L’Islande a besoin d’une législation complète contre la discrimination et d’un organisme de promotion de l’égalité

Reykjavik, 10/02/12  – « L’Islande devrait adopter une législation complète sur l’égalité de traitement et créer un organisme national de promotion de l’égalité efficace et indépendant pour favoriser la mise en œuvre de cette législation », a déclaré le Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Thomas Hammarberg, à l'issue d'une visite de deux jours en Islande.

Actuellement, les dispositions du droit islandais consacrées à la lutte contre la discrimination ne protègent pas tous les groupes vulnérables dans la même mesure. Il serait souhaitable de renforcer les garanties contre la discrimination dont bénéficient les personnes handicapées, les personnes âgées, les membres de minorités ethniques ou religieuses et les personnes transgenres. « La législation sur l’égalité de traitement devrait viser toutes les formes de discrimination, quel qu’en soit le motif et dans tous les secteurs de la vie », a souligné le Commissaire.

La violence à l’encontre des femmes reste un problème persistant en Islande. « La police, le parquet et les tribunaux doivent tous contribuer de manière déterminante à faire en sorte que la législation contre la violence sexiste soit appliquée et que les auteurs de violences soient traduits en justice. » Après avoir visité le refuge pour femmes et le centre accueillant les victimes de violences sexuelles à Reykjavik, le Commissaire a salué les progrès constants en matière d’aide aux victimes de violences. « Malheureusement, il semblerait que la violence prenne des formes toujours plus graves, d’où la nécessité de redoubler d’efforts pour lutter contre la traite des êtres humains et identifier les victimes de la traite », a fait observer le Commissaire.

La crise financière qui a frappé l’Islande a entraîné une hausse du chômage et fragilisé les régimes de retraite ; de nombreux ménages ont beaucoup de mal à rembourser leurs prêts, notamment immobiliers. De plus, les restrictions budgétaires consécutives à la récession ont eu des répercussions sur le système de protection sociale, notamment les soins de santé, sur les services sociaux et sur l’éducation, ce qui est préjudiciable à l’exercice des droits sociaux et économiques. Parmi les préoccupations majeures figurent l’augmentation du chômage des jeunes, le décrochage scolaire et les risques de précarisation des familles immigrées. « Les autorités devraient prendre des mesures ciblées de prévention de la pauvreté, qui pourrait augmenter parmi les personnes handicapées, les familles monoparentales, les personnes âgées et les personnes immigrées », estime M. Hammarberg.

« Les enfants présentant un handicap ou des problèmes de santé mentale forment un groupe particulièrement vulnérable ; les services spécifiques qui leur sont destinés ne devraient pas faire l’objet de restrictions budgétaires. » Le Commissaire a également appelé l’Islande à ratifier la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées, qu’elle a déjà signée.

Il y a des signes de xénophobie en Islande. Des propos xénophobes et islamophobes sont tenus sur internet et dans d’autres médias. Les personnes immigrées, qui représentent actuellement environ 7 pour cent de la population, ont des difficultés à s’intégrer dans la société islandaise et sont surreprésentées parmi les chômeurs. M. Hammarberg a déclaré que « la xénophobie doit être combattue au moyen de mesures de sensibilisation dans l’éducation et les médias, et la législation en vigueur contre le discours de haine doit être appliquée de manière effective. »

L’Islande a fait de grands progrès en matière d’indépendance du système judiciaire. La réforme de la procédure de nomination a permis de renforcer les pouvoirs et la composition de la commission chargée d’examiner les candidatures aux postes de juge. « Toutefois, les ressources mises à la disposition du parquet ne permettent pas de faire face à l’augmentation considérable du volume d’affaires à traiter, ce qui risque d’entraîner des retards dans les procédures judiciaires », a observé le Commissaire.


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