Culture, patrimoine et diversité

 

La concertation et la participation interculturelles : passez outre mais à vos risques et périls !

 

L'approche interculturelle se fonde sur la conviction que la ville moderne devrait être considérée moins comme un lieu où se juxtaposent des communautés distinctes que comme un ensemble de sphères publiques locales partiellement imbriquées et parfois en conflit, ayant entre elles des relations complexes. Les responsables politiques et les urbanistes peuvent ne tenir aucun compte des conséquences de cet état de fait mais c'est à leurs risques et périls. Ils doivent veiller à ce que la concertation ne soit pas un exercice figé et ponctuel mais un processus permanent d'échanges informels et de participation.

 

Comment l'approche interculturelle de la concertation publique diffère-t-elle de l'approche multiculturelle ? C'est le sujet d'un document thématique élaboré au terme d'une concertation avec les villes dans le cadre du programme des cités interculturelles.

 

L'idée selon laquelle il est difficile d'établir l'appartenance d'un citoyen à un groupe homogène unique est au centre de l'approche interculturelle de la concertation publique. En revanche, l'approche multiculturelle de la concertation publique exige que les communautés soient définies par leur appartenance ethnique et consultées séparément.

 

La recherche a mis en évidence un certain nombre de limites à cette dernière approche :

elle ne prend pas en considération la diversité interne de telle ou telle communauté ethnique ;

elle n'envisage pas l'existence de points de vue interculturels complexes et, par conséquent, ne cherche pas à les connaître ;

elle est trop normative par nature et ne prend pas en compte la complexité des relations interculturelles entre les individus ;

elle privilégie la rapidité et l'efficacité au détriment de la qualité et du respect ;

qui plus est, elle considère la race et l'origine ethnique comme des facteurs déterminants. Prenez une personne née à Londres de parents bangladais. Elle peut se définir comme musulmane mais le fait d'être une femme, d'être handicapée, d'exercer la profession d'avocat, ou d'appartenir à un couple mixte peut s'avérer tout aussi important.

 

C'est l'arrondissement londonien de Tower Hamlets qui est à l'origine des recommandations relatives aux meilleures pratiques concernant la concertation et la participation interculturelles. Cette autorité locale s'est vu décerner le prix d'excellence ("beacon status") pour la qualité de la participation communautaire. Les bonnes pratiques qui découlent de cette expérience consistent notamment à :

mener la concertation dans des "espaces interculturels" plutôt que dans des espaces "monoethniques" ;

mettre des interprètes à la disposition de la population locale plutôt que d'obliger les habitants à se déplacer pour bénéficier de l'aide d'interprètes ;

remettre en cause les normes existantes concernant des notions comme celles de "sécurité" et de "plaisir esthétique".

 

S'agissant des procédures et structures des collectivités locales, il est capital d'accorder aux étrangers le droit de vote aux élections locales. Donner aux étrangers la possibilité d'être élus au sein d'organes consultatifs, même lorsqu'ils n'ont pas le droit de vote aux élections locales, peut constituer une première étape vers une citoyenneté pleine et entière.

 

Dans de nombreux pays, les grandes villes ont instauré des organes consultatifs pour aider les immigrés à exprimer leurs points de vue sur des questions qui les concernent en tant qu'habitants. Ces organes ont pour but de représenter les communautés d'immigrés au sein de la municipalité. Bien qu'ils n'aient qu'une fonction consultative, ils favorisent les échanges et le dialogue. Barcelone, Madrid et Oslo ont créé de telles assemblées, conseils et associations.

 

Les communautés ethniques et les associations de migrants jouent un rôle essentiel s'agissant de dispenser des conseils et un soutien aux immigrés récemment arrivés et assurent la préservation de leur langue, de leur culture et de leurs traditions. Nombre de grandes villes apportent un soutien aux ONG et aux associations communautaires à caractère ethnique. Le financement de projets ou de structures favorise le resserrement des liens sociaux, tout en assurant le maintien de la langue, de la culture et des traditions des communautés ethniques. Cependant, le risque de telles associations, c'est qu'elles exercent une trop forte emprise sur les individus et les empêchent d'avoir des échanges avec les membres de la communauté d'accueil, ce qui peut nuire à l'intégration et à la cohésion sociale. Toutefois, d'un point de vue interculturel, il ne doit pas nécessairement exister une opposition entre les associations ethniques et généralistes et le succès d'associations communautaires ne conduit pas obligatoirement à la ségrégation.

 

Enfin, le document donne des exemples de responsabilisation axée sur les résultats comme l'illustre le système mis en place à Tilburg, aux Pays Bas. Des processus de concertation à grande échelle ont été instaurés pour permettre aux habitants de définir les priorités pour leur quartier. Des données sont recueillies sur la criminalité, l'absentéisme scolaire, les grossesses précoces, puis des plans d'action sont élaborés. Des évaluations annuelles sont effectuées pour décider des ajustements nécessaires. C'est un merveilleux exemple d'autonomisation au niveau local.

 

Thomas Pavan-Woolfe