Discours de la Secrétaire Générale adjointe du Conseil de l'Europe, Maud De Boer-Buquicchio

A l’occasion du 10e anniversaire de la campagne RAXI, organisé par le Forum des jeunes Roms et tsiganes européens (FERYP), Centre européen de la Jeunesse, Strasbourg, 6 juin 2005

Centre européen de la Jeunesse, Strasbourg, 6 juin 2005, à 9 h 30

Mesdames et messieurs,

J’ai participé en janvier dernier à la cérémonie la plus déchirante à laquelle j’aie jamais assisté, le 60e anniversaire de la libération d’Auschwitz.

Il me serait impossible de décrire l’émotion liée à ces événements. J’aurais du mal à trouver des mots exprimant les nombreuses pensées et images qui m’ont traversé l’esprit alors que j’écoutais les témoignages des survivants qui tremblaient de froid aux portes du cimetière le plus vaste et le plus triste du monde.

Lorsqu’il a pris la parole lors de cette cérémonie, le président du conseil central allemand des Roms et Sinti, Romani Rose, a déclaré que le nom d’Auschwitz était synonyme du génocide d’Etat perpétré également contre la minorité rom de l’Europe occupée par les nazis, qui a coûté la vie à un demi-million de Roms et Sintis. Il a rappelé les mots suivants de l’ancien Président allemand, Roman Herzog : « le génocide contre les Roms et Sintis a été commis pour le même motif de haine raciale, dans les mêmes intentions et avec la même volonté d’extermination planifiée et définitive que le génocide des juifs ».

Le racisme est une violation des droits de l’homme enracinée dans l’aversion pour une personne différente ou le mépris pour quelqu’un qui est jugé inférieur. Lorsque cette aversion ou ce mépris se transforme en haine, il peut inciter à commettre des crimes innommables, comme l’ont montré au monde entier les horreurs de la deuxième guerre mondiale et les guerres plus récentes dans les Balkans et dans le Caucase du Sud. En effet, la haine appelle la haine et crée un cercle vicieux de violence, quand ceux qui haïssent sont haïs à leur tour et que ceux qui sont haïs commencent à haïr.

La haine raciale a de profondes racines, qui ne sauraient être extirpées du jour au lendemain ; il nous faut les empêcher de croître à un stade précoce dans les nouvelles générations. Nous ne pouvons nous permettre de relâcher nos efforts, car le racisme et l’intolérance sont encore très vivants et même, d’après les informations qui nous parviennent, en recrudescence sur notre continent.

Alors que nous sommes réunis ici, aujourd’hui, pour marquer le 10e anniversaire de la campagne RAXI, souvenons-nous de toutes les jeunes victimes du racisme dans le monde, victimes des violences racistes et de la discrimination raciale dans leur vie quotidienne.

Aujourd’hui, les valeurs et principes sur lesquels le Conseil de l'Europe s’est fondé – la démocratie pluraliste, le respect des droits de l’homme et la primauté du droit – sont encore loin d’être définitivement ancrés. Nous devons sans cesse les défendre et, pour ce faire, bien comprendre ce qui les menace.

Le racisme et l’intolérance sous toutes leurs formes qu’il s’agisse de l’antisémitisme, de l’islamophobie, des préjugés à l’égard des Roms ou de la xénophobie en général, frappent au coeur l’idée d’une société démocratique ayant pour base le respect d’une dignité égale pour tous les être humains.

Les préjugés contre les Roms ne s’expriment pas de manière sporadique, occasionnelle, ou limitée géographiquement et dans le temps. Au contraire, il s’agit d’un phénomène récurrent, qui se manifeste dans tous les pays européens à des degrés divers et dont la fréquence et la véhémence sont même en augmentation.

C’est pourquoi nous devons constamment nous mobiliser contre les attitudes et les comportements racistes et faire campagne pour les éradiquer, non pas un seul jour de l’année, mais chaque jour.

Au Conseil de l’Europe, la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance, l’ECRI, fédère nos efforts dans ce domaine. La campagne RAXI, initiée en 1995, a contribué à associer activement les jeunes générations à des mouvements anti-discriminatoires.

Non seulement elle a lancé les travaux sur les questions relatives aux jeunes issus des minorités au niveau européen, mais elle a également contribué à la création de la première organisation européenne de jeunes Roms - le Forum des jeunes Roms européens, le FERYP, qui a réussi à devenir un partenaire reconnu sur le plan international et dont la Présidente, Alexandra Raykova, est un membre fondateur du Forum européen pour les Roms et les Gens du voyage.

Nous espérons que la voix des jeunes Roms sera entendue au sein de ce Forum, dont la première réunion est prévue pour cet automne, car nous sommes convaincus que la jeune génération - cela est encore plus vrai au sein des communautés roms - apportera des changements positifs et stimulera l’intégration et la réconciliation entre tradition et modernité.

Les jeunes Roms participent déjà activement aux travaux menés aussi bien par les gouvernements nationaux que par les organisations internationales. Les séminaires et les sessions de formation connaissent une forte participation, notamment ceux organisés en Croatie exclusivement pour les jeunes Roms et Beash, les programmes de formation financés par l’Open Society Institute et la Décennie pour l’intégration des Roms à laquelle participent de jeunes dirigeants roms.

Toutefois, nous pouvons toujours faire mieux. J’espère que vous proposerez des recommandations novatrices durant votre session consacrée au thème “Les jeunes Roms : Situation et perspectives, 10 ans après la campagne RAXI”.

Vous qui êtes jeunes, vous avez un rôle important à jouer en tant que médiateurs et promoteurs de la communication entre vos communautés, les institutions et le reste de la population, pour contribuer au renforcement des capacités parmi les Roms des nouvelles générations, pour les motiver à faire des études supérieures et pour faire voler en éclats, grâce à votre succès et à vos réalisations personnelles, les préjugés qui perdurent dans une grande partie de nos sociétés.

Au Conseil de l’Europe, nous comptons sur le soutien et la contribution des jeunes Roms européens pour travailler sur les questions concernant les Roms et pour sensibiliser aux causes profondes de la discrimination dont est victime votre communauté. Vous êtes les partenaires du Conseil de l’Europe dans la lutte contre le racisme et la discrimination, en inculquant à tous les Européens la philosophie du “Plus jamais ça”.

C’est notre devoir à l’égard de toutes les personnes qui ont péri à Auschwitz. Une Europe digne du slogan “Tous différents – Tous égaux” montrerait que leur sacrifice n’a pas été vain.

Je vous remercie de votre attention.