CONSEIL DE L’EUROPE - COMITÉ DES MINISTRES
Recommandation n° R (2000) 4 du Comité des Ministres aux Etats membres sur
l’éducation des enfants roms/tsiganes en Europe
(adoptée par le Comité des Ministres le 3 février 2000, lors de la 696e réunion
des Délégués des Ministres)
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Le Comité des Ministres, conformément à l’article 15.b du Statut du Conseil de
l’Europe,
Considérant que le but du Conseil de l’Europe est de réaliser une union plus
étroite entre ses membres et que ce but peut être poursuivi notamment par
l’adoption d’une action commune dans le domaine de l’éducation ;
Reconnaissant qu’il est urgent de poser de nouvelles fondations pour de futures
stratégies éducatives en faveur des Rom/Tsiganes en Europe, notamment en raison
du taux élevé d’analphabétisme ou de semi-analphabétisme qui sévit dans cette
communauté, de l’ampleur de l’échec scolaire, de la faible proportion de jeunes
achevant leurs études primaires et de la persistance de facteurs tels que
l’absentéisme scolaire ;
Notant que les problèmes auxquels sont confrontés les Rom/Tsiganes dans le
domaine scolaire sont largement dus aux politiques éducatives menées depuis
longtemps, qui ont conduit soit à l’assimilation, soit à la ségrégation des
enfants roms/tsiganes à l’école au motif qu’ils souffraient d’un « handicap
socioculturel » ;
Considérant qu’il ne pourra être remédié à la position défavorisée des Rom/Tsiganes
dans les sociétés européennes que si l’égalité des chances dans le domaine de
l’éducation est garantie aux enfants roms/tsiganes ;
Considérant que l’éducation des enfants roms/tsiganes doit être une priorité des
politiques nationales menées en faveur des Rom/Tsiganes ;
Gardant à l’esprit que les politiques visant à régler les problèmes auxquels
sont confrontés les Rom/Tsiganes dans le domaine de l’éducation doivent être
globales et fondées sur le constat que la question de la scolarisation des
enfants roms/tsiganes est liée à tout un ensemble de facteurs et de conditions
préalables, notamment les aspects économiques, sociaux, culturels et la lutte
contre le racisme et la discrimination ;
Gardant à l’esprit que les politiques éducatives en faveur des enfants roms/tsiganes
devraient s’accompagner d’une politique active en ce qui concerne l’éducation
des adultes et l’enseignement professionnel ;
Considérant que, si un texte relatif à l’éducation des enfants roms/tsiganes
existe au niveau des Etats membres de l’Union européenne (Résolution du Conseil
des Ministres de l’Education réunis au sein du Conseil, du 22 mai 1989,
concernant la scolarisation des enfants tsiganes et de voyageurs ; 89/C 153/02),
il est urgent de disposer d’un texte couvrant l’ensemble des Etats membres du
Conseil de l’Europe ;
Tenant compte de la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales
et de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires ;
Gardant à l’esprit les Recommandations 563 (1969) et 1203 (1993) de l’Assemblée
parlementaire du Conseil de l’Europe qui font état des besoins en matière
d’éducation des Rom/Tsiganes en Europe ;
Gardant à l’esprit les Résolutions 125 (1981), 16 (1995) et 249 (1993) et la
Recommandation 11 (1995) du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux de l’Europe
relatives à la situation des Rom/Tsiganes en Europe ;
Gardant à l’esprit la Recommandation de politique générale 3 de la Commission
européenne contre le racisme et l’intolérance sur « la lutte contre le racisme
et l’intolérance envers les Rom/Tsiganes » ;
Gardant à l’esprit l’action menée par le Conseil de la coopération culturelle (CDCC)
pour répondre à la Résolution 125 (1981), et notamment, la publication du
rapport « Tsiganes et voyageurs » (1985), actualisé en 1994 (« Roma, Tsiganes,
Voyageurs », Editions du Conseil de l’Europe) ;
Ayant noté avec satisfaction la note établie par le Groupe de spécialistes sur
les Rom/Tsiganes sur l’éducation des enfants roms : « Eléments stratégiques
d’une politique d’éducation à l’égard des enfants romani en Europe » (MG-S-ROM
(97) 11),
Recommande aux gouvernements des Etats membres :
de respecter, dans la mise en œuvre de leur politique d’éducation, les principes
énoncés en annexe de la présente Recommandation ;
de porter la présente Recommandation à l’attention des instances publiques
compétentes dans leurs pays respectifs, par les voies nationales appropriées.
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ANNEXE A LA RECOMMANDATION N° R (2000) 4
Principes directeurs d’une politique d’éducation à l’égard des enfants roms/tsiganes
en Europe
I. Structures
1. Les politiques éducatives en faveur des enfants roms/tsiganes devraient
s’accompagner des moyens adéquats et de structures souples indispensables pour
refléter la diversité de la population rom/tsigane en Europe et pour tenir
compte de l’existence de groupes roms/tsiganes ayant un mode de vie itinérant ou
semi-itinérant. A cet égard, le recours à un système d’éducation à distance,
s’appuyant sur les nouvelles technologies de la communication pourrait être
envisagé.
2. L’accent devrait être mis sur une meilleure coordination des niveaux
internationaux, nationaux, régionaux et locaux afin d’éviter la dispersion des
efforts et de favoriser les synergies.
3. Les Etats membres devraient dans cette optique sensibiliser les Ministères de
l’éducation à la question de l’éducation des enfants roms/tsiganes.
4. L’enseignement préscolaire devrait être largement développé et rendu
accessible aux enfants roms/tsiganes, afin de garantir leur accès à
l’enseignement scolaire.
5. Il conviendrait aussi de veiller tout particulièrement à une meilleure
communication avec et entre les parents par le recours, le cas échéant, à des
médiateurs issus de la communauté rom/tsigane qui auraient la possibilité
d’accès à une carrière professionnelle spécifique. Des informations spéciales et
des conseils devraient être prodigués aux parents quant à l’obligation
d’éducation et aux mécanismes de soutien que les municipalités peuvent offrir
aux familles. L’exclusion et le manque de connaissances et d’éducation (voire
l’illettrisme) des parents empêchent également les enfants de bénéficier du
système éducatif.
6. Des structures de soutien adéquates devraient être mises en place afin de
permettre aux enfants roms/tsiganes de bénéficier, notamment par le biais
d’actions positives, de l’égalité des chances à l’école.
7. Les Etats membres sont invités à fournir les moyens nécessaires à la mise en
œuvre des politiques et des mesures susmentionnées afin de combler le fossé
entre les écoliers roms/tsiganes et ceux appartenant à la population majoritaire.
II. Programmes scolaires et matériel pédagogique
8. Les mesures éducatives en faveur des enfants roms/tsiganes devraient
s’inscrire dans le cadre de politiques interculturelles plus larges, et tenir
compte des caractéristiques de la culture romani et de la position défavorisée
de nombreux Rom/Tsiganes dans les Etats membres.
9. Les programmes scolaires, dans leur ensemble, et le matériel didactique
devraient être conçus de manière à respecter l’identité culturelle des enfants
roms/tsiganes. Il faudrait donc introduire l’histoire et la culture des Rom dans
les matériels pédagogiques afin de refléter l’identité culturelle des enfants
roms/tsiganes. La participation des représentants des communautés roms/tsiganes
à l’élaboration de matériels portant sur l’histoire, la culture ou la langue
roms/tsiganes devrait être encouragée.
10. Les Etats membres devraient toutefois s’assurer que ces mesures ne
débouchent pas sur des programmes scolaires distincts pouvant mener à la
création de classes distinctes.
11. Les Etats membres devraient également encourager l’élaboration de matériels
pédagogiques fondés sur des exemples d’actions réussies afin d’aider les
enseignants dans leur travail quotidien avec les écoliers roms/tsiganes.
12. Dans les pays où la langue romani est parlée, il faudrait offrir aux enfants
roms/tsiganes la possibilité de suivre un enseignement dans leur langue
maternelle.
III. Recrutement et formation des enseignants
13. Il conviendrait de prévoir l’introduction d’un enseignement spécifique dans
les programmes préparant les futurs enseignants afin que ceux-ci acquièrent les
connaissances et une formation leur permettant de mieux comprendre les écoliers
roms/tsiganes. Toutefois, l’éducation des écoliers roms/tsiganes devrait rester
partie intégrante du système éducatif global.
14. La communauté rom/tsigane devrait être associée à l’élaboration de ces
programmes et pouvoir communiquer directement des informations aux futurs
enseignants.
15. Il faudrait aussi favoriser le recrutement et la formation d’enseignants
issus de la communauté roms/tsigane.
IV. Information, recherche et évaluation
16. Les Etats membres devraient soutenir des petits projets de recherche/action
novateurs afin de développer des réponses adaptées aux besoins locaux. Les
résultats de ces initiatives devraient être diffusés.
17. Les résultats des politiques éducatives en faveur des élèves roms/tsiganes
devraient être suivis de près. Tous les acteurs concernés par l’éducation des
enfants roms/tsiganes (autorités scolaires, enseignants, parents, organisations
non gouvernementales) devraient être invités à participer au processus de suivi.
18. L’évaluation des politiques éducatives devrait tenir compte d’un ensemble de
critères, y compris les indices de développement personnel et social, sans se
limiter à des estimations des taux d’assiduité et d’échec scolaire.
V. Consultation et coordination
19. La participation de toutes les parties concernées (ministère de l’Education,
autorités scolaires, familles et organisations romani) à l’élaboration, à la
mise en œuvre et au suivi des politiques éducatives en faveur des Rom/Tsiganes
devrait être encouragée par l’Etat.
20. Il conviendrait également de faire appel à des médiateurs issus de la
communauté rom/tsigane, notamment pour faciliter les contacts entre les Rom/Tsiganes,
la population majoritaire et les établissements scolaires, et éviter les
conflits à l’école, cela à tous les niveaux de la scolarité.
21. Les ministères de l’Education, dans le contexte de la sensibilisation citée
au point I paragraphe 3 ci-dessus, devraient faciliter la coordination des
efforts des différents acteurs et permettre la transmission de l’information
entre les différents niveaux des autorités en charge de l’éducation.
22. Les Etats membres devraient davantage encourager et soutenir l’échange
d’expériences et de bonnes pratiques.