"Point de vue"
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«La torture est totalement
inacceptable»
[27/06/06] La torture fait
l’objet d’une interdiction absolue en droit international. Quelles que
soient les circonstances, nul ne peut être soumis à la torture, ni à des
peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Ceci est clairement
énoncé dans les traités des Nations Unies, les Conventions humanitaires de
Genève et la Convention européenne des droits de l’homme. Aucune exception
n’est tolérée et ne le sera jamais.
Le caractère absolu de cette interdiction lui a donné une dimension morale :
la torture est devenue « impensable ». Ce principe est un élément phare du
combat contemporain pour les droits de l’homme. Des mécanismes ont été créés
pour veiller à ce que les personnes arrêtées ou emprisonnées soient traitées
humainement.
Le Comité pour la prévention de la torture du Conseil de l'Europe en est un
exemple : il se rend dans des pays – parfois sans préavis – pour inspecter
les lieux de détention. Les conseils donnés par le Comité sont d’une grande
aide aux gouvernements soucieux d’assurer le respect des droits de l’homme.
Les traités européens et internationaux relatifs aux droits de l’homme
disposent aussi que les gouvernements ont le devoir de protéger les
individus contre les risques graves de torture. Renvoyer des demandeurs
d’asile ou des migrants dans des pays où ils sont exposés à la torture
constitue donc une violation des droits de l’homme.
Ces normes ont été sérieusement mises à mal depuis septembre 2001. Le
gouvernement américain a introduit des techniques d’interrogatoire qui
violent manifestement l’interdiction internationale de la torture. Certaines
sont brutales, comme la technique dite du « water boarding » (sous-marin)
qui consiste à maintenir le détenu sous l’eau.
L’humiliation religieuse ou sexuelle ou l'utilisation de chiens menaçants
sont également des pratiques destinées à “intimider” les détenus. La
privation de sommeil, la méthode du « hooding » (maintien de la tête dans un
sac pendant une période prolongée), l'exposition à du bruit et à des
températures extrêmes, ont été combinées de manière systématique. Les
méthodes de “privation sensorielle” ont été utilisées une fois en Irlande du
Nord mais jugées inacceptables par la Cour européenne des droits de l'homme
et abandonnées par le gouvernement britannique.
Ces méthodes sont approuvées par l’actuel gouvernement américain au titre de
ce qu’il appelle la « guerre contre le terrorisme ». Pour que ces mesures
cadrent avec les normes contraignantes internationales, l’administration a
tenté de modifier la définition même de la torture pour n’y inclure que les
traitements provoquant de graves dommages corporels. La Commission des
Nations Unies sur la torture a, à juste titre, refusé cette innovation.
Le fait que le gouvernement américain n’accepte plus les normes
internationales sur la torture ne peut que raviver nos craintes quant à sa
politique de détention secrète et de restitution extraordinaire. Ces
pratiques sont par nature illégales même si les personnes concernées sont
suspectées d’activités terroristes.
Telle est la substance du rapport du sénateur Dick Marty à l’Assemblée
parlementaire du Conseil de l'Europe (Doc. 10957, disponible sur le site
Internet de l’Assemblée). Il établit l’existence d’une complicité européenne
dans ce qu’il décrit par un jeu de mots comme une « toile d’araignée » (“spider’s
web”) d’arrestations, de transports et de détentions secrètes
extrajudiciaires, qui s’étend à travers le monde.
Le rapport Marty ne prétend pas établir toute la vérité, et comment le
pourrait-il avec tout le secret qui entoure l’affaire? Il présente en
revanche des faits indiquant que des gouvernements ont coopéré à des
activités illégales de la CIA, directement ou indirectement faute de les
contrôler. Ces faits sont étayés par des rapports d’Amnesty International et
Human Rights Watch. On ne peut plus se contenter désormais de démentis
vagues et dépourvus de matière et faisant fi d’accusations précises ; les
gouvernements doivent se justifier clairement. Ils ont l’obligation de le
faire.
Il convient à présent d’en tirer des enseignements. Les gouvernements
européens devraient veiller à ce que leur territoire ne serve pas de lieu de
transit pour le transport illicite de détenus et à ce que nul individu ne
soit livré à des agences de sécurité capables de le torturer ou de le faire
« disparaître ».
“Les assurances diplomatiques”, selon lesquelles les Etats destinataires
s’engagent à ne pas torturer des personnes renvoyées, ne sont pas la réponse
au dilemme de l’extradition ou du renvoi vers un pays où la torture est
pratiquée. Ces promesses ne sont pas crédibles et des cas bien documentés
ont prouvé leur inefficacité.
Les gouvernements concernés ont déjà violé les normes internationales ayant
force de loi et il est purement et simplement condamnable d’exposer
quelqu’un au risque de la torture en se contentant d’une promesse de faire
exception dans son cas. Autrement dit, le principe de non-refoulement ne
devrait pas être remis en cause par des promesses faciles et non
contraignantes.
Le terrorisme est une abomination. Le meurtre de personnes innocentes pour
terroriser une société toute entière n’est en aucun cas défendable.
Toutefois, riposter en utilisant des méthodes illicites revient à céder aux
forces du mal. L’expérience montre que la torture et les détentions
illégales ne servent pas l’obtention d’informations. Et quand bien même ces
méthodes donneraient des résultats dans un cas précis, elles ne doivent pas
être utilisées : elles ébranlent en effet les valeurs mêmes que nous voulons
défendre dans une société bâtie sur le respect des droits de l’homme.
Thomas Hammarberg
Ce "point de vue" peut
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Commissaire, sur
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