
Strasbourg, 7 Septembre 2005
MG-S-ROM (2005) 14
RÉSUMÉ DE LA SITUATION ACTUELLE AU KOSOVO,
COMPRENANT :
1) RECOMMANDATION 1708 (2005) DE L’APCE
2) RÉPONSE DU COORDONNATEUR DU CONSEIL DE L’EUROPE POUR LES
ACTIVITÉS CONCERNANT LES ROMS

1)
RECOMMANDATION 1708 (2005) APCE
Parliamentary Assembly
Assemblée
parlementaire
Résumé de la situation
actuelle au Kosovo
Recommandation 1708 (2005)[1]
1. Le Conseil de l’Europe a joué un rôle majeur dans l’amélioration de la bonne
gouvernance, le renforcement
de la démocratie et de l’Etat de droit, et la promotion des normes relatives aux
droits de l’homme dans les «nouvelles démocraties», contribuant ainsi à poser de
solides fondations pour une intégration politique plus étroite de l’Europe.
2. Se référant à sa Résolution 1453 (2005) sur la situation actuelle au Kosovo,
l’Assemblée parlementaire estime que le Conseil de l’Europe devrait s’efforcer
de jouer un rôle similaire dans la recherche d’une stabilité durable au Kosovo,
indépendamment de son statut futur, en coopération et en coordination avec
d’autres acteurs internationaux.
3. Son action devrait viser, d’une part, à faciliter l’établissement d’un
dialogue fructueux entre les parties concernées par la questiondu statut et,
d’autre part, à veiller à ce que les normes du Conseil de l’Europe en matière de
démocratie, d’Etat de droit, de protection des minorités nationales et de droits
de l’homme soient respectées et irréversiblement garanties au Kosovo.
4. En outre, le Conseil de l’Europe devrait contribuer à la promotion de
meilleures conditions socio-économiques pour les minorités ethniques, en
particulier pour les personnes déplacées et celles qui retournent au Kosovo.
5. En conséquence, l’Assemblée
demande au Comité des Ministres:
i. de soutenir le rôle du Conseil de l’Europe en tant que facilitateur du
dialogue politique entre les parties concernées, dans la préparation des
discussions relatives au statut;
ii. de prendre les mesures financières et administratives appropriées pour
accroître la visibilité et l’impact du Conseil de l’Europe au Kosovo, dans les
domaines relevant de sa mission et de ses compétences;
iii. de promouvoir l’organisation d’une conférence des donateurs, pour
améliorer, de façon durable, la capacité du Kosovo à faire face aux retours;
iv. de demander au coordonnateur pour les activités concernant les Roms de
mener, si nécessaire avec l’assistance du Groupe de spécialistes sur les Roms,
tsiganes et voyageurs (MG-S-ROM), une mission d’information au Kosovo afin de
recueillir des informations directes sur les conditions socio-économiques de la
population rom, ashkalie et égyptienne qui a été déplacée au Kosovo, et des
Roms, des Ashkalis et des Egyptiens qui y retournent, afin d’en faire rapport au
Comité des Ministres.

2)
RÉPONSE DU COORDONNATEUR DU CONSEIL DE L’EUROPE POUR LES ACTIVITÉS CONCERNANT
LES ROMS À LA RECOMMANDATION 1708 (2005) DE L’APCE
Commentaires du Coordonnateur du Conseil de l’Europe pour les activités
concernant les Roms sur la Recommandation 1708 (2005) de l’APCE sur la situation
actuelle au Kosovo
La Recommandation 1708 sur la situation actuelle au Kosovo demande au Conseil de
l’Europe, entre autres, de « contribuer à la promotion de meilleures conditions
socio-économiques pour les minorités ethniques, en particulier pour les
personnes déplacées et celles qui retournent au Kosovo », et demande « au
coordonnateur pour les activités concernant les Roms de mener, si nécessaire
avec l’assistance du Groupe de spécialistes sur les Roms, tsiganes et voyageurs
(MG-S-ROM), une mission d’information au Kosovo afin de recueillir des
informations directes sur les conditions socio-économiques de la population rom,
ashkalie et égyptienne qui a été déplacée au Kosovo, et des Roms, des Ashkalis
et des Égyptiens qui y retournent, afin d’en faire rapport au Comité des
Ministres ».
La Recommandation 1708 est la dernière d’une série de recommandations de l’Assemblée
parlementaire sur les retours forcés qui constituent, avec les Principes
directeurs sur le retour forcé adoptés par les Délégués des Ministres lors de
leur 925e réunion, une position claire et cohérente sur la protection des droits
fondamentaux des réfugiés et des personnes déplacées et le respect de leur
dignité.
La situation des personnes rentrant au Kosovo ou déplacées à l’intérieur du
Kosovo doit être examinée à la lumière des principes énoncés dans ces textes et
des inquiétudes qui y sont exprimées concernant la situation particulière qui
règne au Kosovo.
En termes concrets, les questions en jeu sont les suivantes :
Le Kosovo est-il un territoire sûr pour les Ashkalis, les Égyptiens et les Roms
qui y retournent ?
L’UNHCR affirme que « les conditions de sécurité au Kosovo restent extrêmement
fragiles et précaires » et que certaines minorités ethniques, dont les Roms, «
devraient continuer à bénéficier d’une protection internationale dans les pays
d’asile ». L’UNHCR a cependant assoupli sa position concernant d’autres
communautés, dont les Ashkalis et Égyptiens, concluant que « ces groupes peuvent
avoir des raisons personnelles valables de demander à rester sous protection
internationale, raisons qui doivent être évaluées à travers une procédure
complète ».
Or, il s’avère que les Ashkalis et Égyptiens ont peur de rentrer.
Selon un communiqué de presse du 29 juin 2005 sur la visite en Serbie-Monténégro
de Walter Kalin, représentant du Secrétaire général des Nations Unies pour les
droits de l’homme des personnes déplacées, « beaucoup de personnes déplacées à
l’intérieur du Kosovo ainsi que des personnes qui y sont rentrées ont fait état
de leurs craintes [devant M. Kalin] : elles sont victimes d’un harcèlement
sournois et persistant qui nourrit leurs craintes concernant leur sécurité. »
Les infrastructures nécessaires sont-elles en place pour garantir un logement et
des services sociaux de base (santé, éducation, emploi) ?
Lorsque les maisons des Roms ont été détruites, plusieurs centaines d’entre eux
se sont réfugiés ailleurs au Kosovo. Ils sont 505 à vivre encore dans des camps
autour de Mitrovica, où quarante personnes, dont des enfants, sont morts d’un
empoisonnement au plomb dû à la proximité des mines.
Le communiqué de presse déjà mentionné sur la visite de M. Kalin en
Serbie-Monténégro, y compris au Kosovo, souligne qu’« il n’y a pas de
responsabilités claires assignées à la MINUK ou aux Institutions provisoires
d’autonomie au Kosovo concernant les personnes toujours déplacées à l’intérieur
du Kosovo, et beaucoup d’entre elles sont largement négligées. »
Que va-t-il arriver à ceux qui rentreront ? Auront-ils un logement décent ou
seront-ils placés dans un centre où ils redeviendront des personnes déplacées ?
Auront-ils des papiers d’identité leur donnant droit à des prestations sociales
et à des possibilités d’emploi ? Quelles mesures seront prises pour les enfants
qui ont grandi dans un pays d’accueil et ne connaissent que la langue de ce pays
?
Les expulsions de masse aggraveront-elles les tensions ethniques et
déstabiliseront-elles un pays qui n’a pas les moyens financiers de les absorber
?
Une note sur le retour des minorités au Kosovo conclue les 25-26 avril 2005
entre l’Allemagne et la MINUK prévoit, entre autres, le retour forcé d’un nombre
de membres des communautés ashkalies et égyptienne allant jusqu’à 500 par mois à
partir de juillet 2005. Cette arrivée soudaine de personnes rapatriées
compromettra sérieusement l’équilibre du Kosovo. Si d’autres pays d’accueil se
sentent encouragés dans cette voie, la situation pourrait devenir encore plus
dramatique.
Le communiqué cité plus haut rapporte que M. Kalin a appelé les gouvernements
des pays d’accueil à procéder aux retours avec prudence. « Il les a appelés à
s’abstenir de renvoyer les personnes les plus fragiles ou appartenant à des
communautés menacées dans des endroits où elles risqueraient de devenir des
personnes déplacées, dépourvues de l’assistance nécessaire et sans protection de
leurs droits ».
Toutes ces questions pourraient entraîner de graves violations des droits de
l’homme. Il faut les examiner de toute urgence et trouver des solutions
concrètes.
À cet égard, il serait utile d’étudier sur place la situation concernant ces
questions, et notamment :
• d’examiner les conditions de vie des personnes déplacées ou déjà rentrées au
Kosovo, notamment l’accès aux services sociaux, aux soins de santé et à
l’éducation ;
• de recueillir des informations sur la situation géographique et les conditions
de vie au Kosovo des Ashkalis et Égyptiens récemment rentrés d’Allemagne ;
• de s’accorder avec la MINUK, l’UNHCR et les autorités du Kosovo pour rédiger,
en concertation avec les représentants des communautés rom, ashkalie et
égyptienne, une stratégie urgente pour assurer stabilité et assimilation aux
personnes rentrant au Kosovo ;
• dans ce cadre, encourager l’organisation d’une conférence des donateurs, comme
le propose le paragraphe 5 iii de la recommandation, une fois qu’une stratégie
claire comprenant des mesures concrètes, un budget et un calendrier aura été
mise au point.
M. Scicluna, Coordonnateur du Conseil de l’Europe pour les activités concernant
les Roms Juillet 2005