rôle déterminant dans leur réussite. Souvent issus de communautés défavorisées, ils ont dû faire preuve de résilience et de persévérance pour réaliser leurs aspirations. Les villes peuvent évidemment tirer parti de telles compétences interculturelles et elles doivent s’y employer de leur mieux. La diversité et la mixité ethnique doivent être valorisées, car les aptitudes multilingues et interculturelles de ces innovateurs en font une source précieuse d’idées nouvelles et de compétences spécialisées. Les villes peuvent cultiver le potentiel interculturel des innovateurs en créant des cadres propices à leur activité afin qu’ils s’intègrent dans le tissu urbain. Un exemple d’un tel espace d’accueil informel est le festival Scottish Carnival Arts de Glasgow, qui a attiré un grand nombre d’immigrants et de jeunes dans un lieu où ils peuvent rencontrer d’autres personnes, créer des réseaux et utiliser leurs compétences. Une autre manière pour les villes de favoriser le succès de leurs innovateurs interculturels consiste en un dispositif de mentorat, grâce auquel les innovateurs actuels sont mis en relation avec leurs homologues plus jeunes. Ceux-ci peuvent y élargir leurs réseaux et y trouver des conseils qui leur permettront d’exceller dans leur domaine. Fondamentalement, l’innovation interculturelle doit être intégrée dans le tissu urbain d’une ville, en soutenant ses initiatives interculturelles visant à mettre en relation et promouvoir les différents groupes sociaux. Les organisations artistiques de Lewisham offrent un excellent exemple d’institution ayant permis ce résultat : elles ont maintenant des liens solides, établis de longue date, avec la municipalité de Lewisham, laquelle a conscience de l’importance des arts pour la jeunesse. Les citoyens doivent être sensibilisés aux avantages considérables des pratiques interculturelles, et chaque secteur de la société – logement, transport, arts, médias – doit être associé au transfert de telles compétences interculturelles.

 

Voir l’étude complète (en anglais)

Gulzaar BARN