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< "Points de vue" < 2007
«Il existe des discriminations à
l’encontre des musulmans en Europe»
[22/01/07]
Depuis le 11 septembre 2001, les musulmans européens sont
confrontés à un climat social davantage hostile à leur égard. L’assassinat
d’un réalisateur néerlandais et les attentats à la bombe de Madrid et de
Londres ont encore exacerbé les préjugés et favorisé la multiplication des
actes d’hostilité et les agressions. Par ailleurs, les conclusions de
l’Observatoire européen du racisme et de la xénophobie (EUMC) et de la
Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI) montrent que
l’islamophobie est un phénomène très largement répandu dans toute l’Europe.
Il convient donc d’entendre ces signaux d’avertissement et d’adopter des
mesures politiques qui soient suivies d’effets.
Les enquêtes réalisées par le biais d’entretiens montrent qu’il existe un
sentiment croissant d’amertume et d’exclusion parmi les musulmans européens.
En Autriche, une femme citée par l’EUMC s’exprimait dans les termes suivants
:« Nous sommes confrontés à l’islamophobie dans notre vie quotidienne : ce
sont de petits incidents, des choses insignifiantes. Par exemple, quelqu’un
fait des plaisanteries ou échange des observations avec son voisin, mais à
haute voix, pour que nous soyons obligés de les entendre : « Oh ! quelqu’un
qui porte le voile n’a pas sa place dans ce pays ». Ou alors, c’est
quelqu’un qui promène son chien et qui lui dit en désignant un musulman : «
attrape-le » ou « mords-le ». « On essaie de ne pas se laisser atteindre par
ce type de choses mais, à force, ça nous épuise ».
Malheureusement, il semble que ce type de harcèlement soit très largement
répandu. Lors de mes missions, j’ai entendu parler de tendances similaires
au cours des tout derniers mois. Les organisations non gouvernementales ont
également signalé plusieurs incidents graves, à connotation raciste, dont
des musulmans ont fait l’objet et qui vont des simples menaces verbales aux
agressions physiques sur les personnes ou aux atteintes aux biens.
L’islamophobie n’est assurément pas un phénomène nouveau en Europe. Je n’en
veux pour preuve que les difficultés rencontrées par de nombreuses
communautés musulmanes lorsqu’elles ont tenté d’obtenir des permis de
construire pour ériger leurs mosquées.
Cela dit, il ne fait aucun doute que la « guerre au terrorisme » inspirée
par les Etats-Unis a considérablement aggravé la situation des musulmans en
Europe également, ainsi qu’il apparaît à la lecture des rapports de suivi
élaborés par l’ECRI dans les pays qu’elle visite. La lutte à outrance contre
le terrorisme a été à l’origine d’un style de discours politique empreint de
racisme et de xénophobie et, notamment, de sentiments hostiles à l’égard des
musulmans. Par ailleurs, les interventions de la police – et surtout les
contrôles d’identité répétés et les perquisitions – ont visé, dans une large
mesure, des musulmans ou des personnes dont l’aspect pouvait laisser penser
qu’elles étaient originaires de pays musulmans ou d’Asie du sud.
Ce comportement, à son tour, a été interprété par certains extrémistes de
droite comme un encouragement à leur propagande xénophobe tandis que, dans
le même temps, les musulmans se sentaient un peu plus « victimisés ». Cet
effet collatéral de la politique de lutte contre le terrorisme doit être
corrigé en priorité.
Le récent rapport de l’EUMC a mis l’accent sur la situation dans les Etats
membres de l’Union européenne et a tenté d’apprécier les aspects davantage
structuraux de la discrimination. Il concluait que de nombreux musulmans
faisaient l’objet d’une inégalité de traitement dans les pays de l’Union
européenne, que ce soit du point de vue de l’emploi, de l’éducation ou du
logement. Ce sont plus particulièrement les jeunes musulmans qui sont
confrontés à des obstacles majeurs pour gravir l’échelle sociale.
• Les tests effectués pour évaluer les inégalités de traitement au
Royaume-Uni et en France ont montré que les personnes qui portent des
patronymes à consonance musulmane ou qui sont originaires de pays où les
musulmans sont majoritaires ont beaucoup moins de chance d’être convoquées
pour un entretien d’embauche. Le taux de chômage parmi les musulmans dans
plusieurs pays de l’Union européenne est très significativement supérieur à
celui des personnes qui pratiquent d’autres religions.
• Les statistiques disponibles montrent que les musulmans sont également
défavorisés par le système éducatif ; les résultats scolaires des élèves
musulmans sont moins bons que ceux constatés pour les autres groupes. Ce
phénomène peut s’expliquer en partie par des facteurs autres que ceux qui
touchent à la religion – le chômage, la pauvreté, la langue ou le statut
d’immigré, par exemple – mais il contribue très nettement à la persistance
du cercle vicieux dans lequel s’inscrit la marginalisation sociale.
• Le
logement est un autre problème. Les migrants – y compris ceux en
provenance de pays où les musulmans sont majoritaires – occupent
généralement des logements plus pauvres et moins sûrs que d’autres segments
de la population. Et ce phénomène, à son tour, a une incidence sur
l’éducation et les possibilités d’embauche.
Ces tendances à la discrimination existent également dans certains des pays
européens qui ne font pas partie de l’Union. A cet égard, je me souviens
que, récemment, j’ai visité à Kiev la mosquée d’une communauté à qui les
autorités avaient refusé l’autorisation de construire un minaret, au motif
que les habitants du voisinage auraient pu avoir une réaction négative. En
outre, les sentiments négatifs qui se manifestent à l'égard des Caucasiens dans
certaines parties de la Russie prend la forme d'un dangereux mélange de
préjudices ethniques et religieux.
Les manifestations de l’islamophobie au sein des sociétés européennes ont
pris la forme de préjugés tenaces, d’inégalités de traitement et, parfois,
de phénomènes violents. Dans ses divers rapports, l’ECRI a également
regretté l’inexactitude de l’image donnée de l’islam et dont les stéréotypes
hostiles font paraître cette religion comme une menace.
Dans la plupart des pays, il existe maintenant des lois contre la
discrimination ainsi que des procédures pour le dépôt des plaintes. Pour
autant, il n’est pas toujours facile aux membres des groupes minoritaires de
revendiquer leurs droits en cas de discrimination. Il est donc nécessaire de
soutenir les initiatives prises à cet égard.
Au Royaume-Uni, la coopération entre le London Metropolitan Police Service
et des groupes non gouvernementaux – dont le Forum contre l’islamophobie et
le racisme (FAIR) – est une initiative de cette nature. Ce projet vise à
lutter contre les crimes dont les musulmans font l’objet, à accorder une
aide aux victimes et à renforcer la capacité des forces de police à
contrôler l’islamophobie.
Pour mieux s’attaquer aux préjugés sur un front élargi, il conviendrait que
les systèmes éducatifs proposent une connaissance davantage factuelle de
l’islam (et des autres religions). A plusieurs reprises, lors des séminaires
du Conseil de l’Europe organisés avec la participation de dignitaires
religieux, l’accent a été mis sur l’importance d’un enseignement axé sur les
religions « des autres ».
Le Luxembourg fournit un excellent exemple d’une telle pratique puisque un
cours spécial est donné aux élèves de dernière année, qui porte sur le
dialogue entre les croyants et sur les valeurs humaines véhiculées par les
différentes religions. Tel est l’esprit dans lequel d’autres efforts doivent
encore être faits pour mettre fin à l’islamophobie.
Thomas Hammarberg
Liens
Recommandation de politique générale n° 8 de l'ECRI sur la
législation nationale pour lutter contre le racisme tout en
combattant le terrorisme
Rapport annuel de l'ECRI 2005
L'islamophobie et ses
conséquences sur les jeunes
(publication du Conseil de l'Europe au format .pdf)
Les musulmans au sein de l'Union européenne : discrimination et
islamophobie
(rapport de l'EUMC au format .pdf)
Perceptions de la discrimination et de l'islamophobie - points de
vue des membres des communautés musulmanes dans l'Union européenne
(rapport de l'EUMC au format .pdf)
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disponible sur le site du Commissaire, sur
www.commissioner.coe.int". |