Malte est vivement encouragée à assurer une protection effective des
migrants
Strasbourg, 09/06/11 – « A
Malte, beaucoup de migrants vivent dans des conditions déplorables et
ont peu de chances de s’intégrer durablement dans la société », constate
le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Thomas
Hammarberg, dans le
rapport
qu’il publie aujourd’hui sur sa visite à Malte (23-25 mars 2011). Selon
le Commissaire, Malte devrait mettre en place un système d’accueil et
d’intégration des migrants qui soit respectueux des droits de l’homme. «
La solidarité européenne sera déterminante à cet égard, indique le
Commissaire. Pour ce faire, il faut offrir aux migrants davantage de
possibilités de se rendre dans d’autres pays, mais aussi apporter une
aide financière et d’autres formes d’assistance pour améliorer les
conditions matérielles, les procédures d’examen des demandes d’asile et
les possibilités d’intégration à Malte. Cela est d’autant plus urgent
que, depuis la fin mars, Malte connaît un nouvel afflux de migrants en
provenance de Libye. »
Le Commissaire estime que le placement obligatoire des nouveaux
arrivants, y compris les demandeurs d’asile, en détention administrative
est incompatible avec les normes des droits de l’homme. Il invite les
autorités maltaises à prévoir des alternatives à la détention ainsi que
des voies de recours effectives pour permettre aux migrants de contester
leur placement en détention.
En ce qui concerne les conditions de vie dans les centres fermés et les
centres ouverts, le Commissaire estime que la situation dans le village
de tentes de Hal Far n’est pas acceptable, même pour des séjours de
courte durée, et il recommande sa fermeture. Les conditions matérielles
dans le centre ouvert du Hangar à Hal Far, qui a été rouvert depuis la
visite du Commissaire du fait des nouvelles arrivées en provenance de
Libye, semblent aussi plus que médiocres. « Cette situation est
extrêmement préoccupante, souligne le Commissaire, d’autant plus que des
personnes vulnérables, y compris de très jeunes enfants, sont hébergées
dans ce centre. » Le Commissaire rappelle que les groupes de migrants
vulnérables, tels que les familles avec enfants, les mineurs non
accompagnés, les femmes enceintes, les personnes âgées et les personnes
handicapées ont droit à une protection spéciale. « Elles ne devraient
être placées en détention qu’en dernier ressort, et non de manière
systématique, et toujours bénéficier d’une prise en charge adéquate. Il
faut donc éviter de les héberger dans de grands centres ouverts,
notamment ceux de Hal Far et de Marsa. »
Le Commissaire Hammarberg félicite les autorités maltaises des efforts
qu’elles déploient de longue date pour porter secours en mer aux
migrants en situation irrégulière et les encourage à ne pas fermer leurs
frontières aux personnes qui ont besoin d’une protection internationale,
notamment celles qui se trouvent contraintes de fuir l’Afrique du Nord.
Il souligne la nécessité de garantir un accès effectif à des procédures
d’asile adéquates et d’éviter de renvoyer des personnes dans des pays où
elles seraient exposées à un risque réel de persécution ou de mauvais
traitement.
Le Commissaire note avec satisfaction que, depuis quelques années, le
système d’asile de Malte s’est amélioré à plusieurs égards –
raccourcissement du temps nécessaire pour traiter les demandes d’asile,
meilleure information des demandeurs d’asile, augmentation du taux de
reconnaissance du statut de réfugié. Toutefois, des progrès sont encore
nécessaires sur le plan du droit et de la pratique en matière de
procédures d’asile. « Les autorités maltaises devraient instaurer un
dispositif d’aide juridique et faciliter l’accès des demandeurs d’asile
et de leurs représentants au dossier dans les procédures en première
instance devant le Commissaire aux réfugiés. Il faudrait en outre faire
en sorte que les procédures en deuxième instance constituent une voie
d’appel effective. »
En ce qui concerne l’intégration des migrants dans la société, le
Commissaire constate avec préoccupation que l’actuel système de soutien
aux migrants, y compris ceux qui bénéficient de la protection
subsidiaire, tend à perpétuer leur exclusion sociale et les expose à un
risque sérieux de tomber dans le dénuement. Il souligne que l’octroi
d’une aide financière aux migrants ne devrait pas être subordonné à la
résidence dans un centre ouvert et que tous les bénéficiaires de la
protection internationale devraient avoir droit à un soutien financier
et à une assistance sociale.
Enfin, le Commissaire Hammarberg est inquiet des manifestations de
racisme et de xénophobie que l’on observe à Malte. « Ces phénomènes
aggravent les difficultés que rencontrent les migrants dans beaucoup de
domaines, notamment l’emploi, le logement, l’accès aux services et aux
lieux de divertissement. Il faut redoubler d’efforts pour combattre
cette tendance et favoriser une intégration durable des migrants à Malte.
Les médias devraient également s’employer plus activement à encourager
la compréhension mutuelle et à battre en brèche les stéréotypes dans le
débat public. »
La réponse des autorités maltaises est annexée au rapport du Commissaire.
Lire le rapport
(anglais uniquement)
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