Culture, patrimoine et diversité

 

La conversation de Lewisham

 

Rapprocher les communautés pour les amener à partager leurs expériences, abattre les barrières et trouver des domaines d’intérêt communs a toujours été un pari difficile pour les pouvoirs locaux et les gouvernements au sens large.

 

Pour atteindre ces objectifs, le Conseil de Lewisham a repris l’idée des dîners de conversation lancés à Oxford par l’historien et philosophe Théodore Zeldin.

 

Dans le cadre de sa fondation appelée Oxford Muse, ce dernier se proposait de créer de nouveaux types de conversations entre personnes d’origines, de cultures et de générations différentes.

 

Le dîner de conversation suit un schéma spécifique. Le lieu où il va se dérouler est de préférence un endroit attrayant pour les visiteurs potentiels. Ceux-ci seront invités- par annonces publicitaires, prise de contacts au sein de divers groupes, bouche à oreille – à un dîner au cours duquel ils se verront proposer un "menu" de sujets de conversation.

 

Les tables sont prévues pour deux. Ce qu’il faut surtout, c’est que les dîneurs assis l’un en face de l’autre ne se connaissent pas. Il y a sur chaque table un menu proposant un choix de questions comme autant d’entrées, de plats et de desserts. Par exemple, comment vos priorités ont-elles changé au cours des années ? Contre quoi vous êtes vous révoltés dans le passé ? Comment vous êtes-vous fait des amis et comment les avez-vous perdus ?

 

Un repas simple est servi au fil de la conversation et l’exercice dure environ deux heures.

 

A ce jour le Conseil de Lewisham s’est associé à deux conversations auxquelles ont été conviés des membres de mouvements associatifs, organisations bénévoles, associations caritatives, groupements de résidents et collectifs de voisinage, des militants, des entreprises œuvrant dans le borough de Lewisham, des enseignants, des étudiants et des agents du Conseil. Zeldin, présent les deux fois, a indiqué brièvement et dans les grandes lignes comment la soirée allait se dérouler – très peu de participants savaient ce qu’étaient les dîners de conversation et s’y intéressaient réellement. La première manifestation s’est voulue résolument modeste et discrète avec seulement 30 participants, la seconde a été plus importante avec 60 participants. Entrée libre pour l’une et l’autre.

 

Les formulaires d’évaluation remplis à l’issue du repas ont été pour la plupart positifs. Les intéressés ont dit avoir tissé de "vrais liens" avec leurs compagnons de table et discuté de questions qu’ils n’auraient pas même abordées avec leurs proches parents ou amis. En outre, et ce point est important, beaucoup d’entre eux se sont déclarés disposés à organiser eux-mêmes des dîners avec leur propre groupe ou leurs voisins. Pour le Conseil de Lewisham, la question qui se pose maintenant est de savoir comment faire progresser les dîners de conversation et mesurer leur intérêt pour l’ensemble de la collectivité. Zeldin souhaite certes voir se créer du lien entre gens de différents quartiers, communautés et cultures, mais il est tout aussi légitime de vouloir que les gens se comprennent entre voisins au sein de leur propre communauté. Pour le Conseil, il serait aussi bon d’avoir ainsi la possibilité de poser des questions ayant trait à des problèmes locaux et susceptibles d’êtres examinées dans ce cadre.

 

Outre l’aide qu’il offre à la définition de dîners de conversation susceptibles d’êtres organisés par les groupes et collectifs de quartiers eux-mêmes, le Conseil de Lewisham a l’intention de créer le site web Lewisham Muse qui va assurer la publicité d’autres dîners de conversation, encourager à poster des messages sur les sujets explorés et in fine, tracer le portrait d’un arrondissement de Londres, de ses habitants, de leurs convictions, idées, espoirs et craintes.

 

La réalisation de cet objectif prendra du temps ; Lewisham veut surtout, et c’est là ce qui importe, que les communautés tissent des liens entre elles pour se soutenir et se comprendre mutuellement et qu’elles se rendent compte que, comme le dit Zeldin, toute personne, d’où qu’elle vienne et où qu’elle se trouve, est intéressante.

 

Photo: Theodore Zeldin