DGIV/EDU/ROM(2006)3

La situation des médiateurs et assistants scolaires roms en Europe

Repport établi par Calin Rus

Table des matières:

    Introduction

    Méthodologie et processus de la collecte des données

    Analyse des résultats

    Conclusions

    Annexe : Questionnaire

Direction Générale IV
Direction de l’Education scolaire, extrascolaire et de l’Enseignement supérieur
Division de la dimension européenne de l’éducation

Introduction

On trouvera dans le présent rapport les résultats d’une analyse effectuée dans le cadre du projet du Conseil de l’Europe “Education des enfants Roms en Europe”, prolongement des activités relatives aux médiateurs et assistants roms lancées en 2004: l’organisation d’un séminaire européen sur ce thème à Timisoara, en avril 2004 en partenariat avec l’Institut Interculturel, et la publication d’un premier rapport sur ce sujet, sur la base des exposés présentées et des discussion tenues pendant le séminaire.

De fait, la recommandation No R(2000)4 adoptée par le Comité des Ministres en février 2000, document qui est à la base de toutes les activités du projet, mentionne deux fois l’idée de “recourir à des médiateurs issus de la communauté rom/tsigane ” dans le contexte de la communication entre l’école et les parents et pour “faciliter les contacts entre les Rom/Tsiganes, la population majoritaire et les établissements scolaires et éviter les conflits à l’école ”.

Les conclusions du séminaire organisé à Timisoara et la publication qui a suivi soulignent les diverses approches adoptées dans plusieurs pays européens en ce qui concerne le recours à des médiateurs et assistants scolaires roms ainsi que la nécessité de fournir un cadre européen et un appui du Conseil de l’Europe sous la forme d’un Guide du médiateur scolaire rom.

Cela dit, avant d’élaborer un tel outil, il a paru nécessaire d’avoir un tableau plus complet de la situation actuelle de tous les Etats membres du Conseil de l’Europe au regard de l’application des dispositions de la Recommandation R(2000)4 sur le recours à des médiateurs et assistants roms. Le but du présent document est de proposer un tel tableau, sur la base à la fois d’une enquête réalisée auprès des autorités responsables de l’enseignement dans les Etats membres et de recherches complémentaires.

Méthodologie et processus de la collecte des données

Afin d’avoir une vue plus complète de la situation des médiateurs et assistants roms en Europe, un questionnaire a été élaboré et envoyé en anglais et en français aux autoritéss responsables de l’éducation dans les Etats membres en mars 2005. Le questionnaire a également été traduit en romani et envoyé à diverses organisations roms et autres ONG s’occupant d’éducation des Roms.

Le questionnaire, reproduit en annexe, comporte 17 questions, fermées et ouvertes, portant sur les thèmes suivants:

No

Thèmes

Question(s)

1

Existence du médiateur / de l’assistant scolaire rom ou de toute autre personne occupant une position similaire dans le pays

1

2

La terminologie employée pour désigner cette position dans la langue locale ainsi qu’en anglais / français

2

3

Le cadre juridique réglementant l’emploi de médiateurs /assistants (le cas échéant)

3

4

Les tâches / fonctions et responsabilités du médiateur / assistant

4 et 5

5

Qui a eu l’initiative d’employer des membres de la communauté rom/tsigane pour améliorer l’éducation des enfants roms/tsiganes ?

6

6

Situation actuelle concernant le cadre institutionnel, les procédures de recrutement, effectifs,tendances)

7 à 10

7

Programmes de formation initiale et en cours d’emploi disponibles pour les médiateurs /assistants roms/tsiganes

11 et 12

8

Procédures de suivi et soutien aux activités des médiateurs/assistants roms/tsiganes

13 et 14

9

Demande de signaler les initiatives / projets relatifs à l’emploi de médiateurs / d’assistants roms/tsiganes

15

10

Demande de signaler les initiatives/projets concernent le recours à d’autres catégories de personnel exerçant des fonctions de médiation pour les Roms/Tsiganes et l’emploi de médiateurs interculturels en général ou pour d’autres communautés culturelles que les Roms/Tsiganes

16-17

Dix-neuf pays seulement ont renvoyé le questionnaire rempli. Dans tous les cas sauf deux, les réponses ont été fournies par les autorités nationales responsables de l’éducation. Dans le cas de la République tchèque, les réponses ont été fournies par une ONG qui a une longue expérience concrète en la matière, tandis que dans le cas de l’Ukraine les informations ont été obtenues d’une organisation rom avec l’appui du Forum européen des Roms et des Gens du voyage. Dans certains cas, les réponses ont été obtenues d’un employés des autorités responsables de l’enseignement chargé de l’éducation des Roms, tandis que dans d’autres elles ont été élaborées par plusieurs employés du ministère (par exemple pour l’enseignement primaire et secondaire) ou par un comité spécial composé d’experts et de représentants roms.

Ce processus s’est trouvé confronté à un certain nombre de difficultés, telles que:

    - Accessibilité linguistique : dans certains cas le questionnaire a dû être traduit dans la langue locale pour devenir accessible aux personnes connaissant le sujet, dans d’autres, les documents supplémentaires étaient joints dans la langue originale
    - Accès à l’information : en particulier dans les pays n’ayant pas de politique nationale sur l’éducation des Roms il a été difficile pour les employés des autorités nationales responsables de l’éducation de rendre compte des initiatives locales ou des initiatives d’ONG
    - Difficultés propres aux systèmes d’éducation des pays à structure fédérale, où les politiques et expériences peuvent différer d’un élément à l’autre de la fédération.

C’est pourquoi, en plus des informations contenues dans les questionnaires renvoyés, l’analyse ci-dessous, afin de compléter le tableau, à la fois en incluant tous les pays concernés et en fournissant un tableau plus complet de certains pays ayant une expérience importante, s’appuie également sur des recherches bibliographiques et des recherches effectuées sur Internet, ainsi que sur les témoignages des participants au séminaire de Timisoara d’avril 2004. Il convient de noter toutefois que les informations contenues dans le présent document ne prennent peut-être pas en compte toutes les initiatives pertinentes et que certaines informations sont incomplètes.

     

    Pays ayant renvoyé le questionnaires

     

    Pays sur lesquels ont été trouvés des informations complémentaires

    1

    Autriche

     

    Albanie

    2

    République tchèque

     

    Belgique

    3

    Chypre

     

    Bosnie-Herzégovine

    4

    Estonie

     

    Bulgarie

    5

    France

     

    Croatie

    6

    Ex république yougoslave de Macédoine

     

    Danemark

    7

    Allemagne

     

    Finlande

    8

    Grèce

     

    Italie

    9

    Hongrie

     

    Lettonie

    10

    Irlande

     

    Moldova

    11

    Lituanie

     

    Pologne

    12

    Luxembourg

     

    Portugal

    13

    Malte

     

    Roumanie

    14

    Pays-Bas

     

    Serbie et Monténégro

    15

    Norvège

     

    Slovaquie

    16

    Espagne

     

    Suède

    17

    Slovénie

       

    18

    Royaume-Uni

       

    19

    Ukraine

       

Analyse des résultats

Nous combinons dans l’analyse le contenu des questionnaires renvoyés et les données obtenues d’autres sources, afin de donner un tableau plus général de la situation actuelle concernant cette question au niveau européen. La structure de la présentation correspond aux principaux thèmes ciblés dans le questionnaire. Une analyse plus approfondie sera faite de la situation de plusieurs pays qui ont acquis de l’expérience en la matière ou qui entreprennent de nouveaux projets ou programmes à cet égard.

Existence du médiateur / assistant rom

La première question concernait l’existence de personnes “appartenant à la communauté rom/tsigane” employées pour “faciliter la communication entre les enseignants et les familles roms/tsiganes et/ou pour améliorer l’accès à l’école et augmenter les chances réussite scolaires des enfants roms/tsiganes”. La question ne désignait pas la position de ces personnes (par exemple “médiateurs” ou “assistants”) afin de laisser les répondants libres d’indiquer le titre employé dans leur pays. C’était également une question à ramifications, car en cas de réponse négative, le répondant était dirigé vers la question 15 et suivantes, qui demandaient des renseignements et sur d’autres expériences qui pourraient être pertinentes.

Questionnaires renvoyés

 

PAYS

Médiateurs / assistants roms

Commentaires

1

Autriche

Oui, médiateurs et assistants roms

Différences entre les régions

2

République tchèque

Oui, auparavant Assistant d’enseignement rom, aujourd’hui Educateur/Assistant du maître

Programme officiel du Ministère de l’éducation

3

Chypre

Non

Personnel éducatif spécialisé

4

Estonie

Non, selon les autorités,
Mais initiative locale d’une ONG rom avec le soutien de l’UE

Projet visant à réduire le nombre d’abandons sans faire intervenir des médiateurs /assistants
Participation a un projet financé par l’UE

5

France

Oui, médiateur rom

Au niveau local et avec un statut marginal

6

Ex république yougoslave de Macédoine

Non

Projet commun d’ONG internationales, de l’OSCE et de l’USAID en cours

7

Allemagne

Pas de réponse possible

Identification ethnique contestée

8

Grèce

Non

Projet récent

9

Hongrie

Oui, assistant pédagogique / coordonnateur rom

Projet du gouvernement /
Initiative d’une ONG

10

Irlande

Non

Autres expériences et projets pour l’avenir proche

11

Lituanie

Oui, assistant rom

Projet du gouvernement

12

Luxembourg

Non

Non

13

Malte

Pas de Roms

Pas de Roms

14

Pays-Bas

Non

Projet récent

15

Norvège

Non

Intérêt fondé sur le travail avec des réfugiés roms

16

Espagne

Oui, médiateur rom

Initiatives d’ONG soutenues par les autorités publiques

17

Slovénie

Non

Une stratégie adoptée récemment envisage l’emploi d’assistants roms dans les écoles

18

Royaume-Uni

Oui, assistant d’enseignement / assistant d’aide à l’apprentissage

Employés par les autorités éducatives locales

19

Ukraine

Non

Non

Informations d’autres sources

 

PAYS

Médiateurs / assistants roms

Commentaires sur la situation actuelle

1

Albanie

Non

Non

2

Belgique

Non

Médiateurs interculturels

3

Bosnie-Herzégovine

No

Non

4

Bulgarie

Oui, Assistant d’enseignement rom

Piloté par des ONG, étendu dans le cadre d’un projet PHARE

5

Croatie

Oui, Assistant d’enseignement rom

Elément de la stratégie nationale d’amélioration de la situation des Roms

6

Danemark

Oui, médiateur rom

Introduit dans un projet financé par l’UE

7

Finlande

Oui, médiateur rom

Formation par le Conseil national de l’éducation. Emploi limité par des collectivités locales et des ONG

8

Italie

Oui, médiateur rom

Initiatives locales. Expérience également avec un médiateur culturel

9

Lettonie

Oui, assistant d’enseignement rom

Projet pilote d’une ONG en coopération avec les autorités responsables de l’enseignement

10

Moldova

Non

Non

11

Pologne

Oui, assistant d’enseignement rom

Programmes du gouvernement à l’essai dans une région

12

Portugal

Non

Expériences de médiateurs interculturels

13

Roumanie

Oui, médiateur scolaire rom

Piloté par des ONG, étendu dans le cadre d’un projet PHARE

14

Serbie et Monténégro

Non

Serbie: assistants roms mentionnés dans la stratégie adoptée en 2003. Monténégro: récemment, des assistants roms font partie d’un plan d’action national

15

Slovaquie

Oui, assistant d’enseignement

Programme officiel du Ministère de l’éducation

16

Suède

Oui, médiateur rom

Expériences locales isolées

Existence de médiateurs / d’assistants roms

Situation

Pays

No

Pays ayant des médiateurs /assistants roms établis et qui fonctionnent ou des expériences pilotes dans ce domaine

Autriche, Bulgarie, Croatie, République tchèque, Finlande, France, Hongrie, Italie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Roumanie, Slovaquie, Espagne , Suède, Royaume-Uni

16

Pays ayant des projets / plans / stratégies en cours/envisagés concernant des médiateurs / assistants roms

Ex république yougoslave de Macédoine , Grèce, Irlande, Pays-Bas, Norvège, Serbie et Monténégro, Slovénie

7

Pays sans médiateurs /assistants roms

Albanie, Belgique, Bosnie-Herzégovine, Chypre, Danemark, Estonie, Allemagne, Luxembourg, Malte, Moldova, Portugal, Ukraine

12

On peut supposer que les autres Etats membres du Conseil de l’Europe ciblés par cette enquête (Russie, Turquie, les pays de la région du Caucase et quelques très petits pays) n’ont pas l’expérience de l’emploi de médiateurs ou d’assistants roms, et n’envisagent pas non plus d’en employer dans l’avenir proche, du moins au niveau officiel.


Le tableau ci-après illustre le temps écoulé entre les premières initiatives concernant l’emploi de médiateurs / d’assistants roms dans les différents pays:

 

PAYS

Années où les projets/programmes concernant les médiateurs / assistants roms ont été lancés

Commentaires

1

Autriche

Oberwart 1991 / Vienne 1994

A l’initiative d’une ONG rom

2

Bulgarie

1998 initiative pilote
2001 expansion

ONG rom
Projet du ministère national financé par l’UE

3

Croatie

2000

Petits nombres, employés par les autorités responsables de l’enseignement

4

République tchèque

1993 initiative pilote
1998 expansion
2000 nouvelle réglementation

ONG (non-roms et roms) + école
Reconnaissance par les autorités

5

Finlande

1994, premières formations
2001 – 2004 expansion

Conseil national de l’éducation
Coordination d’un projet européen

 

France

Milieu des années 1990

ONG rom, autorités locales et système d’enseignement

7

Hongrie

2001, pour les coordinateurs familiaux roms
date inconnue pour les assistants pédagogiques

Initiative d’une ONG

Autorités locales + Ministère de l’emploi

8

Italie

1996

Autorités locales

9

Lettonie

2003

Projet pilote à petite échelle

10

Lituanie

2002

Projet Socrate – Comenius

11

Pologne

2001, lancement
2004 expansion au niveau national

Autorités régionales + formation par une ONG
Programme du gouvernement

12

Roumanie

1996 expériences pilotes
2003 expansion

Initiative d’ONG (roms et non roms)
Dans le cadre d’un projet national financé par l’UE mis en oeuvre par le Ministère de l’éducation

13

Slovaquie

1994 initiatives pilotes
2001 expansion au niveau national

Projets d’ONG
Projet du Ministère de l’éducation financé par l’UE et nouveau cadre juridique

14

Espagne

1980s

Au niveau local et régional

15

Suède

2001

Projet Socrate – Comenius

16

Royaume-Uni

1990

Autorités locales responsables de l’enseignement

Cadre juridique et institutionnel

Dans quelques pays l’emploi de médiateurs /assistants roms a commencé dans les années 1980 et 1990. C’est le cas par exemple en Espagne, République tchèque, Slovaquie, Finlande, France et Roumanie. Dans la plupart de ces pays de cette catégorie, cela s’est fait à l’initiative d’ONG. Dans plusieurs pays d’Europe centrale, un rôle important a été joué à cet égard par l’organisations membre du réseau Open Society Foundation. Quelques années plus tard, les collectivités locales dans certains cas, les autorités responsables de l’enseignement dans d’autres, ont repris l’idée et ont, soit apporté un soutien aux activités des ONG, soit intégré le médiateur/assistant dans leur propre cadre institutionnel1.

Une importante évolution a eu lieu après l’an 2000 lorsque, d’un côté, la recommandation du Conseil de l’Europe a été adoptée et, de l’autre, la plupart des pays d’Europe centrale et orientale ont élaboré, avec le soutien de la Commission européenne, des stratégies nationales pour l’amélioration de la situation des Roms qui comprenaient des mesures dans le domaine de l’éducation. Parmi ces mesures, la plupart des pays ont introduit l’idée d’employer et de former des médiateurs ou des assistants roms. Au cours des années suivantes, le nombre de médiateurs et d’assistants roms a sensiblement augmenté dans ces pays par suite des formations et activités organisées dans le cadre de projets PHARE nationaux, financés par la Commission européenne et associées aux stratégies susmentionnées.

Le nombre de médiateurs/assistants varie considérablement selon les pays et n’est pas nécessairement lié au nombre de Roms qui vivent dans ces pays. Certains pays n’en comptent que deux ou trois, employés dans le cadre d’une initiative pilote d’une ONG ou de la politique d’une collectivité locale, tandis que d’autres en ont des centaines qui occupent des postes permanents, le chiffre le plus élevé étant donné par la Bulgarie, qui emploie près de 500 assistants roms.

L’employeur peut être le système d’enseignement (autorités responsables de l’enseignement ou écoles, selon le niveau de centralisation du système éducatif), une collectivité locale ou régionale ou une ONG. Alors qu’il y a dix ans les ONG venaient largement en tête, on observe depuis cinq ans, dans de nombreux pays, une forte augmentation du nombre de médiateurs/assistants roms employés par le système d’enseignement et par les collectivités locales. Plusieurs pays, comme les nouveaux membres de l’UE d’Europe centrale, la Roumanie, la Bulgarie, mais aussi la Finlande, le Danemark ou la Suède, sont maintenant confrontés au défi qui consiste à assurer la pérennité de l’emploi et la formation des médiateurs/assistants roms, après les importants progrès réalisés au cours des années précédentes dans le cadre de projets nationaux financés par l’Union européenne (PHARE dans le cas des pays d’Europe centrale et orientale, Fonds social européen, dans le cas des « anciens » pays membres de l’UE) ou de projets transnationaux (par exemple Socrate, Equal). Le salaire des médiateurs/assistants est inférieur au salaire le plus bas d’un enseignant ou d’un travailleur social, et se rapproche en général du salaire minimum, mais il y a aussi des cas, comme dans le projet prévu aux Pays-Bas, où il peut être supérieur au salaire minimum, et se rapprocher du salaire d’un enseignant du primaire.

La décision d’employer un médiateur/assistant rom est laissée le plus souvent aux autorités responsables de l’enseignement ou aux directeurs d’école. Dans certains cas, comme en Slovaquie, on applique des critères explicites pour déterminer si une école est autorisée à employer un assistant. Dans d’autres cas la décision est prise par les autorités locales. Le suivi, la supervision et le soutien des médiateurs/assistants roms peuvent être assurés par des spécialistes de l’enseignement (par exemple des inspecteurs en Roumanie), par la direction de l’école ou bien par les collectivités locales.

Tâches et responsabilités

Trois catégories de tâches peuvent être identifiées :

    Ø les tâches qui concernent le travail en classe : faciliter la communication entre les enseignants et les enfants roms, en particulier aider ces derniers à comprendre les instructions données par les maîtres, et aider ceux-ci à mener à bien les activités d’éducation
    Ø les tâches qui concernent le travail avec les enfants roms en dehors des activités menées en classe, notamment préparation pour l’école, aide au travail à la maison et organisation des activités de loisir et culturelles
    Ø les tâches qui concernent la facilitation des relations entre l’école et les familles roms et la communauté rom en général.

Dans certains cas, comme en République tchèque, en Slovaquie ou en Pologne, ces trois catégories de tâches font partie du profil d’emploi des assistants d’enseignement roms. Dans d’autres, comme celui des « Lernhelfer » en Autriche, l’activité est limitée à la deuxième catégorie, tandis que dans d’autres encore, comme pour les médiateurs scolaires roms en Roumanie, en Espagne ou en France, le profil d’emploi comprend surtout la deuxième et la troisième catégories de tâches.

La Slovaquie offre un exemple typique correspondant à la première catégorie de profil d’emploi étendu. Les tâches d’un assistant d’enseignement sont les suivantes :

1. Pour ce qui est du processus d’enseignement :

    Ø travailler directement avec les enseignants et autre personnel scolaire ;
    Ø aider les enfants de milieux défavorisés à s’adapter à un nouvel environnement d’apprentissage et à surmonter les obstacles linguistiques, culturels et sociaux (communiquer avec les enfants dans leur langue maternelle) ;
    Ø aider à mettre en place des programmes personnalisés pour développer les compétences des enfants roms ;
    Ø organiser les activités d’apprentissage pour les enfants, y compris ceux qui ont des besoins éducatifs particuliers ;
    Ø fournir un apport culturel spécifique ;
    Ø exécuter les tâches éducatives qui leur sont assignées par les enseignants ;
    Ø préparer des matériels didactiques ;
    Ø surveiller les enfants pendant les pauses ;
    Ø assister aux réunions des enseignants ;
    Ø utiliser la curiosité naturelle des enfants pour stimuler la compréhension et l’appréciation mutuelles d’autres cultures.

2. Pour ce qui est des activités de loisirs :

    Ø travailler avec le personnel enseignant qui s’occupe des clubs scolaires ;
    Ø coordonner ou appuyer des activités artistiques hors programme (chant, musique, danse, arts visuels, théâtre, etc.) ;
    Ø organiser les visites de monuments historiques et culturels ;
    Ø organiser la participation à des activités sociales au niveau régional ;
    Ø organiser des activités sociales pour les parents ;
    Ø travailler avec le personnel scolaire à des activités éducatives extrascolaires et à des activités pendant les vacances ;
    Ø promouvoir des échanges sociaux positifs ;
    Ø apporter conseil et soutien pour toutes ces activités, et représenter la culture rom.

3. Travail avec les familles:

    Ø rendre visite aux familles, en particulier à celles qui vivent dans des quartiers défavorisés, pour évaluer l’environnement social et les attitudes des parents, ainsi que la santé des enfants;
    Ø organiser des réunions et travailler avec les parents, les associer plus étroitement aux processus de scolarisation;
    Ø informer les familles et leur faire prendre conscience de l’importance de l’éducation préscolaire;
    Ø promouvoir la tolérance et la lutte contre les préjugés, ainsi que les contacts entre les parents et les enfants roms et non roms;
    Ø organiser des activités spéciales pour les mères de famille roms.

On trouve des listes de tâches similaires, bien que moins structurées, pour les assistants d’enseignement en République tchèque, Bulgarie, Croatie et Pologne.

La situation des médiateurs scolaires roms en Roumanie constitue un exemple typique de la dernière catégorie de pays ayant des profils d’emploi axés sur la relation école –communauté. Les tâches initiales confiées au médiateur étaient les suivantes:

    Ø appuyer la scolarisation des enfants roms à tous les niveaux;
    Ø faciliter la tenue de réunions avec les parents roms;
    Ø travailler avec des ONG roms et non roms;
    Ø aider à maintenir les chiffres de l’assiduité scolaire;
    Ø repérer de futurs enseignants possibles parmi les jeunes Roms;
    Ø signaler les conflits entre et dans les communautés et intervenir comme médiateur;
    Ø fournir des informations à la communauté sur les mesures concernant la scolarisation des enfants roms;
    Ø encourager les parents à participer à la scolarisation de leurs enfants et et à la vie des écoles;
    Ø informer les écoles et les autorités de tous problèmes particuliers qui se posent dans la communauté.

Ces tâches ont été reformulées. Plus précisément, le médiateur devrait maintenant:

      v S’assurer que le personnel scolaire a conscience de la situation particulière ou des problèmes particuliers qui empêche de suivre les cours avec régularité;
      v Proposer des consultations et une orientation aux familles sur diverses questions sociales et éducatives. Le médiateur scolaire devrait connaître les politiques sociales et éducatives, les institutions qui les mettent en œuvre et les services qu’elles fournissent;
      v Servir de médiateur dans les situations spéciales qui peuvent se présenter dans l’environnement éducatif ou familial avec calme, patience et tolérance;
      v Travailler en équipe avec le directeur de l’école, le personnel scolaire et les représentants de la communauté et faciliter la communication entre eux;
      v Promouvoir des valeurs telles que la diversité culturelle, l’inclusion et l’égalité des chances, tant dans l’environnement scolaire que dans la communauté, en montrant un engagement personnel dans ce sens;
      v Aider les élèves et les familles défavorisées à surmonter les obstacles qui empêchent leur épanouissement en fonction de leur potentiel.

Une autre différence concerne la place de la culture rom dans le travail du médiateur/assistant. Dans certains cas, la promotion de l’identité culturelle rom à l’école et dans les activités extrascolaires est considérée explicitement comme une tâche fondamentale, tandis que dans d’autres cas cet aspect n’est pas du tout mentionné ou est même évité.

Malgré les différences dans les profils d’emploi des médiateurs/assistants roms selon les différents pays, il y a dans la plupart des cas un tronc commun d’activités en ce qui concerne la médiation entre l’école et les familles roms.

Formation

A de très rares exceptions près, la plupart des pays n’ont pas de procédure de formation systématique des médiateurs/assistants roms. Dans certains cas, comme en Espagne, seule est assurée une formation initiale courte qui est suivie d’une formation en cours d’emploi, sur la base de la coopération avec des travailleurs sociaux professionnels. Dans d’autres cas, comme en Pologne, en Bulgarie, mais aussi en Finlande, des séminaires de formation sont organisés, principalement dans le cadre de projets financés par l’Union européenne.

Les conditions d’accès au poste de médiateur/assistant sont ou bien d’avoir une instruction élémentaire ou bien d’être diplômé du secondaire. Dans certains pays, comme en Croatie, les assistants employés sont tenus de poursuivre leur éducation pendant qu’ils travaillent et reçoivent une aide à cette fin.

Du point de vue de la certification associée aux programmes de formation, deux types de formation sont assurés aux médiateurs/assistants roms : une formation professionnelle et une formation initiale dans un établissement pédagogique.

Un bon exemple de formation est offert par la République tchèque, mais une approche similaire est également appliquée en Slovaquie :

Le programme de formation initiale des assistants est le « minimum pédagogique ». Le minimum pédagogique est un cours qui comprend une partie théorique (10 jours intensifs de conférences – 80 heures) et une partie pratique. Les conférences portent sur le rôle des assistants à l’école, la pédagogie, la psychologie, le travail social, les droits de l’homme, la résolution des conflits, les techniques de communication et les activités de loisirs. La partie pratique comprend 40 heures à l’école ou dans un autre établissement d’enseignement. La formation était assurée auparavant par les ONG « Nová škola » et « Humanitas profess », ainsi que par le Cabinet de l’éducation multiculturelle de l’Université Masaryk à Brno et par quelques autres institutions locales. Une autre partie de la formation met l’accent sur le travail en équipe. Le programme de formation TANDEM appuie le travail d’équipe entre l’assistant et l’enseignant dans les écoles et contribue à clarifier la position des assistants. La formation améliore également le climat en classe. Elle est conçue pour le travail en tandem. Chaque tandem suit un séminaire de deux jours axé sur la communication et sur les questions pédagogiques. Les participants clarifient les rôles et les compétences de l’enseignant et de l’assistant et simulent les techniques et méthodes à utiliser dans la classe. Ils apprennent également les méthodes à appliquer pour préparer et évaluer les leçons. L’échange d’expérience entre enseignants et assistants pendant les cours est très utile.

En Roumanie, après plusieurs années pendant lesquelles la formation et la supervision des médiateurs étaient faites à petite échelle par des ONG, les autorités responsables de l’enseignement ont fait l’essai, avec plus de 70 médiateurs de 10 départements, d’un programme de formation initiale assuré par un collège pédagogique (institution du niveau du secondaire en cours de réforme après avoir été pendant longtemps un établissement de formation initiale d’enseignants du primaire).

Dans cette phase pilote le programme de formation a été organisé en partie comme formation sur place dans des centres spécialisés et en partie en formation à l’école. En outre, les participants étaient tenus de passer un certain nombre d’heures consacrées à l’apprentissage individuel. Le programme de formation était donc composé comme suit :

1. Formation en classe (336 heures, 11 semaines)
2. Formation en cours d’emploi (504 heures, 17 semaines)
3. Apprentissage individuel (660 heures, 28 semaines)
4. Evaluation finale et accréditation (30 heures, 1 semaine)

La durée totale du programme était de 1500 heures, équivalant à 28 semaines de formation.

La formation en classe est subdivisée en deux sections : un tronc commun et un programme adapté aux besoins locaux. La structure du tronc commun est la suivante :

    1. travail interprofessionnel. Description d’emploi du médiateur scolaire – (30 heures) ;
    2. éducation inclusive (30 heures) ;
    3. résolution des conflits, conseils (30 heures) ;
    4. participation de la communauté. Négociation et médiation communautaires (30 heures) ;
    5. langue, littérature et culture romani (30 heures) ;
    6. cours de TIC – ECDL (66 heures);
    7. prise de parole en public, exposés en public. Compétences en matière de communication. Compétences en matière d’écoute (30 heures).

Le programme adapté aux besoins locaux comprend les thèmes suivants :
- questions de protection des enfants ;
- difficultés d’apprentissage;
- difficultés sociales, affectives et comportementales;
- formation pour les parents et familles roms ;
- développement de services sociaux et de partenariats pour le soutien social ;
- tenue de dossier et utilisation de bases de données.

Les modules adaptés aux besoins locaux ont une durée de 30 heures : 15 heures pour des projets concrets à l’école, dans la communauté ou un centre de formation et 15 heures pour la formation en classe. Cette dernière comprend des activités telles que :

    - des activités à l’école dans la communauté ;

- une analyse des besoins à l’école et dans la communauté ;
- la conception d’interventions à l’école et dans la communauté ;
- l’appréciation, l’évaluation et l’optimisation des activités.

Ces activités sont fondées sur un plan de formation individuelle qui fait le lien entre la formation en cours d’emploi et la formation en classe. Ce plan est conçu par le médiateur scolaire en coopération avec le directeur de l’école et un tuteur. Les progrès accomplis par rapport aux activités proposées sont évalués chaque mois et des améliorations et corrections sont proposées. Le plan de formation individuelle comprend :

    • une familiarisation avec l’application des politiques éducatives à l’école où le médiateur scolaire intervient, une familiarisation avec les ressources de l’école;
    • une réunion de présentation avec le personnel scolaire, au cours de laquelle le directeur de l’école expose le rôle et les responsabilités des médiateurs scolaires à l’école et dans la communauté ;
    • un calendrier des réunions des médiateurs scolaires avec le personnel scolaire ; un calendrier des réunions d’évaluation (une fois par mois) ;
    • le calendrier des réunions hebdomadaires entre le médiateur et le personnel scolaire (minimum 2 heures) ;
    • le calendrier des réunions avec les ONG, les autorités locales, les représentants de la communauté, les représentants des parents et des élèves.

Une expérience intéressante concernant la formation des médiateurs roms a également été acquise en Finlande. Après une période (1994-1999) au cours de laquelle la formation était assurée par des séminaires de courte durée, une formation plus systématique a été entreprise en 2000 ; elle comporte un « dossier d’information », dont le contenu a été établi sur la base des besoins exprimés par les médiateurs praticiens, et qui est subdivisé en douze sections : informations sur la législation, documents européens et internationaux, droits et responsabilités des citoyens, relations avec les structures d’application des lois, structure de l’administration publique, questions de discrimination, système d’enseignement, protection sociale et système de santé, abus de substance, culture et histoire rom, communication et présentation en public, établissement de rapports et conduite d’une réunion, et organisation d’activités culturelles et éducatives. Cette approche de la formation a été mise à l’essai puis étendue dans le cadre d’un projet Socrate-Comenius mis en œuvre entre 2001 et 2004.

Autres expériences pertinentes

Médiateurs interculturels

Dans plusieurs pays, dont la Belgique, l’Espagne, l’Italie et le Portugal, qui ont une importante population d’immigrants d’origine extra européenne, les autorités locales emploient des membres des communautés et d’immigrants pour travailler comme médiateurs interculturels afin de faciliter l’accès des immigrants aux services publics et leur communication avec les autorités publiques et avec la population locale. Nombre de ces médiateurs culturels collaborent étroitement avec des écoles et nous considérons que cette expérience est très utile pour les initiatives concernant l’emploi de médiateurs roms.

En Italie, par exemple, un médiateur interculturel :

    - appartient à l’une des cultures non italiennes représentées sur le territoire italien et dont il connaît par conséquent la langue et les spécificités culturelles;
    - a vécu personnellement l’expérience de la migration ;
    - est bien intégré dans la réalité italienne, dont il connaît la langue, les structures administratives et les codes culturels ;
    - a suivi une formation spécifique.

Son travail à l’école consiste à :

    - aider à ’intégration scolaire des enfants immigrants

      o obtenir des informations sur la situation familiale
      o établir l’itinéraire éducatif individuel des enfants immigrants nouvellement arrivés
      o contribuer à évaluer les compétences existantes
      o présenter les règles de l’école aux enfants immigrants nouvellement arrivés
      o accompagner des enfants lors de leurs premières expériences à l’école
      o faire office de traducteur et d’interprète

    - faciliter les relations avec les familles

      o présenter l’école et son organisation
      o informer sur la vie scolaire, y compris traduire des messages particuliers
      o faciliter les réunions des parents avec le personnel scolaire
      o prévenir les conflits et les malentendus

    - promouvoir l’éducation interculturelle

      o promouvoir la langue et la culture de la communauté d’immigrants
      o organiser des rencontres interculturelles et les animer
      o coopérer avec les enseignants pour organiser des activités d’éducation interculturelles

En Italie, les médiateurs interculturels sont employés soit directement par les autorités publiques locales, soit par l’intermédiaire d’un partenariat avec des ONG soutenues par les autorités locales. Leur formation était assurée au départ par des ONG dans le cadre de séminaires, mais dans la plupart des cas ces ONG ont par la suite conclu des partenariats avec des centres de formation professionnelle, ce qui permet aux médiateur de bénéficier d’une formation certifiée et reconnue. Aujourd’hui, il est possible en outre faire reconnaître les compétences acquises, ce qui facilite considérablement la certification des médiateurs interculturels. De plus, le travail de ces derniers est facilité grâce à des matériels qui leur sont fournis et à des lignes directrices qui leur données pour leurs activités quotidiennes.

Développement de liens entre le foyer et l’école

Des documents intéressants ont été proposés par le représentant du Royaume-Uni lors de la soumission du questionnaire concernant la formation d’assistant d’enseignement et d’assistants pour l’aide à l’apprentissage qui ne sont pas spécifiquement destinés aux Roms mais qui les concernent lorsque les autorités locales responsables de l’enseignement constatent un besoin à cet égard. Mais ces documents comprennent également des informations extrêmement utiles pour le développement des liens entre la maison et l’école et impliquant les parents de manière plus active dans l’éducation de leurs enfants en coopération avec l’école.


1er encadré :

Que faisons-nous bien ?
Que pourrions-nous faire ?
2e encadré :
1. Sur la base de
· l’examen de la pratique existante
· le point de vues et l’expérience des parents
· la politique générale de l’école
3e encadré en dessous à droite décalé :
2. Discussions pour réaffirmer les principes et établir des priorités
Planification de l’action
· objectifs
· tâches et activités fondamentales
· critères d’efficacité
5e encadré à gauche :
3. Mise en œuvre
· fournir des ressources et un appui
· examiner les progrès
· s’attaquer aux problèmes.
4e encadré à gauche :
4. Evaluation et développements ultérieurs

    · preuves de l’efficacité
    · enseignements à tirer

Ils recommandent un processus participatif illustré par le diagramme suivant, qui comprend une estimation du processus de planification, sa mise en œuvre et une phase d’évaluation, associant les enseignants et les parents.

Nous sommes d’accord sur le fait que, bien que conçue pour améliorer les relations entre la maison et l’école en général, cette approche peut être bien utile pour traiter des questions concernant l’éducation des enfants roms. Naturellement, dans le cas des communautés roms, plusieurs questions spécifiques doivent être prises en compte et le recours à un médiateur rom pourrait largement contribuer à l’efficacité d’un tel processus.

Questions sensibles

L’analyse a également révélé quelques questions sensibles qu’il est nécessaire d’aborder à propos de la position du médiateur/assistant rom. Nous retiendrons ici deux d’entre elles :

    1. la légitimité d’une politique publique ciblant les membres d’un groupe ethnique particulier et impliquant l’emploi de membres de ce groupe (cette question a été explicitement soulevée par l’équipe de l’Allemagne chargée de répondre au questionnaire, mais semble être tout à fait pertinent dans le cas de l’Autriche et de la France également) ;
    2. les effets négatifs de l’emploi d’assistants roms, y compris le risque de ségrégation et de mise en évidence de la position inférieure des Roms (cette question a été soulevée en particulier en Bulgarie mais a également été évoquée dans plusieurs études et articles sur l’emploi d’assistants d’enseignement en République tchèque et en Slovaquie).

1. La réponse de l’Allemagne indique qu’il avait été dit à « une session des fonctionnaires de la Conférence permanente des ministres de l’Education et des Afffaires culturelles responsables des questions de migration que le questionnaire du Conseil de l'Europe contenait des questions auxquelles, conformément aux mesures sur la protection des minorités promulguées par le Conseil de l'Europe, il n’était pas possible de répondre car elles concernaient des informations qui ne pouvaient peut-être pas être recueillies. Les participants ont indiqué qu’ils répondraient au questionnaire lorsque le Conseil de l'Europe transmettrait une version révisée conforme à la Charte des minorités. Nous supposons que les représentants de l’Allemagne contestent l’idée de l’identification ethnique à la fois du médiateur/assistant et du groupe cible pour lequel il est censé travailler.

Toutefois, la Convention cadre pour la protection des minorités nationales énonce certes que « toute personne appartenant à une minorité nationale a le droit de choisir librement d’être traitée ou de ne pas être traitée comme telle », mais aussi que « les mesures adoptées pour tenir compte des conditions spécifiques des personnes appartenant à des minorités nationales […] ne sont pas considérées comme un acte de discrimination ». C’est en particulier cette approche qui est reflétée dans la Recommandation (2004) du Comité des Ministres où il est dit que « l’éducation des enfants roms/tsiganes doit être une priorité des politiques nationales menées en faveur des Roms/Tsiganes » et qu’« il conviendrait aussi de veiller tout particulièrement à une meilleure communication avec les parents par le recours, le cas échéant, à des médiateurs issus de la communauté rom/tsigane qui auraient la possibilité d’accès à une carrière professionnelle spécifique ». C’est ce qu’illustrent également la pratique ou les plans actuels d’une majorité des pays européens où vivent des Roms, comme cela a été montré ci-dessus.

Mais c’est là incontestablement une question sensible dont il faut tenir compte afin de prévenir des effets négatifs non souhaités. La réponse de l’Autriche indique elle aussi expressément qu’il ne devrait pas y avoir de certification de l’origine ethnique des RomaassistenInnen. Au Royaume-Uni, les assistants d’aide à l’apprentissage sont employés sans référence spécifique aux Roms et Gens du voyage, tandis qu’en France les mesures de soutien sont destinées aux Gens du voyage, sur la base de leur mode de vie spécifique et non de leur origine ethnique. Dans certains pays, comme en République tchèque, en Slovaquie et en Bulgarie, on est passé des « assistants d’enseignement roms », employés dans le cadre de projets pilotes d’ONG, à des « assistants d’enseignement » ou « assistants des enseignants », sans mention explicite de leur origine ethnique, bien que la connaissance de la langue romani et de la culture rom ait été maintenue comme critère. La portée de leur travail, en République tchèque, par exemple, a également été modifiée : alors qu’auparavant on mentionnait expressément le travail dans des communautés roms, on parle désormais de travail « dans des classes préparatoires pour enfants socialement défavorisés ». Dans d’autres cas, cependant, la mention explicite de l’origine ethnique/culturelle rom est maintenue. C’est le cas dans des pays qui ont élaboré, conformément aux recommandations de l’UE et dans le cadre du processus d’adhésion à l’UE, des stratégies nationales pour améliorer la situation des Roms, avec une forte composante éducative, comme la Roumanie ou la Pologne. La mention expresse de l’origine rom figure également en Finlande, en Espagne ou en Italie pour les médiateurs roms. Toutefois, même dans ces cas, la décision d’emploi est fondée sur des critères comme la connaissance de la langue et de la culture romani, comme cela est fait parfois en consultation avec les organisations ou groupes communautaires roms.

2. Bien que ce soit en Bulgarie que l’on semble trouver maintenant le plus grand nombre d’assistants roms - ils y sont plus nombreux qu’en Slovaquie elle-même, qui en emploie depuis plus de dix ans - la plupart des représentants roms se sont nettement opposé dans ce pays à cette mesure, affirmant qu’elle renforcerait la ségrégation des enfants roms et leur statut inférieur par rapport aux enfants majoritaires2. Ils affirment également que l’une des principales fonctions assignées aux assistants d’enseignement roms, à savoir faciliter la communication entre les enseignants et les enfants roms, est inutile puisque les enfants roms sont dans leur grande majorité bilingues et ont une bonne maîtrise du bulgare. Mais le principal motif d’opposition vient de ce que l’assistant est toujours dans une position inférieure par rapport à l’enseignant et aussi du fait que l’accent est mis sur les insuffisances des enfants roms.

Ce risque de conséquences négatives de l’emploi d’assistants d’enseignement roms a également été signalé dans les cas où ceux-ci sont bien établis depuis longtemps dans le cadre du système d’enseignement. Par exemple, en Slovaquie, comme l’ont signalé Tankersly, Konkova et Repiski3 « on voit dans de nombreuses classes des assistants d’enseignants servir aux élèves des collations, faire le ménage derrière les enseignants ou les élèves, ou surveiller ces derniers dans la cour pendant que le maître fait une pause. Naturellement cela ne contribue guère à donner aux enfants roms un modèle de rôle positif et, au lieu des effets bénéfiques initialement attendus, fait de l’emploi d’assistant d’enseignement rom un « moyen de maintenir des élèves marginalisés dans des positions inférieures dans leur société ». Une tendance similaire a également été signalée en Roumanie en ce qui concerne les « médiateurs de santé », personnes roms employées par le système de santé pour faciliter l’accès des Roms aux soins.

Il est clair qu’il ne faudrait pas faire abstraction de ces risques, Les experts et les décideurs ont envisagé essentiellement deux solutions pour y parer. La première, suggérée par l’équipe slovaque citée plus haut, recommande que l’on insiste davantage sur le rôle de co-enseignant qui peut être celui de l’assistant, ce qui le met dans une position plus proche de celle de l’enseignant. Toutefois, cela n’est possible que lorsque lesdits assistants aient un bon niveau de formation pédagogique et que les enseignants ont eux reçu une formation adéquate pour travailler avec un assistant, comme cela est du reste le cas en République tchèque et en Slovaquie. L’autre solution est celle qui est proposée par les autorités roumaines responsables de l’enseignement, mais également dans des pays comme l’Italie ou l’Espagne, où le terme utilisé est celui de « médiateur » et les tâches relatives aux activités en classe sont très limitées, la priorité étant donnée à la relation entre les enseignants et les parents, l’école et la communauté, ce qui situe le médiateur, mais aussi les parents roms, sur un pied d’égalité avec les enseignants. Il convient de noter qu’en Roumanie la fonction de modèle de rôle pour les enfants roms est souvent assurée par l’enseignant de la langue romani qui a (du moins en théorie) un statut équivalent à celui des autres enseignants.

Conclusions

Une importante conclusion que nous pouvons tirer de l’analyse de la situation actuelle concernant l’emploi de médiateurs et d’assistants roms est que nous avons affaire à une situation très dynamique caractérisée principalement par deux processus :

    1. la plupart des pays qui ont pris l’initiative de recourir à des médiateurs/assistants roms avant 2000, principalement dans le cadre d’initiatives pilotes, élargissent maintenant cet emploi et essaient de trouver un cadre institutionnel plus stable, ainsi que d’assurer une formation plus cohérente et certifiée officiellement.
    2. des pays de plus en plus nombreux lancent des programmes visant à faire appel à des médiateurs/assistants roms et ils font généralement intervenir à cette fin les autorités publiques, en particulier les autorités responsables de l’enseignement. Cela permettra peut-être d’avancer plus rapidement vers la mise en place d’un cadre et d’un système de formation institutionnalisés plus stables que dans les pays de la catégorie précédente.

On observe dans la pratique une légère prédominance du terme « assistants » sur celui de « médiateurs ». La plupart des pays qui élaborent actuellement des stratégies et des projets sur ce thème tendent eux aussi à employer le mot « assistant ».

Le processus qu’a constitué l’envoi de questionnaires aux pays membres pour recueillir des données sur les médiateurs/assistants roms a eu en soi un certain nombre de conséquences positives qu’il y a lieu de mentionner ici. Ainsi, le fait qu’il ait été demandé d’y répondre:

    o a sensibilisé les responsables de l’enseignement aux dispositions de la Recommandation (2004) sur l’éducation des enfants roms et sur les activités du Conseil de l'Europe dans ce domaine.
    o a déterminé les autorités responsables de l’enseignement à établir des contacts avec les services spécialisés compétents mais aussi avec les ONG et a contribué à la reconnaissance de leur compétence et de leur expérience dans ce domaine.
    o a permis aux pays d’exprimer leurs conceptions différentes des relations entre la Recommandation (2004) et d’autres documents du Conseil de l'Europe concernant la protection des minorités nationales et souligné la nécessité de poursuivre les échanges sur ce sujet.

Les résultats montrent également la nécessité de faire encore des progrès pour appliquer la disposition relative à la formation de médiateurs/assistants roms, l’opportunité d’élaborer un guide européen du médiateur rom, et les possibilités offertes par l’expérience acquise en ce qui concerne le recours à des médiateurs interculturels auprès de différentes communautés culturelles en Europe.

Les différences d’approches exprimées ci-dessous sont une preuve supplémentaire de la pertinence d’une autre disposition importante de la Recommandation (2004) : « les Etats membres devraient davantage encourager et soutenir l’échange d’expériences et de bonnes pratiques ». L’échange et l’analyse comparative au niveau européen pourrait en effet contribuer largement à mettre à profit les enseignements tirés par les différents pays sur ce sujet.

Annexe
Lettre et questionnaire

Secretariat general

DIRECTORATE GENERAL IV
DIRECTORATE OF SCHOOL, OUT-OF-SCHOOL AND HIGHER EDUCATION

Please quote: CR/AA


                  Strasbourg, xxx

Madame, Monsieur,

Dans le cadre du projet « Education des enfants roms/tsiganes en Europe », le Conseil de l’Europe accorde une attention particulière à la question des médiateurs et des assistants scolaires roms/tsiganes.

Ceci est conforme à la Recommandation n° R(2000)4 du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe aux Etats membres sur « l’éducation des enfants roms/tsiganes », cadre de référence du projet. La Recommandation prévoit « le recours, le cas échéant, à des médiateurs issus de la communauté rom/tsigane qui auraient la possibilité d’accès à une carrière professionnelle spécifique » afin d’améliorer la communication entre les enseignants et les parents, entre l’école et la communauté rom.

En avril 2004, le Conseil de l’Europe a organisé un séminaire en Roumanie, qui réunissait des représentants de vingt pays. Le séminaire a permis de faire un premier bilan de la situation actuelle de l’emploi des médiateurs et des assistants scolaires roms/tsiganes. Une publication en reprend les principales conclusions (DGIV/EDU/ROM(2004)11).

Dans ce contexte, une des priorités actuelles du projet « Education des enfants roms/tsiganes en Europe » est la facilitation de l’échange de pratiques innovantes au niveau européen à l’égard de l’emploi de médiateurs scolaires roms/tsiganes en vue de l’élaboration d’un guide européen du médiateur scolaire rom/tsigane.

Le présent questionnaire représente un premier instrument dans cette démarche et a pour but de recueillir des informations des tous les pays concernés. Sa structure essaie de prendre en compte tant la diversité des situations caractérisant les différents Etats membres, que la diversité des approches envisagées, en se focalisant sur les médiateurs scolaires roms et d’autres catégories ayant des fonctions similaires ou proches.

Il s’adresse en premier aux structures des Ministères de l’Education qui gèrent cette question mais aussi aux Organisations non gouvernementales (ONG), aux autorités locales ou régionales et à d’autres structures ayant mené un travail de ce type.

Je vous serais reconnaissante de bien vouloir remplir et retourner au Secrétariat le questionnaire portant les informations utiles pour la réalisation du guide de formation du médiateur scolaire rom/tsigane avant le 31 mai 2005. Pour obtenir des informations complémentaires, vous pouvez contacter  Mme Aurora Ailincai, la responsable du projet au tél : +33 3 90 21 53 31 Fax +33 3 88 41 27 06 E-mail aurora.ailincai@coe.int.

Je vous remercie de votre coopération et vous prie d’agréer, l’expression de mes salutations les meilleures.

Dr Carole REICH
Chef de la Division de la Dimension Européenne de l’Education

    QUESTIONNAIRE

    1. Le système éducatif de votre pays / votre institution / votre organisation emploie des personnes appartenant à la communauté rom/tsigane pour faciliter la communication entre les enseignants et les familles roms/tsiganes et/ou pour améliorer l’accès à l’école et augmenter les chances de réussite scolaire des enfants roms/tsiganes ?

    □ OUI □ NON

Si NON, prière de passer à la question no 15.

    2. Quels sont les mots ou expressions utilisés pour designer ces personnes, par exemple : médiateur, assistant, facilitateur, etc. (en langue(s) nationale(s) et en anglais/français) :

    3. Quel est le cadre légal, s’il existe, qui définit l’emploi de ces personnes ? (par exemple, loi de l’enseignement, statut du personnel éducatif, décision ministérielle, décision d’une autorité locale ou régionale, etc.)

    4. Quelles sont les tâches/missions et les responsabilités de ces personnes ?

    5. Y a-t-il un document officiel précisant les missions et les responsabilités de ces personnes ?

    □ OUI □ NON

Si OUI, prière de joindre ce document, et si possible traduit en anglais ou français

    6. Qui a initié dans votre pays l’emploi de personnes appartenant à la communauté rom pour augmenter la fréquence scolaire et/ou les chances de réussite scolaire des enfants roms ?

    □ une ONG Rom □ une ONG non Rom □ une école

    □ une autorité locale/régionale □ les autorités éducatives

    □ ne sais pas □ autre…..

    Nom de l’organisation/institution à l’origine de cette initiative et la source de financement

Précisez, si possible, l’année des premières initiatives et leur localisation

    7. Si vous employez ces personnes, précisez la situation actuelle :

      a. Le/les employeur(s) _______________________________________
      b. La catégorie professionnelle _________________________________
      c. Le type de contrat de travail _________________________________
      d. Les conditions requises pour l’emploi __________________________
      e. Le nombre de personnes employées ___________________________
      f. La tendance (nombre en hausse, en baisse, stable) ________________

    8. Qui décide dans quelles conditions sociales caractérisant la communauté rom locale une telle personne peut être employée ? S’il y a des indicateurs et un standard minimum, précisez-les

    9. Par qui et comment l'appartenance à la communauté rom de la personne employée est validée ?

    10. Quelles sont les procédures de recrutement ?

    11. S’il existent, décrivez les programmes de formation initiale

    Type de formation
    □ séminaires dans le cadre d’un projet pilote
    □ formation pré universitaire
    □ formation universitaire
    □ formation professionnelle

    Institution(s)

    Durée et structure

    Curriculum

    Profil des formateurs

    Evaluation

    Diplôme

    12. Y a-t-il des programmes de formation continue à l’intention de ces personnes ?

    □ OUI □ NON

Si OUI, précisez

    13. Quelles autorités supervisent le travail de ces personnes ?

    14. Y a-t-il des documents censés orienter le travail et faciliter la rédaction des rapports (guides, fiches, formulaires etc.) ?

    □ OUI □ NON

Si OUI, précisez (joindre, si possible)

    15. Connaissez-vous (dans votre pays ou dans d’autres pays membres du Conseil de l’Europe) des programmes initiés par des ONG, autorités locales ou régionales, etc. employant des Roms/Tsiganes à des fonctions qui facilitent la communication entre les enseignants et les familles roms/tsiganes et/ou améliorent l’accès à l’école et augmentent des chances de réussite scolaire des enfants roms/tsiganes ?

    16. Y a-t-il dans votre pays / votre institution / votre organisation des personnes employées pour faciliter la communication entre les enseignants et les familles roms/tsiganes et/ou pour améliorer l’accès à l’école et augmenter les chances de réussite scolaire des enfants roms/tsiganes, sans référence à leur appartenance ethnique ou culturelle ? (par exemple, des services spécialisés des autorités éducatives, des travailleurs sociaux ayant des tâches dans ce sens)

    17. Y a-t-il dans votre pays / votre institution / votre organisation des personnes employées pour faciliter la communication entre les enseignants et les familles et/ou pour améliorer l’accès à l’école et augmenter les chances de réussite scolaire des enfants d’autres communautés culturelles que les roms/tsiganes


1 Il est intéressant de noter que dans la plupart des cas les autorités responsables de l’enseignement qui ont rempli le questionnaire ignoraient qui était à l’origine de l’emploi d’assistants/de médiateurs roms ainsi que la période au cours de laquelle avaient eu lieu les premières expériences pilotes en la matière.

2 Signalé par plusieurs sources, y compris l’initiative sur l’éducation des Roms de l’Open Society Institute, rapport Save the Children “Denied a Future?” et les contacts avec les organisations roms.

3 Tankersly, D., Konkova, E. et Repiski, D. Transforming the Role of Teaching Assistants, in Educating Children for Democracy. Classroom Practices. N° 3, 2002