
Rapport d’activité du Coordinateur pour les questions concernant les Roms et les
Gens du voyage, 2004
En 2004, les activités du coordinateur ont porté sur les domaines suivants :
1. Coordination entre les grandes organisations et institutions
intergouvernementales
2. Préparatifs en vue de la création du Forum européen des Roms et des Gens du
voyage (FERV)
3. Coordination au sein du Conseil de l'Europe
4. Relations avec les Etats membres
5. Alerte en cas de crise
1. Coordination entre les grandes organisations et institutions
intergouvernementales
Groupe de contact informel
Un Groupe de contact informel des organisations internationales sur les Roms,
Tsiganes et Gens du voyage a été créé en 1999 en vue d’échanger des informations
et de coordonner des activités. Ce groupe de contact informel se réunit tous les
six mois sous la présidence du pays qui préside l’Union européenne.
Malheureusement, malgré les efforts déployés pour maintenir le rythme des
réunions, le groupe de contact ne s’est pas réuni sous trois présidences
successives de l’Union européenne (grecque, italienne et irlandaise).
Avec la multiplication, dans toute l’Europe, des activités sur les questions
relatives aux Roms, et particulièrement l’intérêt accru manifesté par l’Union
européenne pour ces questions, ce groupe de contact est essentiel non seulement
pour éviter une dispersion des activités mais surtout pour assurer la
concentration sur les priorités.
Grâce à notre excellente coopération avec l’OSCE/BIDDH, une recommandation sur
le renforcement du groupe de contact informel a été intégrée dans le plan
d’action de l’OSCE pour les Roms et les Sintis . Cette recommandation a
contribué à relancer le processus sous la présidence néerlandaise qui a organisé
trois réunions du groupe informel. Ces réunions se sont montrées extrêmement
utiles non seulement pour renforcer des relations entre les principaux acteurs
dans ce domaine mais aussi pour développer un esprit multilatéraliste en ce qui
concerne la conception et la mise en œuvre des activités.
A la suite de ces réunions, le groupe de contact informel :
• a inscrit l’éducation, et plus particulièrement la déségrégation des écoles,
comme priorité de l’action commune.
• a décidé qu’une Task Force se réunirait dans les situations de crise. Dans ce
contexte, il a été décidé de préparer un rapport conjoint sur les personnes
déplacées en Serbie qui se trouvent dans un no man’s juridique et qui sont
privées de tout accès aux services sociaux .
Les représentants du Luxembourg et du Royaume-Uni ont confirmé qu’ils
organiseraient une réunion sous leur présidence.
Faits nouveaux à l’Union européenne
La Commission européenne s’oriente manifestement vers l’élaboration d’un
programme de la communauté sur les Roms et Gens du voyage et a déjà créé une
commission interdépartementale sur les questions roms, à laquelle participent la
DG Emploi et affaires sociales, la DG Education et culture, la DG Santé publique,
la DG Environnement, la DG Justice et affaires intérieures, la DG Elargissement
et la DG Eurostat. Cette commission s’est déjà réunie deux fois, en octobre 2004
et en janvier 2005. Sa prochaine réunion est prévue en avril 2005 avec une
audition du Forum européen des Roms et des Gens du voyage.
Un rapport sur la situation des Roms dans une Union européenne élargie, élaboré
par la DG Emplois et affaires sociales recommande « la création d’un groupe
directeur paneuropéen sur les questions de Roms impliquant les organes
appropriés de l’UE, les organes du Conseil de l'Europe appropriés, l’OSCE, les
gouvernements des Etats membres, les représentants d’initiatives telles que la
Décennie de l’inclusion des Roms et le Forum européen des Roms et des Gens du
voyage ainsi que des représentants d’organisations de la société civile
concernées … » .
Le groupe directeur proposé coïncide largement avec le groupe de contact
informel quant à sa composition et à ses objectifs. Il sera donc
particulièrement important au cours des prochains mois de suivre les
développements au sein de la Communauté afin de veiller à ce qu’on utilise la
structure et l’orientation du groupe de contact informel pour créer l’organe
directeur proposé. Cela maintiendrait la dynamique créée par le groupe de
contact informel et assurerait la continuité de son action.
Le Parlement européen peut jouer un rôle très important pour éveiller l’intérêt
sur les questions roms. C’est pourquoi, le coordinateur tente d’établir des
liens avec les divers groupes parlementaires. En 2004, le coordinateur s’est
adressé au Groupe confédéral de la Gauche unie européenne sur les questions roms
(20 avril 2004) et a participé à une audition sur ce thème organisée par le
Groupe démocrate libéral européen à Bruxelles.
Le coordinateur a également noué de très bons contacts avec Mme Lydia Jaroka et
avec Mme Viktoria Mohacsi, qui souhaitent travailler avec le Conseil de l'Europe
pour défendre les intérêts des Roms.
Il est question aujourd’hui de créer une plateforme interparlementaire sur les
questions relatives aux Roms. Jusqu’ici, seuls deux groupes politiques ont
manifesté leur intérêt pour cette initiative. Or, conformément aux règles du
Parlement européen, trois groupes sont nécessaires pour former la plateforme
interparlementaire.
© Projet commun sur l’antitsiganisme
Les sentiments hostiles à l’égard des Roms, des Gens du voyage ou de tout autre
groupe apparenté ont toujours existé, même à l’état latent. Les changements
politiques qu’a connus l’Europe centrale et orientale ont amené des réformes
économiques qui ont appauvri les groupes vulnérables. La colère à l’égard des
groupes de population assistés a commencé par se manifester ouvertement et une
plus grande liberté de circulation a permis à des groupes limités de ces
populations de se déplacer vers les pays d’Europe occidentale.
Aujourd’hui, l’antitsiganisme est devenu un phénomène inquiétant qui se nourrit
de mythes anciens et qui se manifeste dans toutes les formes de discrimination
et d’agression. Le rapport de la Commission européenne sur la situation des Roms
et des Sintis dans une Union européenne élargie dit que « le traitement des Roms
compte aujourd’hui parmi les questions les plus pressantes des droits politiques,
sociaux et humains auxquelles se trouve confrontée l’Europe».
Dans ses conclusions, le rapport dit qu’« à la lueur de la crise actuelle du
sentiment d’hostilité à l’égard des Roms en Europe dans son ensemble,
l’instauration d’un organe permanent de contrôle et de compte rendu des
développements survenus dans le domaine de l’anti-tsiganisme, qui devrait se
situer dans une institution européenne appropriée, devrait être sérieusement
envisagée» .
Lors de la dernière réunion du groupe de contact informel, le 18 novembre 2004,
il a été proposé de tenir une conférence européenne sur le phénomène de
l’antitsiganisme au cours du premier semestre de 2005.
La conférence serait organisée conjointement par le Conseil de l'Europe, l’OSCE/BIDDH
et l’Union européenne. Cette conférence aurait pour objet de montrer que les
sentiments contre les Tsiganes ne sont pas fortuits ni sporadiques mais qu’ils
constituent un phénomène généralisé, parfois institutionnalisé, dans toute
l’Europe, exigeant donc une réponse européenne.
2. Création du Forum européen des Roms et Gens du voyage
Le coordinateur a consacré beaucoup de temps à la création du Forum européen des
Roms et des Gens du voyage (FERV). Il a été chargé entre autres de présider des
réunions des experts roms préparant le statut du Forum, de rédiger des documents
d’information, et de superviser les préparatifs de la cérémonie de la signature
de l’accord de partenariat.
Le FERV est maintenant enregistré comme organisation non gouvernementale et a
commencé à fonctionner par le biais d’un comité exécutif par intérim. Le
coordinateur participe aux réunions de ce comité et suit actuellement l’adoption
du règlement et les préparatifs de la sélection des délégués dans les différents
Etats membres. L’OSCE/BIDDH a accordé une subvention de 20 000 euros au Forum
afin de l’aider dans la procédure de sélection de ses membres (réunion des ONG
nationales, séances d’information).
En vue de la préparation de ses travaux futurs, le coordinateur a demandé à tous
les comités directeurs intéressés ou aux autres instances directement ou
indirectement concernées par questions relatives aux Roms et aux Gens du voyage
d’examiner les relations qu’elles aimeraient établir avec le Forum. La plupart
de ces organes ont manifesté un très grand intérêt pour les travaux futurs du
Forum et le président par intérim du Forum, M. Rudko Kawczynski, a été invité le
8 décembre 2004 à s’adresser à la Commission sur la Convention-cadre pour la
protection des minorités nationales. Le coordinateur a été invité à s’adresser à
la réunion plénière de l’ECRI le 17 décembre 2004. Le comité d’experts de la
Charte européenne des langues régionales ou minoritaires et le Congrès des
Pouvoirs locaux et régionaux ont tous deux invité le président par intérim du
Forum à une audition lors de leurs sessions respectives du printemps.
Une fois les délégués des différents pays choisis et la première réunion
plénière tenue, il faudra que le Forum se mette au travail. A cette fin, le
coordinateur rédige un projet de stratégie pour le Forum, ainsi qu’un descriptif
des structures et des méthodes de travail à suivre.
Conformément aux dispositions jointes en annexe à l’accord de partenariat, il
assurera la liaison entre le Forum et les organes du Conseil de l'Europe afin de
veiller à ce que les relations que le Forum aura avec les différents organes du
Conseil de l'Europe servent les intérêts de tous.
3. Coordination au sein du Conseil de l'Europe
Parmi les contacts établis en vue de la création du Forum européen des Roms et
des Gens du voyage, le coordinateur a organisé une réunion de tous les secteurs
qui s’occupent des questions des Roms afin de lancer une activité transversale.
Le Groupe de spécialistes pour les Roms, Tsiganes et Voyageurs (MG-S-ROM) a
adopté une série de recommandations sur l’emploi, l’éducation et le
stationnement des Gens du voyage, a soumis une recommandation sur le logement
pour adoption, et prépare actuellement une recommandation sur la santé et une
autre sur l’évaluation participative et le suivi des politiques. Le MG-S-ROM
prévoit de fondre toutes ces recommandations en une seule recommandation
générale qui énoncerait des principes généraux applicables à tous les aspects de
la vie.
C’est dans cette optique que le coordinateur a organisé une réunion de tous les
secteurs concernés par les questions relatives aux Roms et qu’il a proposé une
activité transversale réunissant tous les services intéressés. L’initiative a
été très bien accueillie par tous les secteurs qui ont largement contribué à
élaborer la recommandation générale.
Le coordinateur a également proposé à tous les organes de contrôle un ensemble
de dispositions avec le Département des migrations et des Roms/Tsiganes afin que
les experts disposent de toutes les informations nécessaires concernant la
situation des Roms dans le pays à visiter ainsi que le nom des personnalités
roms à contacter pendant la visite.
4. Relations avec les Etats membres
Ukraine
En 2003, le Gouvernement ukrainien a adopté une stratégie pour l’amélioration de
la situation des Roms et invité le coordinateur à un séminaire à Kiev sur cette
question. Malheureusement, cette stratégie n’a pas dépassé le stade d’une
déclaration d’intention et le coordinateur a vivement recommandé d’élaborer une
stratégie plus détaillée et plus précise pouvant être mise en oeuvre.
Les autorités ukrainiennes ont invité à nouveau le coordinateur en mars 2004 en
vue d’élaborer une stratégie selon les principes proposés. A la suite de cette
réunion, un texte plus détaillé a été rédigé bien qu’aucun financement précis
n’ait été prévu.
Une audition parlementaire sur une stratégie pour les Roms a été prévue en
novembre 2004, mais compte tenu de la situation politique, elle n’a pas eu lieu.
Avec l’amélioration de la situation politique, peut-être sera-t-il possible
d’atteindre certains résultats en 2005.
Croatie
En mars 2004, le coordinateur a participé à un séminaire pour les jeunes
dirigeants roms et leur a exposé les travaux du Conseil de l'Europe et d’autres
organisations internationales sur les questions relatives aux Roms et
particulièrement sur les objectifs et le fonctionnement du Forum européen des
Roms et des Gens du voyage.
Ces dernières années ont vu augmenter le nombre des jeunes roms instruits
susceptibles d’être les dirigeants de demain. Il est donc particulièrement
important de les intéresser aux questions les concernant et de les inciter à
participer aux travaux du Forum. La société rom est malheureusement dirigée par
des hommes âgés qui s’opposent aux changements et par de vieilles traditions qui
font souvent obstacle à leur intégration.
Albanie
Le 5 juillet 2004, le coordinateur a présidé un séminaire organisé par le
Conseil de l'Europe sur la traite des enfants roms entre l’Albanie et la Grèce.
Les autorités grecques, qui sont particulièrement désireuses de résoudre le
problème, étaient très bien représentées au séminaire au contraire des autorités
albanaises, représentées symboliquement par quelques jeunes responsables qui
n’ont pas participé au débat. En fait, le coordinateur a été informé par la
suite que tous les ministères avaient reçu l’instruction du ministère des
Affaires étrangères de ne pas participer au séminaire.
Le séminaire a remporté un succès mitigé en raison de l’absence des autorités
albanaises mais il a donné l’occasion aux représentants du ministère grec des
Affaires étrangères d’avoir, en marge du séminaire, des discussions avec leurs
homologues albanais sur un projet d’accord bilatéral entre l’Albanie et la Grèce
pour la gestion de cette situation.
L’accord bilatéral n’est pas entré en vigueur à la suite d’une difficulté
rencontrée avec plusieurs ministères albanais.
Le coordinateur recommande vivement que cet aspect de la traite des enfants soit
examiné de plus près par les organes de contrôle de l'Organisation. Il faudrait
aussi peut-être envisager l’assistance et le soutien du Conseil de l'Europe pour
la préparation d'accords bilatéraux tels que celui envisagé entre la Grèce et
l'Albanie.
Serbie Monténégro
Les 13 et 14 décembre 2004, le coordinateur a participé à Belgrade à un
séminaire sur les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays,
organisé conjointement par le Conseil de l'Europe et le HCR. Il a présidé une
des séances de ce séminaire.
Le sort de ces personnes déplacées fait partie des histoires les plus tragiques
de l'Europe contemporaine. Réfugiées du Kosovo, elles sont maintenant déportées
de force en Serbie où elles vivent dans une misère atroce et souvent dans un
vide juridique, faute de documents. Les pays qui leur ont donné asile les
rejettent et la Serbie Monténégro les a acceptées avec réticence sans leur
offrir quoi que ce soit.
Les autorités serbes étaient présentes en force et ont manifesté une certaine
volonté de résoudre le problème.
Il a été décidé d'organiser une réunion limitée au Conseil de l'Europe, au HCR,
aux responsables gouvernementaux et aux représentants des personnes déplacées
afin d'examiner les questions pratiques qui pourraient améliorer leurs
conditions de vie. Le coordinateur est en contact avec le représentant du HCR au
Conseil de l'Europe afin d'organiser cette réunion dans les plus brefs délais.
5. Alerte en cas de situation de crise
Le mandat actuel du coordinateur ne lui permet pas de jouer le rôle de médiateur
mais il est difficile de ne pas intervenir lorsqu'une situation de crise se
présente.
En ces occasions, le coordinateur se limite à alerter la Secrétaire Générale
adjointe qui a toute liberté de choisir le type d'action à entreprendre, le cas
échéant.
Au cours de 2004, le coordinateur a attiré l'attention sur les incidents
suivants : Vilnius (expulsions forcées, destruction d’habitations) ; Belgrade
(expulsions forcées), Tirana (expulsions forcées ayant entraîné un décès),
Slovaquie (répression violente des protestations contre la diminution de l'aide
sociale).
Le 1er septembre 2004, à la suite de plusieurs incidents survenus en France avec
des Gens du voyage, le coordinateur a écrit à M. Yves Bur, maire de Lingolsheim,
responsable à la Région de la gestion des aires de stationnement de la
population itinérante et lui a envoyé un exemplaire de notre nouvelle
recommandation sur le stationnement des Gens du voyage. Le coordinateur l'a
invité à participer aux discussions sur une étude faite par le Groupe de
spécialistes pour les Roms, Tsiganes et Voyageurs sur les droits socio
économiques des populations itinérantes en Europe. Il n'a reçu aucune réponse à
cette lettre.
6. Le rôle du coordinateur à l'avenir
Historique
La fonction de coordinateur pour les questions concernant les Roms et les Gens
du voyage a été créée en 1994 afin de coordonner les diverses activités en cours
dans les différents secteurs du Conseil de l'Europe. A cette époque, les
activités relatives aux Roms étaient menées dans le cadre de mandats plus
larges, par exemple l'éducation, les droits de l'homme, les droits des minorités,
le racisme et ainsi de suite. Il n’existait aucune structure ayant un mandat
spécifique sur les questions relatives aux Roms. Le rôle de coordinateur était
donc assez large non seulement pour couvrir la coordination au sens strict du
terme mais aussi des activités relevant d'un secteur opérationnel.
Le mandat actuel du coordinateur est le suivant :
• entretenir des contacts avec et entre les différents services travaillant sur
les questions relatives aux Roms/tsiganes afin que les différentes activités
soient considérées les unes par rapport aux autres et présentées au monde
extérieur comme une réponse globale du Conseil de l'Europe à la situation d'un
groupe particulièrement vulnérable ;
• développer des relations de travail avec les différentes organisations des
Roms/tsiganes, afin de répondre à leurs demandes et conseiller le Secrétaire
Général à cet égard ;
• promouvoir le dialogue sur les politiques et problèmes relatifs aux Roms/tsiganes
;
• coopérer avec les organisations internationales concernées (par exemple l'OSCE
(BIDDH), le Haut commissaire aux minorités de l'OSCE, la Commission des
communautés européennes) en vue de développer les synergies adéquates tout en
évitant la duplication des activités. »
Le Groupe de spécialistes pour les Roms, Tsiganes et Voyageurs a été créé en
1995 avec un mandat qui couvre directement ou indirectement celui du
coordinateur. Le rôle du coordinateur a donc été lié au poste de directeur du
Département des migrations et des Roms/Tsiganes qui est chargé des questions
relatives aux Roms.
On pourrait se demander pourquoi, à ce stade, le rôle du coordinateur n'a pas
été réexaminé et son mandat modifié. La réponse est probablement à trouver dans
la nature spécifique des questions relatives aux Roms.
Nature spécifique des questions relatives aux Roms
La plupart des secteurs de l'Organisation s'occupent d'un thème plutôt que d'un
groupe de population. Les questions relatives aux Roms et les Gens du voyage
traversent tout un ensemble de thèmes : éducation, santé, logement, assistance
sociale, discrimination. D'où la nécessité de coordonner les activités au sein
de l'Organisation, nécessité qui n'est guère ressentie dans d'autres secteurs.
Il en est de même pour la coordination avec d'autres organisations et
institutions internationales intergouvernementales s'occupant des questions
relatives aux Roms. Si la coordination avec d’autres organisations
internationales est nécessaire dans tous les secteurs du Conseil de l'Europe, il
n’en est pas qui ait à faire à autant d'organisations et d’institutions
internationales s'occupant des questions roms (OSCE, Commission européenne, HCR,
HCDCR, PNUD, MINUK, Décennie des Roms). En outre, nombre de ces organisations et
institutions n'ont que récemment entamé des activités sur les questions
relatives aux Roms. Si, dans d'autres secteurs, les relations avec d'autres
organisations internationales existent depuis longtemps, dans le cas des
questions relatives aux Roms, le travail de coordination en est encore à ses
débuts et nécessite une plus grande attention.
Une situation analogue existe concernant les organisations Roms, nationales et
internationales. La plupart d'entre elles se sont multipliées en Europe centrale
et orientale depuis 1990. A la différence d'autres secteurs où des relations
existent normalement avec des ONG établies depuis longtemps et qui ont un statut
consultatif auprès du Conseil de l'Europe, le secteur des Roms entretient des
relations avec une multitude d'organisations qui sont récentes et qui
s'efforcent encore de trouver leur place et leur vocation.
Nouveaux facteurs
(i) Forum européen des Roms et des Gens du voyage
La création d'un Forum européen des Roms et des Gens du voyage en tant
qu'organisation non gouvernementale ayant des liens étroits et privilégiés avec
le Conseil de l'Europe, introduit un nouvel élément dans le travail de
coordination, qui pourrait entraîner la modification du mandat du coordinateur.
Compte tenu de ces liens étroits, qui comportent notamment des relations avec
différents secteurs de l'Organisation, il sera nécessaire d'assurer une liaison
entre les organes du Conseil de l'Europe et le Forum, ce qui est en fait prévu
dans l’annexe à l'Accord de partenariat.
Une liaison étroite et permanente entre le Forum et les différents organes du
Conseil de l'Europe assure automatiquement et simultanément une bonne
coordination avec les organisations roms (le Forum des Roms et des Gens du
voyage sera composé de représentants de ces organisations). Il servira aussi à
promouvoir le dialogue sur les politiques et problèmes relatifs aux
Roms/Tsiganes, mission qui relève de la compétence du Groupe de spécialistes
pour les Roms, Tsiganes et Voyageurs et qui est sans nul doute une de celles que
le Forum européen des Roms et des Gens du voyage ne négligera pas.
(ii) Montée de l'antitsiganisme
Les sentiments et les actes d'antitsiganisme sont devenus si fréquents et si
communs qu'il est devenu extrêmement difficile de les ignorer si l'on travaille
sur les questions relatives aux Roms.
Il n'est vraiment pas de la compétence du coordinateur de jouer le rôle d'un
médiateur. Plusieurs organes de contrôle, notamment le Commissaire aux droits de
l'homme, remplissent dans une certaine mesure cette fonction. Leurs rapports
visent néanmoins des situations générales et ne s'occupent pas de questions
spécifiques. Il est nécessaire de suivre les incidents graves et de tenter, dans
des négociations avec les autorités et la population rom concernée, de trouver
une solution aux problèmes qui surgissent.
Le rôle du Conseil de l'Europe dans le règlement de la crise en 2003 à
Medzitlija sur la frontière gréco/macédonienne où plusieurs centaines de Roms
campaient en attendant de pouvoir passer en Grèce en est un bon exemple.
A la lumière de ce qui précède, je recommande que le mandat du coordinateur soit
modifié de la manière suivante :
• entretenir des contacts avec et entre les différents services travaillant sur
les questions relatives aux Roms/tsiganes afin que les différentes activités
soient considérées les unes par rapport aux autres et présentées au monde
extérieur comme une réponse globale du Conseil de l'Europe à la situation d'un
groupe particulièrement vulnérable .
• Coopérer avec les organisations internationales compétentes (OSCE/BIDDH,
Commission européenne) en vue de développer des orientations et des priorités
communes sur les questions relatives aux Roms.
• Suivre les activités du Forum européen des Roms et des Gens du voyage et,
notamment, encourager, faciliter et entretenir des relations étroites entre le
Forum européen des Roms et des Gens du voyage et les différents organes du
Conseil de l'Europe.
• Suivre les incidents spécifiques graves et les situations de crise concernant
les Roms et les Gens du voyage dans les Etats membres afin de parvenir à une
solution rapide et stable.
Selon le coordinateur, le mandat proposé serait plus conforme au rôle qu’il doit
jouer à la lumière des évolutions récentes.
Conclusions générales
1. Malgré l'existence d'initiatives visant à améliorer les conditions de vie des
Roms et des Gens du voyage, la discrimination à leur égard augmente constamment
et rapidement dans toute l'Europe. Les citoyens ordinaires sont opposés à
l'intégration de ces populations dans leur société et les gouvernements n'ont
pas la volonté politique d’intervenir énergiquement. Au niveau local, les
autorités refusent ouvertement à les aider d'une manière ou d'une autre.
Il est nécessaire que les organes de contrôle tels que l'ECRI et la Convention
cadre pour la protection des minorités nationales élargissent et approfondissent
la portée de leur contrôle pour rendre compte plus efficacement de la situation
des Roms et des Gens du voyage dans les différents Etats membres. Ces organes
disposent d'un ensemble excellent de recommandations sur différents aspects de
la vie, qui sert de critères pour leur contrôle. Le Comité des Ministres devrait
alors agir plus énergiquement à l'égard des pays qui sont réticents à se
conformer aux conclusions des rapports des organes de contrôle. Il faudrait
éviter que le Conseil de l'Europe et ses organes de contrôle servent de
camouflage pour les pays qui n'ont pas l'intention de modifier leur
comportement.
2. Dans ses relations avec d'autres organisations et institutions
internationales sur les questions relatives aux Roms, le Conseil de l'Europe
doit renforcer ses relations avec l'Union européenne. Il ne fait aucun doute que
l'Union européenne finira par jouer un rôle important dans ce domaine. Le
Conseil de l'Europe, avec ses organes de contrôle, serait le partenaire naturel
de l'Union européenne. C’est pourquoi - entre autres -, les organes de contrôle
doivent développer leur couverture des questions relatives aux Roms.
3. Deux questions doivent être approfondies d’urgence par le Conseil de l'Europe
La première concerne la traite des enfants roms, qui, dans certains pays, se
fait malheureusement avec la complicité passive ou active des autorités. Le
projet de convention sur la traite des êtres humains doit être adopté et entrer
en vigueur dans les plus brefs délais. Il importera ensuite non seulement de
garantir le plus grand nombre possible de signatures et de ratifications mais
aussi d'appliquer les dispositions de la convention. Un système de contrôle
faible ne permettra pas d'améliorer la situation.
La deuxième question concerne les personnes déplacées à l’intérieur de leur
propre pays, notamment les Roms en Serbie Monténégro. Il est inadmissible que
ces personnes soient contraintes de vivre comme des hors-la-loi, privées de tout
accès aux services sociaux, médicaux et éducatifs et ses nourrissant dans des
décharges.
Il est même encore plus inadmissible que de riches pays occidentaux, qui avaient
donné généreusement l'asile à ces personnes, les expulsent maintenant du pays,
sans tenir compte des conditions de vie dans les pays d'accueil.
Le comité ad hoc d'experts sur les aspects juridiques de l'asile territorial,
des réfugiés et des apatrides (CAHAR) a créé un groupe de travail sur les
personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays. Le groupe de travail
devrait notamment étudier la situation des personnes déplacées roms. C'est un
bon signe car cela montre que le CAHAR est conscient que le problème des
personnes déplacées est grave. Le groupe de travail devrait notamment étudier la
situation des Roms déplacés.
4. La création du Forum européen des Roms et des Gens du voyage et l'accord de
partenariat qu'il a passé avec le Conseil de l'Europe sont un grand succès pour
l'Organisation. Le Forum promet d'être une excellente occasion offerte aux Roms
et aux Gens du voyage de se saisir de leurs propres affaires et de développer
des compétences de négociation et de gestion au niveau international. Bien que
le Forum soit autonome et indépendant, le Conseil de l'Europe doit suivre son
développement et lui apporter, le cas échéant, des fonds et une assistance.
Naturellement, les conditions de vie des Roms ne changeront pas du jour au
lendemain mais un fonctionnement efficace du Forum pourrait être un grand pas
dans ce sens.