Entretiens du Conseil de l’Europe - Strasbourg
 

Jacques Toubon : La distribution est le talon d’Achille du film européen

Strasbourg n’est pas seulement une capitale parlementaire, elle a vocation à rayonner sur la partie médiane de l’Europe avec des vecteurs qui vont au-delà des institutions, et Eurimages est un moyen de coopération renforcé, a déclaré Jacques Toubon en ouvrant, le 11 mai 2004, les « Entretiens du Conseil de l’Europe/Strasbourg » sur l’avenir du cinéma européen.

Après avoir rappelé la vocation du Fonds Eurimages du Conseil de l’Europe et sa complémentarité avec le programme MEDIA de l’Union européenne, M. Toubon a évoqué les difficultés des films européens. « Ces quinze dernières années, les politiques publiques n’ont pas eu la circulation des films comme objectif » a-t-il regretté, tout en soulignant que la distribution était aujourd’hui éclatée, marquée par de fortes traditions nationales. On rêve d’une major européenne, d’une concentration de quelques sociétés de distribution les plus solides, pour faire l’équivalent de l’Airbus…

La distribution doit s’interroger sur des phénomènes tels que le DVD, qui prend une place exponentielle sur le marché, a poursuivi M. Toubon, en précisant que les recettes du DVD étaient plus importantes que celles des salles. Nous devons mener une politique prospective tenant compte de l’évolution du marché, mettre en place des clauses de diversité, c’est-à-dire financer des gros films et des films à petits budget, lutter contre le piratage. Ne faudrait-il pas se tourner vers le marché des internautes s’est-il interrogé, en citant Bollywood qui a passé des accords et pris l’option d’ouvrir ses films aux internautes, plutôt que de poursuivre une politique répressive ?

Les Américains investissent des moyens considérables dans les scénarios, dans l’écriture des films, dans leur préparation, ils donnent plus de « cinéma » au cinéma, et c’est une clé de leur succès, a précisé J. Toubon. La solidité du cinéma européen sera, à long terme, le résultat de la politique menée au niveau européen, au plan national et au plan local ou régional, a-t-il affirmé, en se réjouissant de la grande diversité des films du continent et notamment de l’apport culturel des pays ex-communistes qui ont rejoint la Grande Europe. Cette diversité peut devenir un important atout si nous arrivons à casser la barrière de la langue, et Eurimages mène actuellement une expérience pilote de sous-titrage numérique peu coûteuse, dans deux pays, la Turquie et la Roumanie, a-t-il conclu.

Discours de Walter Schwimmer, Secrétaire Général du Conseil de l'Europe
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