Nos invités

Nos invités

De nombreuses personnalités, de toutes nationalités et de toutes confessions, ont été accueillies au Conseil de l'Europe. Ces hommes et ces femmes qui ont été ou sont porteurs de projets politiques, sociaux ou culturels, illustrent la dynamique et les valeurs qui, depuis les années 50, président aux travaux du Conseil de l’Europe


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Václav Havel [1936 - 2011]

Président de la République fédérative tchèque et slovaque

29 juin 1995

quoteLe Conseil de l'Europe ne peut pas mettre fin à cette guerre. Mais les Etats qu'il regroupe en ont la forcequote

Son discours :

C'est pour moi un grand honneur– en ma qualité de chef de l'Etat assumant la présidence du Comité des Ministres du Conseil de l'Europe – de pouvoir prendre la parole en ce jour si important où le Conseil de l'Europe inaugure le Palais des droits de l'homme qui, je l'espère fermement, deviendra sous peu le symbole concret des valeurs que nous partageons et qui sont le moteur de l'intégration européenne.

A quelques centaines de kilomètres d'ici sévit une guerre terrifiante et insensée que nous tous, embarrassés, observons en silence dans l'attente du résultat. Qui sera vainqueur, les Serbes ou les autres ? Et nous oublions complètement que cette guerre n'est pas uniquement celle des Serbes contre les autres, mais une guerre où il va de notre avenir. En effet, elle est menée par ceux pour qui l'altérité tribale est la valeur suprême contre ceux qui défendent des valeurs plus élevées que le hasard des liens du sang. C'est une guerre menée contre nous tous, contre les droits de l'homme, contre la coexistence d'hommes d'origine ou de confession différentes, une guerre contre le principe civique, une guerre de ce qui nous sépare contre tout ce qui nous lie. Oui, en Bosnie une guerre est menée contre une coexistence humaine épanouie, fondée sur l'universalité des droits de l'homme, émanant de l'universalité de l'ancienne expérience humaine en relation avec l'univers. C'est l'attaque du passé le plus obscur contre un avenir correct. L'attaque du mal contre l'ordre moral.

Le Conseil de l'Europe ne peut pas mettre fin à cette guerre. Mais les Etats qu'il regroupe en ont la force. Les obligations du Conseil de l'Europe comme créateur et gardien des valeurs européennes et universelles est de mettre en lumière cette guerre et de l'appeler par son vrai nom. Dire clairement que c'est une guerre contre toutes les valeurs que le Conseil de l'Europe énonce dans ses documents, valeurs dont il prend soin, qu'il essaie de cultiver et de préserver.

L'Europe – comme l'ensemble du monde contemporain – se trouve à un grand carrefour historique. Ou bien elle réussira à trouver une responsabilité nouvelle, issue de l'expérience spirituelle universelle de l'homme et respectant le message moral que nous adresse cette expérience, ou bien elle commettra la même erreur fatale qu'elle a déjà tragiquement payée à deux reprises ou cours de ce siècle, à savoir fermer les yeux devant l'émergence du mal du nationalisme, mal qui, comme tout autre mal, est de nature contagieuse.

Permettez-moi d'exprimer, en conclusion, l'espoir tenace que la raison humaine, la décence, la solidarité et la volonté de compréhension et de coexistence correcte l'importeront sur tout ce qui les menace. Je ne doute pas que le mérite en reviendra, dans une grande mesure, au Conseil de l'Europe et à ses différentes institutions, y compris celles qui siégeront dans ce palais. En aucun cas il ne fera usage d'instrument de force, il n'en dispose pas, mais ce sera le fruit de la grand œuvre entamée il y a plusieurs dizaines d'années, à savoir la culture, la promotion et l'approfondissement de l'esprit de bonne coopération entre les nations.