Samuel DELEPINE
        UMR ESO 6590

        Habitat et logement des Roms en Europe centrale et orientale
        Constats et propositions

        Mai 2006

        Introduction

        Le logement des Roms en Europe centrale et orientale est une question au cœur des réflexions portées sur cette minorité européenne. Les questions de l’habitat et du logement s’insèrent dans les thématiques ayant trait à l’urbanisation et aux politiques urbaines.
        Ce texte fait un état des lieux des conditions d’habitation des Roms dans les villes d’Europe centrale et orientale et s’appuie sur des enquêtes de terrain conduites dans plusieurs quartiers de villes roumaines. Les conclusions sur les espaces étudiés sont applicables à la majorité des villes d’Europe de l’Est.
        Le contexte général est celui de la pauvreté. Il est ici question de populations pauvres, de la description des formes prises par cette pauvreté et des solutions à envisager. Il va de soi qu’au thème du logement des Roms se superposent ceux de la culture, de la scolarisation, du travail, de la santé et des discriminations.

        Ce document propose une typologie des espaces urbains occupés par les Roms. Cette typologie révèle des processus de ségrégations très avancés, les causes en sont expliquées et des solutions éventuelles sont évoquées pour l’amélioration des conditions de logement des Roms et le désenclavement de leurs zones d’habitat.

        I- Les Roms : Une Histoire contrainte génératrice des ségrégations actuelles

        Esclavage et sédentarisation  forcée

        Bien qu’elle remonte à des temps anciens, la sédentarisation forcée des Roms en Europe centrale et orientale durant le Moyen Age explique en partie leur répartition actuelle sur le territoire des villes et elle est, plus généralement, à l’origine de l’immense frustration des Roms face aux sociétés majoritaires.
        Dans les provinces roumaines de Valachie et de Moldavie, les Roms, esclaves, furent fixés dans des zones de regroupement où ils pratiquaient des métiers artisanaux spécifiques au service du boyard ou de l’épiscopat local. Ceci dura jusqu’à la moitié du XIXème siècle. Sur ces mahala1, premiers sites de sédentarisation des Roms en périphérie des villes, certains groupes roms sont toujours présents. Désormais enclavés dans un espace urbain plus vaste ou refoulés toujours plus en périphérie, les Roms n’y vivent guère mieux qu’à l’époque.
        Dans l’empire austro-hongrois, les Roms furent partiellement fixés, surveillés et astreints à des taches d’utilité publique.
        L’isolement contraint des Roms remonte donc à des temps anciens et la connaissance de cette histoire nous éclaire sur les causes de la marginalisation des Roms et sur le mode de vie jugé auto-marginalisant appliqué par certaines familles.

        Héritages variés du communisme : une meilleure qualité de logement dans un contexte général d’assimilation des Roms

        L’horreur nazie succéda à une période de l’entre-deux-guerres plutôt prospère pour les Roms. Dans une Europe de l’Est très rurale, leur savoir-faire trouvait preneur et ce dans un contexte politique de développement dont ils profitaient également.
        Après la seconde guerre mondiale, l’ensemble de l’Est européen tomba sous le joug communiste. De nouvelles contraintes furent imposées aux rescapés roms du nazisme dont la méfiance et la peur à l’égard des non roms avait encore atteint un degré supplémentaire.
        D’un pays à l’autre des réformes furent prises, plus ou moins précoces et secrètes elles tendaient vers un objectif unique : l’assimilation des Roms et l’anéantissement de leur culture. Malgré l’application parfois stricte de ces mesures, ceci ne fut jamais atteint.
        Certaines mesures collectivistes, clairement destinées à l’établissement d’une culture unique, ont néanmoins favorisé les Roms, entre autres, si l’on s’en tient au thème unique de la qualité du logement.
        Souvent, les familles roms furent bénéficiaires d’allocations intéressantes grâce à une fécondité largement supérieure aux populations majoritaires. En ce qui concerne le logement, cette période permit à de nombreuses familles de bénéficier de conditions de logement et de confort jamais atteintes.
        Intégrés dans les nouvelles structures industrielles lourdes, de nombreux Roms ont été logés dans des immeubles impersonnels au même titre que le reste de la population ouvrière. Décrié aujourd’hui pour sa vétusté, ce type de logement constituait un progrès à l’époque et, pour la première fois, des familles roms ont profité de l’électricité et de l’eau courante. Mais l’habitat collectif, en appartement, ne correspond guère à l’idéal des Roms qui lui préfèrent la maison et une ouverture sur l’extérieur.

        Après la chute du mur de Berlin, de nombreuses familles roms, premières victimes de la crise de l’industrie lourde et du chômage ont dû se défaire de leur bien ou ont vu leur quartier progressivement se dégrader. Elles furent nombreuses à rejoindre des périphéries urbaines lointaines, à la limite avec l’espace rural où elles retrouvèrent d’autres groupes roms venus du monde rural qui, avec l’espoir suscité par la fin du communisme, venaient chercher dans les villes d’utopiques richesses.
        Ce double mouvement a contribué au gonflement de périphéries très pauvres, parfois miséreuses, dans lesquelles les Roms sont aujourd’hui souvent majoritaires au sein d’espaces qui leurs sont abandonnés.

        II – Les conditions de logement des Roms aujourd’hui en Europe centrale et orientale : un constat sévère

        Nous avons regroupé les différents types d’habitat des Roms dans les villes d’Europe centrale et orientale en trois grandes catégories :

          - L’habitat pavillonnaire périphérique pauvre
          - L’habitat collectif ghettoïsé
          - L’habitat varié de centre-ville

        Il nous faut également citer, dans cette typologie d’espaces défavorisés, l’existence d’une catégorie de Roms profitant de conditions de logement correctes, identiques à celles des populations majoritaires. Ces familles sont en général détachées des noyaux traditionnels qui souffrent de l’isolement. Elles sont disséminées dans l’espace urbain hors des zones de regroupement. Il s’agit de Roms ayant réussi socialement et dont le mode de vie s’est rapproché de celui des populations englobantes. Il se pose pour eux la question de la limite entre intégration et assimilation.

        1) Les périphéries pavillonnaires : petites maisons, ruines et baraques

        La majorité des Roms vit dans des maisons basses d’aspect rural, peu équipées et souvent bâtie avec des matériaux de première main. Les zones d’habitat des Roms dans les villes se situent en général aux marges de vastes quartiers eux-mêmes marqués par une certaine « tsiganité ». Ces marges urbaines défavorisées assurent une unique fonction résidentielle. Il s’agit d’espaces qui ne participent pas à la vie économique locale ou qui n’ont pas ou peu de liens avec les points névralgiques et dynamiques de la cité. Dans ces « quartiers », on distingue les sites anciens de sédentarisation des sites bidonvillisés récents.

          Les anciens sites : les mahalas

        L’emploi du mot mahala nous sert à distinguer les sites anciens de sédentarisation des Roms des autres « quartiers roms » périphériques qui se sont constitués plus récemment. Ce sont deux types d’espaces très semblables au premier abord mais qui dont les différences, trop souvent ignorées, sont capitales pour les populations résidentes.
        Le mot mahala dans son sens premier, c'est-à-dire à un quartier ayant une activité spécifique pendant l’occupation ottomane, ne correspond pas ou plus aux zones dont nous parlons. Celles-ci en sont un héritage et nous intéresse parce qu’elles hébergent des groupes roms installés depuis très longtemps.
        Certaines mahalas, rattrapées par l’urbanisation, ont perdu leur activité commerciale et sont devenues des enclaves au sein des villes. Les maisons n’ont jamais été réhabilitées et beaucoup sont de véritables ruines. La misère s’affiche alors, les rues ne sont pas asphaltées et ni l’eau courante, ni l’électricité n’alimentent ces taudis.
        A l’inverse, les communautés roms qui ont maintenu un lien commercial avec le reste de la ville ont pu, tant bien que mal, maintenir une qualité de logement décente. Au-delà de cet habitat correct tenu par une population rom active, le développement démographique sur le site auquel s’est ajouté des migrations de quelques depuis les campagnes environnantes, ont contraint les habitants à construire des logements précaires et entassés à l’arrière des maisons originelles situées en bord de rue.
        Tel est le développement classique d’un site ancien de sédentarisation des Roms. Les nouvelles constructions sont très souvent illégales et elles posent problème pour d’éventuelles réhabilitations des quartiers car l’illégalité justifient la non intervention des autorités locales sur les sites.

        Enfin, il est fréquent que ces anciennes mahala n’occupent plus leur site ancien dans la ville. Sans cesse refoulés au gré de l’urbanisation, les Roms se déplacent aux limites des villes et reconstruisent des masures faites de bric et de broc, à l’écart de la vie des cités. Ils se situent toujours aux confins entre le monde urbain et le monde rural. C’est le cas par exemple des Roms du quartier Gringaşi, à Bucarest, qui ont été repoussés au début siècle vers le quartier Giuleşti (dont le club de football est encore aujourd’hui considéré comme le club des Roms) avant que ce quartier ne devienne lui-même un espace péricentral duquel les Roms, indésirables, durent partir pour aboutir aux confins de la ville, au terminus de la ligne de tramway.
        Il s’agit là d’un exemple caractéristique du rejet des populations les plus précaires vers marges de la ville.

          Les excroissances urbaines récentes

        Après la chute du mur de Berlin, l’ouverture des pays d’Europe centrale et orientale à l’économie de marché a permis une reprise de la mobilité. Beaucoup de Roms ont été attirés
        par les nouvelles possibilités offertes par les villes. Le temps des bidonvilles, existant pendant l’entre-deux-guerres et plus ou moins résorbé par le communisme, a repris.
        En Roumanie, Bulgarie, Ex-Yougoslavie, Hongrie, République Tchèque ou Slovaquie, toutes les villes assez importantes ont aujourd’hui à leur marge au moins un de ces espaces bidonvillisés occupés par des Roms. Discriminés et sous formés, les Roms n’ont pas eu accès aux richesses de la ville ou aux emplois qu’elles proposait. Ils se sont agglomérés dans des zones de regroupement isolées, dénuées de tout service et souvent insalubres. Leurs maisons ne sont pas construites en dur, elles mélangent divers matériaux de récupération.
        Très peu accessibles et peu visibles, ces « quartiers » roms bidonvillisés croissent lentement. Dans la plupart des cas, ils ne font l’objet d’aucun projet de réhabilitation ou de relogement des populations. La plupart des mesures les concernant consiste à les cacher quand des mesures sanitaires de base et exigeant peu de moyens ne sont même pas envisagées.

        L’habitat collectif : une ghettoïsation croissante

        Une dégradation progressive depuis la chute du mur

        La fin du communisme a permis à de nombreux Roms d’investir des pâtés d’immeubles délaissés de leurs ouvriers à cause du déclin de l’industrie lourde.
        La récupération de logements vacants par des Roms a rapidement conduit à l’isolement et à la disparition des services.
        Souvent la présence au sein d’un quartier de quelques immeubles occupés par des Roms suffit à ce que l’ensemble de la zone soit appelé « quartier rom». Mais en réalité ces zones « 100% rom » sont en général réduites à quelques immeubles à l’image de ce que peuvent être les quartiers Smíchov à Prague ou Ferentari à Bucarest. Dans ces quartiers qui ne sont pas des quartiers roms, seuls quelques blocs forment des enclaves roms au milieu d’un espace déjà fort pauvre et affichant une mixité ethnique bien involontaire qui ne fait que réunir les populations les plus pauvres sur un même site.
        A Ferentari par exemple, grand quartier du sud de la capitale roumaine, Livezilor et Zabrauţi sont deux rues bordées de quelques immeubles dans un état lamentable. Les uns abandonnés par les militaires d’une caserne voisine, les autres par les ouvriers d’une entreprise, ont été « récupérés » par des familles roms qui occupent les garçonnières. La population entière est au chômage et les conditions de vie, dans une insalubrité affligeante, sont misérables.
        Les cages d’escalier sont dévastées et les caves remplies d’une eau insalubre déversée par des canalisations éventrées. Seuls les logements eux-mêmes, trop petits, font l’objet d’un entretien suivi par les familles. Dehors le ramassage des ordures ménagères n’est plus effectué. Elles jonchent le sol partout et sont brûlées au fur et à mesure répandant des fumées toxiques dans toute la zone.

        Les ghettos d’habitat collectif constituent les exemples les plus extrêmes de la pauvreté et de la marginalisation des Roms dans les villes européennes.

        Dans les centres-villes : des taudis ignorés, des palais surmédiatisés

          Squattes et taudis sur les espaces centraux des villes

        La notion de « quartier rom » fait systématiquement référence à des espaces périphériques qui n’ont que très peu de liens avec le reste de la ville. Mais les Roms sont également présents dans les centres villes et les faubourgs de manière disséminée.
        La restructuration des centres-villes en Europe de l’Est rend élimine peu à peu les taudis récupérés par des familles roms. Mais selon les villes et les pays cette restructuration n’opère pas à la même vitesse et avec la même efficacité. Si Prague et Budapest cache leurs Roms loin des touristes, Bucarest ou Sofia sont encore parsemées de bâtiments à l’abandon qui sont squattés par des Roms.
        Peu visibles derrière les façades, les cours intérieurs dévoilent la présence de plusieurs familles dans un même bâtiment. Dans ces vieilles bâtisses abandonnées, les Roms profitent de logement que le délabrement rend souvent dangereux. La réunion en ces lieux de nombreuses familles crée une surpopulation. Les raccordements sauvages de l’électricité créent un engrenage de fils à l’esthétique particulière mais l’eau, elle, ne peut être ainsi détournée.
        Quand elles sont réhabilitées, ces maisons ne profitent pas aux Roms. Chassés, ils viennent densifier la bidonvilisation périphérique.

        Il semble inéluctable qu’à plus moins long terme la présence de familles roms dans de tels lieux disparaisse au gré des progrès économiques. Bien sûr dans des villes moyennes anodines le processus sera plus long.
        Quoiqu’il en soit, si la réhabilitation d’un habitat dégradé est compréhensible, l’expulsion de familles entière sans programme de relogement n’est pas acceptable.

        Les palais roms : une image clichée qui pose des questions fondamentales

        C’est un phénomène très marginal par rapport à ceux explicités précédemment mais l’habitat des riches roms existe et il nous intéresse surtout par la volonté affichée de quelques familles roms de ne pas céder à un inconscient collectif qui place les Roms aux marges des villes et qui ne s’offusque pas des conditions de vie de la minorité rom. Il en effet inquiétant de constater qu’après des siècles de contraintes, les populations majoritaires imaginent que les Roms aiment vivre dans des quartiers marginalisés et pauvres et que c’est là leur mode de vie.
        C’est un mode de vie contraint que beaucoup de Roms, frustrés et résignés, ont effectivement fini par accepter. Ceci démontre l’ampleur de la tâche pour rendre son identité et sa fierté à la majorité des Roms.
        C’est pourquoi, l’implantation en centre-ville d’un habitat particulier à de riches familles roms un peu « clichées » doit être signalé comme une forme de résistance et non pas comme une curiosité et encore moins comme une caractéristique rom étonnante dont raffole les médias.
        Certes on peut s’attarder sur l’architecture démonstratrice et parfois provocatrice de ces grandes pagodes présentes dans les villes comme dans les campagnes mais c’est surtout la remise en cause de la représentation de la place des Roms dans l’espace qui fait réfléchir avec ce phénomène.

        Quel habitat et quelle place pour les Roms dans l’espace urbain ? Telle est la question posée par quelques familles roms qui ne représentent qu’une minorité dans la minorité.

III – Améliorer les conditions de logement des Roms en Europe : un défi

        L’ignorance et le désintérêt ne favorisent pas les Roms 

        En Europe les Roms souffrent de l’ignorance quasi généralisée de leurs conditions de vie par les populations majoritaires. Ces dernières, qui ont relégués les Roms dans l’isolement, la crainte et la frustration, accusent volontiers les Roms d’entretenir quelques « mystères » et de s’auto-marginaliser. Aujourd’hui, de nombreux groupes roms ont effectivement une attitude de repli sur soi héritée du passé et de la crainte du gadjo. Il faut, pour une meilleure insertion, que cette crainte soit apaisée par une évolution des mentalités et une lutte contre le rejet systématique des Roms. Certains Roms doivent également modifier leur perception pour légitimer leur revendication.

        A cette première ignorance dont souffre tous les Roms d’Europe s’ajoute, en rapport avec l’urbanisme et le logement, la méconnaissance des caractéristiques des lieux de vie des Roms.
        Ainsi que cela a été précisé dans ce document ; malgré l’uniformisation sociale et la précarité généralisée régnant dans les quartiers périphériques roms, des différences fondamentales les séparent et doivent être prises en compte.

        Trop souvent la population mais surtout les autorités locales ignorent les divisions internes à ce qui est considéré comme le quartier rom de la ville. Toute intervention urbanistique sur de telles zones devrait prendre en compte, par exemple, les différences notables de qualité de l’habitat entre une ancienne mahala et un nouveau ghetto périphérique construit depuis une dizaine d’années. De même, pour le même exemple, l’attachement au lieu de la population sera quasi inexistant chez les derniers arrivants alors qu’il sera fort pour le groupe rom historiquement sédentarisé. Cet attachement surprend parfois et il contribue au préjugé qui veut que les Roms vivent très heureux dans leur quartier.

        La première des solutions est donc de porter un véritable intérêt aux Roms et à leur lieu de vie et non pas un intérêt contraint par des exigences gouvernementales ou européennes. Il sera difficile, dans le cas contraire, d’intervenir correctement sur un espace que l’on connaît mal.

        Respecter les recommandations : des textes à la réalité

        Une qualité de logement minimum pour tous devrait être respectée selon le programme de Habitat II des Nations Unies qui stipule que « Un logement convenable doit être suffisamment grand, lumineux, chauffé et aéré../..être équipé des infrastructures de base (approvisionnement en eau, assainissement, gestion des déchets)… ». A l’échelon local, le respect de telles recommandations est loin d’être évident.

        L’absence de prise en charge des problèmes au niveau local contraint les hautes autorités européennes à exercer une pression pour que s’améliorent les conditions de vie des Roms.

        La multiplicité des zones roms précaires rend le problème très vaste et très complexe. Il ne s’agit pas que de quelques grands quartiers de grandes capitales, de très nombreux « espaces roms » miséreux et insalubres sont inconnus des autorités internationales qui ne peuvent alors appliquer une pression suffisante sur les autorités locales. L’idée du « logement pour tous » n’est pas ou peu appliquée.
        Un changement des mentalités est nécessaire car le rejet anti-rom est très fort en Europe de l’Est. L’atténuation de l’exclusion géographique des Roms passe d’abord par des progrès sociaux.

        Renforcer les politiques publiques locales, accéder à la propriété et faire du privé un allié plutôt qu’un adversaire

        Le rôle des politiques publiques locales est primordial pour l’amélioration de la qualité de vie des Roms. Pourtant, en Europe centrale et orientale, leur rôle en faveur des Roms est très peu significatif.
        Il faudrait que les collectivités locales puissent bénéficier de personnels spécialement recrutés et par conséquent formés, pour agir dans le domaine social ou dans de le domaines de l’urbanisme. Ceci nécessite des moyens pour les services qui les emploient et la refonte d’un mode de pensée sur la répartition des pouvoirs et des activités souvent très archaïques même si d’un état à l’autre des différences notables existent.

        L’accès des Roms à la propriété dans les quartiers très défavorisés est un enjeu majeur pour l’amélioration de leur habitat. Le maintien de dizaines, de centaines ou de milliers d’individus sur des zones de non droit est doublement négatif pour les populations sur place. Non seulement cette situation favorise l’absence d’intervention des autorités dans un cadre légal et surtout la population est soumise à la possibilité d’une expulsion généralisée à la moindre apparition d’un grand projet privé aux retombées financières alléchantes. Aujourd’hui avec l’ouverture des marchés, l’implantation d’une grande entreprise ou d’un vaste espace commercial sur une zone d’habitation rom aura toujours la faveur des autorités face à l’éventualité d’une réhabilitation du site.
        Les instances internationales et des associations locales mettent une forte pression pour l’accès à la propriété des Roms sur ces terrains. Le rôle grandissant d’ONG roms en Europe centrale et orientale est un signe fort d’une prise un charge des problèmes par les Roms eux-mêmes. Mais, malgré les pressions, beaucoup de municipalités font la sourde oreille car elles profitent du caractère illégal de l’occupation d’un terrain par les Roms pour ne pas aménager le quartier.

        Il faut rompre ce cercle vicieux en instaurant de nouvelles politiques publiques mais également en sachant profiter de fonds d’investissements privés pour urbaniser à bon escient.

        Dans la plupart des pays d’Europe centrale et orientale au-delà des recommandations, une politique d’aménagement du territoire est nécessaire et elle doit se pencher sur les sites d’habitat et sur les conditions de logement des populations les plus précarisées.

        Remédier à l’absence de plan urbanistique pour les quartiers roms et encourager l’instauration de véritables politiques d’aménagement du territoire

        Dans la plupart des pays d’Europe centrale et orientale au-delà des recommandations, une politique d’aménagement du territoire est nécessaire et elle doit se pencher sur les sites d’habitat et sur les conditions de logement des populations les plus précarisées.

        Il faut rappeler en quelques lignes à quoi tient l’immobilisme en matière d’amélioration de l’habitat pour les populations roms :

        Tout d’abord à l’idée reçue, bien ancrée dans les esprits, qui veut que les Roms sont satisfaits de leur lieux de vie et « qu’ils vivent comme ça ». Ceci est dû à une marginalisation historique des Roms par les populations majoritaires.
        Ensuite, rappelons que l’illégalité foncière est un frein à l’intervention urbanistique. Elle est devenue au fil du temps l’inévitable prétexte à l’abandon de zones urbaines entières dévolues aux Roms.
        Enfin, dans le contexte actuel, la priorité est donnée aux investissements privés qui, en lieu et place de plans d’urbanisme dont l’application coûte trop cher, profitent des largesses des autorités pour faire évoluer l’espace urbain à leur guise et loin de toute considération sociale.

        Il est un fait, très simple mais essentiel, que sans l’intervention des autorités et de capitaux spécialement destinés à l’amélioration de l’habitat dans les quartiers roms, rien n’évoluera.

        Une réflexion sur l’aménagement des zones urbaines où vivent Roms pour l’amélioration de leurs conditions de vie est nécessaire. Urbaniser et aménager ne sont pas synonymes des destructions ou de refontes totale d’un lieu. Il faut tenir compte du cadre de vie et du mode de vie des populations et agir en fonction.
        Des opérations telles que le goudronnage des routes, l’installation de l’eau courante, la sécurisation du système viaire ou l’aménagement d’aire de jeux ou de parcs devraient, au regard de la situation désastreuse, être prioritaires dans de nombreuses villes. Face à l’immobilisme, ces opérations d’aménagement devraient alors faire l’objet de programmes spécifiques d’aménagement au niveau national. L’emploi et la formation de techniciens et aménageurs feraient le lien entre les autorités et les sociétés maîtresses d’ouvrage. Cet échelon professionnel intermédiaire fait aujourd’hui cruellement défaut dans les pays d’Europe centrale.

        Il est également certain sans une ascension sociale de la population rom, la précarité l’emportera toujours. C’est pourquoi, on ne peut dissocier les grands thèmes que sont scolarisation, emploi et logement.

        Le logement social : une solution à envisager mais à ne pas imposer

        La politique du logement social à l’Est n’est dans certains états qu’une idée naissante. Après la chute du communisme, les collectivités locales ont hérité d’un parc public de logement énorme dont elles ont très rapidement confié la gestion à des promoteurs privés. Dans un pays comme la Roumanie aujourd’hui, moins de deux pour cent du parc de logement sont publics. Les populations les plus précarisés, jeunes, chômeurs, Roms, n’ont pas accès au logement. Les anciennes générations conservent leurs acquis du communisme mais le renouvellement par la vente des biens ne profite qu’à une minorité ayant su s’insérer dans le système capitaliste.

        La question du logement pour tous se pose et l’on revient à la résolution de l’ONU. Si l’accès à la propriété est la principale priorité pour les Roms, la question du logement social est posée aujourd’hui dans les pays de l’Est comme une solution alternative.
        Ses conditions d’application sont à définir car les populations roms défavorisées devraient, en admettant qu’elles accèdent à de tels logements, bénéficier d’un régime très favorable.
        De même, il faut à nouveau tenir compte du cadre et du mode de vie des populations. Le logement social ne peut-être envisagé comme « la » solution. Les réalités locales doivent être considérées. Reloger les habitants d’une ancienne mahala dans un complexe de logement collectif n’apportera pas de résultats quand bien même les conditions de logements auraient progressé.
        Toutes les familles roms ne rejetteront pas forcément ce type d’habitat et il semble qu’une politique du logement social, si elle devait être instaurée, devrait être appliquée à l’ensemble de la population, sans discrimination et sans spécificité particulière pour les Roms.

        Une politique spécifique appliquée aux espaces de vie des Roms, dans le respect du cadre de vie, semble être une nécessité plus urgente et plus efficace si toutefois la volonté de la mettre en œuvre s’exprime.

        Tout reste à faire pour améliorer les conditions de logement des Roms. Les progrès, dans tous les domaines, sont très lents et la situation générale des Roms en Europe ne s’améliore pas ou peu.

        Bibliographie principale

        Agenda 2000. Regards et appréciations sur la situation des Roms. Commission Européenne.

        DELEPINE, S. (2003). Espaces Tsiganes et villes roumaines. Thèse de doctorat. Angers.

        MG-S-ROM (1999). MACURA,M.. Logement, urbanisme et pauvreté : problèmes posant aux communautés Roms/Tsiganes notamment en Europe centrale et orientale. Conseil de l’Europe.

        MG-S-ROM (2000). Mémorandum sur les problèmes auxquels sont confrontés les Roms/Tsiganes  en matière de logement, Conseil de l’Europe.

        REYNIERS, A. (1998). Tsigane, heureux si tu es libre! Paris, UNESCO.


1 Nom d’origine turc donné à des espaces de la ville ayant une activité spécifique, essentiellement artisanale ou commerciale. En Europe de l’Est, ce nom s’est appliqué aux espaces où les Roms étaient réunis et où ils pratiquaient un artisanat précis.