"Point de vue"
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« Les défenseurs des droits de
l’homme doivent pouvoir émettre des critiques »
[13/11/06] Même les gouvernements «
confiants » ont quelquefois tendance à riposter lorsque leur bilan en
matière de droits de l’homme est contesté. Ces réactions excessives peuvent
être révélatrices de la perception selon laquelle de bonnes performances
sont particulièrement importantes dans le domaine des droits de l’homme et
que les critiques sont moins bien acceptées ici qu’ailleurs.
Cela dit, dans certains cas, les gouvernements s’en prennent davantage aux
messagers qu’ils ne répondent aux questions. Je suis parfois surpris que les
hommes politiques de première importance parlent si souvent en termes
négatifs – en privé, voire même en public – des défenseurs des droits de
l’homme dans leur propre pays.
Les groupes non gouvernementaux de droits de l’homme, les journalistes et
même les médiateurs sont accusés d’antipatriotisme – également en Europe –
lorsqu’ils dénoncent les violations des droits de l’homme, notamment s’ils
communiquent pour ce faire avec des organisations internationales ou des
médias étrangers.
Des erreurs factuelles, même mineures, sont quelquefois utilisées pour
prouver que ces défenseurs sont irresponsables ou agissent de mauvaise foi.
Cette attitude ne favorise pas
l’instauration d’un dialogue sérieux. Il est déraisonnable d’exiger que les
rapports des organisations non gouvernementales de droits de l’homme soient
irréprochables, si l’on considère le peu de ressources dont elles disposent
et le fait que les gouvernements eux-mêmes sont quelquefois plus que
réticents à fournir les données de base. En réalité, la plupart de ces
groupes font preuve d’un grand sérieux dans l’établissement de leurs
rapports.
Le fait que certains gouvernements
essaient de faire taire les défenseurs des droits de l’homme a fait l’objet d’un
débat au sein de l’ONU il y a une trentaine d’années. En 1998, après de longues
discussions, l’Assemblée générale a adopté la Déclaration des Nations Unies
sur le droit et la responsabilité des individus, groupes et organes de la
société de promouvoir et protéger les droits de l'homme et les libertés
fondamentales universellement reconnus.
Ces débats sont nés de rapports provenant de divers pays et faisant état d’une
répression pure et simple des personnes qui essayaient de détecter et de
dénoncer les violations, de jouer un rôle de médiateur entre les autorités et
les groupes s’estimant lésés, ou celles qui essayaient tout simplement
d’informer le citoyen lambda de ses droits. Ces personnes ont été définies en
tant que défenseurs des droits de l’homme dans la Déclaration.
Aujourd’hui encore, ces individus sont, dans certains cas, privés de leurs
libertés fondamentales comme la liberté de mouvement, d’expression, de réunion
ou d’association. Certains font l’objet de poursuites pénales et sont victimes
de procès iniques. D’autres sont arrêtés et torturés, voire exécutés. Le but de
la Déclaration est de mettre un terme à ces actions injustifiables.
L’une des difficultés auxquelles les rédacteurs du texte se sont heurtés était
de ne pas céder à la tentation de définir les défenseurs de droits de l’homme
comme un groupe particulier habilité à recevoir une protection en raison de son
appartenance à cette catégorie. En conséquence, aucun système d’autorisation ou
d’agrément n’a été prévu, car cela aurait créé de nouveaux dangers, pour les
personnes exclues d’une telle définition juridique.
Les droits dont les défenseurs devraient pouvoir jouir étaient tous déjà
inscrits dans les normes internationales en matière de droits de l’homme. La
Déclaration est donc davantage axée sur l’application effective de ces
droits particulièrement importants pour ceux qui œuvrent à la promotion des
droits de l’homme, et qui en sont souvent privés.
La Déclaration souligne que chacun a le droit, aux niveaux national et
international, de promouvoir, de protéger et de défendre les droits de l’homme.
Elle réaffirme le droit de former des organisations non gouvernementales, de s'y
affilier et d'y participer.
Elle affirme également que chacun a le droit de détenir et de publier des
informations sur les droits de l’homme et de se plaindre de la politique et de
l'action gouvernementales. La Déclaration énonce le droit de s'adresser sans
restriction à des organes internationaux et de se procurer ou de recevoir un
financement pour la réalisation d’activités dans le domaine des droits de
l’homme.
Le but recherché n’est pas de donner à certaines personnes des privilèges
spéciaux mais de définir clairement que les personnes qui, individuellement ou
en association avec d’autres, défendent les droits de l’homme ou œuvrent pour
ces droits par d’autres moyens, devraient pouvoir le faire librement sans être
accusés d’extrémisme ou être la cible de campagnes de diffamation, voire pire.
Par ailleurs, l’ONU voulait montrer que nous avons grand besoin de ces
personnes. De manière générale, l’un des inspirateurs de la notion même de
défenseurs de droits de l’homme était Andrei Sakharov, qui était encore en vie
au moment de l’adoption de la déclaration.
Même enfermé dans un appartement à Gorky, Sakharov a continué à rédiger ses
appels en faveur des prisonniers de conscience dans l’Union soviétique et
d’autres pays. Il a transmis aux Russes et à d’autres un message moral encore
présent aujourd’hui.
D’autres voix ont été réduites au silence et cela a eu de tristes conséquences.
Lorsque la Déclaration a été adoptée, le Secrétaire Général de l’ONU Kofi Annan
a tiré une conclusion indéniable : « lorsque les droits des défenseurs des
droits de l’homme sont violés, tous nos droits sont menacés et notre sécurité à
tous est mise à mal ».
Thomas Hammarberg
Notes
Déclaration de l’ONU sur les défenseurs des droits de l’homme
Un projet de recommandation sur le statut juridique des ONG en Europe sera
finalisé d’ici la fin de l’année. L’avant-projet de recommandation a été publié
sur le site Web du Conseil de l'Europe afin d’assurer une consultation à grande
échelle. Il se trouve à l’adresse
http://www.coe.int/t/f/affaires_juridiques/coopération_juridique/Société_civile/
Ce "point de vue" peut être republié dans la presse ou sur Internet
sans notre accord préalable, sous réserve que le texte ne soit pas modifié et
qu'il soit fait mention de la source comme suit : "Également
disponible sur le site du Commissaire, sur
www.commissioner.coe.int". |