Irlande : « Les restrictions budgétaires mettent les droits de
l'homme en danger »
Strasbourg, 15/09/11 –
« Les restrictions budgétaires prévues en Irlande pourraient être
préjudiciables à la protection des droits de l'homme. Il est essentiel
d’éviter ce risque, auquel les groupes de personnes vulnérables sont
particulièrement exposés », a déclaré le Commissaire aux droits de
l'homme du Conseil de l'Europe, Thomas Hammarberg, en rendant public
aujourd’hui un rapport établi à la suite de la visite qu’il a effectuée
en Irlande les 1er et 2 juin 2011.
Prenant note des réformes administratives destinées à réduire les
dépenses publiques, le Commissaire souligne l’importance des structures
nationales des droits de l'homme et appelle les autorités à protéger
leur indépendance et leur efficacité, en se gardant de procéder à des
restrictions budgétaires et à des suppressions de personnel qui
limiteraient leur capacité d’agir.
Le Commissaire constate que l’Irlande s’est dotée d’un solide cadre
juridique et institutionnel pour combattre la discrimination, le racisme
et la xénophobie. Il reste toutefois préoccupé par l’absence persistante
de modification législative qui permette aux personnes transgenres de
bénéficier de la reconnaissance légale de leur identité de genre. Tout
en se réjouissant du débat actuel sur la reconnaissance de la communauté
des Gens du voyage en tant que minorité ethnique, le Commissaire demande
instamment aux autorités de redoubler d’efforts pour promouvoir
l’intégration de ces personnes, notamment en leur donnant accès à un
enseignement de qualité et en favorisant leur participation et leur
représentation politiques.
En dépit des efforts continus déployés dans le cadre de la stratégie
nationale pour les personnes handicapées, la situation ne s’améliore que
lentement dans le domaine de la santé mentale. « Les autorités devraient
redoubler d’efforts, comme elles s’y sont engagées, et investir dans les
soins non hospitaliers. Elles devraient aussi veiller à ce que la crise
budgétaire ne pénalise pas les personnes handicapées, notamment en
termes de soins de santé et de services sociaux. »
Le Commissaire Hammarberg est préoccupé par les allégations selon
lesquelles des personnes âgées seraient victimes de négligence et d’abus
dans des structures d'accueil privatisées. « S’il faut enquêter sur ces
allégations, c’est aussi pour pouvoir renforcer la protection des
pensionnaires de ces institutions. Plus le nombre de personnes âgées
augmente, plus il devient important de faire évoluer les systèmes de
protection sociale et de santé, les politiques de logement et la
législation consacrée à la lutte contre la discrimination, y compris sur
le marché du travail, pour les adapter aux besoins de cette catégorie de
la population. » Le Commissaire salue la création d’une commission
interministérielle chargée d’enquêter sur les violations des droits de
l'homme qui pourraient avoir été commises dans les « couvents de la
Madeleine » (Magdalene Laundries), institutions confessionnelles où des
femmes et des jeunes filles ont été placées contre leur gré entre 1922
et 1996 et étaient apparemment soumises à des conditions très rudes. Il
encourage les autorités à favoriser la réconciliation et à établir
rapidement un dispositif permettant aux victimes d’obtenir réparation.
Le Commissaire salue également les efforts déployés par le gouvernement
pour promouvoir les droits de l’enfant ; il estime que l’inscription du
principe de l’intérêt supérieur de l’enfant dans la Constitution
irlandaise et l’interdiction totale des châtiments corporels
renforceront la protection de l’enfance en Irlande. Il se réjouit que
les autorités se soient engagées à mettre fin à la détention de garçons
âgés de 16 à 17 ans à St. Patrick, une prison vétuste, et recommande aux
autorités d’engager ce processus dans les meilleurs délais, avec un
groupe pilote.
Enfin, le Commissaire demande instamment aux autorités irlandaises
d’améliorer et de simplifier le système d’asile et d’immigration, en
instaurant une procédure de prise de décisions rapide et transparente,
soumise à un contrôle judiciaire, et en prenant en compte les principes
universellement acceptés, tels que le droit au respect de la vie
familiale et l'intérêt supérieur de l'enfant. A cet égard, le
Commissaire se félicite de l’amélioration de la prise en charge des
enfants demandeurs d'asile non accompagnés et recommande une nouvelle
fois d’attribuer un tuteur à chaque mineur isolé pour qu’il soit mieux
protégé.
Les observations formulées par les autorités irlandaises figurent en
annexe du rapport.
Lire le rapport (anglais uniquement)
Contact presse au bureau du Commissaire :
Stefano Montanari, +33 (0)6 61 14 70 37;
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