Nos invités

Nos invités

De nombreuses personnalités, de toutes nationalités et de toutes confessions, ont été accueillies au Conseil de l'Europe. Ces hommes et ces femmes qui ont été ou sont porteurs de projets politiques, sociaux ou culturels, illustrent la dynamique et les valeurs qui, depuis les années 50, président aux travaux du Conseil de l’Europe


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Mikhaïl Gorbatchev [1931 - ]

Président du Soviet Suprême de l'Union Soviétique

6 juillet 1989

quoteLa maison commune européennequote

Son discours :

Depuis des siècles l'Europe apporte sa contribution irremplaçable à la politique, à l'économie, à la culture mondiales, au développement de la civilisation toute entière. Son rôle dans l'histoire mondiale est universellement reconnu et apprécié. Pourtant n'oublions pas que les métastases de l'esclavage colonial se sont propagées dans le monde à partir de l'Europe. C'est ici qu'est né le fascisme. C'est ici que les guerres les plus destructives ont commencé.

Alors, l'Europe qui a toutes les raisons d'être fière des ses réalisations est encore très loin de s'acquitter de sa dette face à l'humanité. Ceci reste toujours à faire.

Elle devra le faire en cherchant à transformer les relations internationales dans l'esprit d'humanisme, d'égalité, de justice, en donnant l'exemple de la démocratie et des réussites sociales dans ses propres pays. Le processus d'Helsinki a déjà entamé cette grande œuvre de portée globale.

Après Vienne et Stockholm, ce processus a été porté jusqu'à une étape fondamentalement nouvelle. Les documents qui ont été adoptés constituent aujourd'hui l'incarnation optimale de la culture politique et des traditions morales des peuples européens. Dorénavant, tous ceux qui participent au processus européen sont appelés à mettre à contribution le plus complètement possible les prémisses créées grâce à notre œuvre commune. Notre idée de la maison européenne commune est, elle aussi, mise au service de cette cause.

Cette idée est née de la prise de conscience des nouvelles réalités. De la compréhension du fait que l'évolution rectiligne des relations intereuropéennes qui s'est poursuivie jusqu'au dernier quart du vingtième siècle ne correspond plus à ces réalités. Elle est liée à la refonte économique et politique dans notre pays, pour laquelle il était indispensable que de nouveaux rapports soient établis en premier lieu dans la partie du monde dont fait partie l'Union soviétique et à laquelle nous sommes liés plus que quiconque depuis des siècles.

Nous avons également pris en considération que le fardeau colossal des armements, le climat de confrontation ont non seulement entravé le développement normal de l'Europe, mais ont en même temps empêché - en termes économiques, politiques et psychologiques - notre pays de s'associer à part entière au processus européen et engendré des impulsions déformatrices dans son développement.

Tels sont les motifs qui nous ont poussé à donner un nouvel essor à notre politique européenne qui, d'ailleurs, a depuis toujours pour nous une valeur intrinsèque. Au cours des rencontres qui ont eu lieu ces derniers temps avec des leaders européens il a été question, notamment, de l'architecture de la "maison commune" ainsi que des techniques de sa construction et même de son « ameublement ».

Les entretiens à ce sujet, à Moscou et à Paris, avec le président François Mitterrand, ont été fructueux et d'une grande envergure.

Néanmoins, même aujourd'hui je ne prétends pas avoir dans ma poche un projet tout prêt de cette maison. J'évoquerai un seul élément, le plus important, à mon avis. En fait il s'agit d'une restructuration de l'ordre international établi en Europe qui pourrait faire avancer résolument au premier plan les valeurs européennes, substituer l'équilibre des intérêts à l'équilibre traditionnel.

Si la sécurité constitue les fondements de la maison européenne commune, son ossature, c'est la coopération multiforme. Le dialogue intense entre les États, au niveau bilatéral et multilatéral est le signe de l'avènement d'une nouvelle situation en Europe et, d'ailleurs, dans le monde entier. L'éventail des accords, des traités, des autres arrangements est devenu plus vaste. Les consultations officielles sur différents problèmes sont devenues aujourd'hui chose courante.

Pour la première fois des contacts ont été établis entre l'OTAN et le Pacte de Varsovie, la Communauté européenne et le Conseil d’assistance économique mutuelle (CAEM), sans parler de nombreuses organisations politiques et sociales des deux parties de l'Europe.

Nous avons noté avec satisfaction la décision de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe concernant l'octroi à l'Union soviétique du statut d'invité spécial. Nous sommes disposés à coopérer. Mais nous croyons, néanmoins, qu'il est possible d'aller encore plus loin.

Nous serions prêts à adhérer à certaines conventions internationales du Conseil de l'Europe, ouvertes à d'autres États dans le domaine de l'écologie, de la culture, de l'enseignement, de la télédiffusion. Nous exprimons notre volonté de coopérer avec des institutions spécialisées du Conseil de l'Europe.

C'est à Strasbourg que se trouvent l'Assemblée parlementaire, le Conseil de l'Europe et le Parlement européen. Si nos relations s'intensifient, si elles prennent un caractère régulier, nous serions prêts - certes, avec le consentement du gouvernement français - à ouvrir ici notre consulat général.

Il va sans dire que les relations interparlementaires sont d'une grande portée pour la dynamisation du processus européen. Un pas important a déjà été fait : à la fin de l'année dernière une première rencontre des chefs des parlements des trente-cinq États a eu lieu à Varsovie.

Nous avons apprécié à sa juste valeur la visite en URSS de la délégation de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe dirigée par M. Björck, son président.

J'espère, qu'elle a pu tâter le pouls, fort et bien prononcé de la perestroïka soviétique.

Nous croyons que les premiers contacts établis avec le Parlement européen sont très importants. D'ailleurs, nous avons pris note de ses résolutions relatives aux problèmes militaro-politiques qui représentent selon sa propre estimation « le noyau du consensus des pays de l'Europe Occidentale dans le domaine de la sécurité ».

En ce qui concerne le contenu économique de la maison européenne commune nous considérons comme réelle, quoique éloignée, la perspective de la création d'un large espace économique s'étendant de l'Atlantique à l'Oural et caractérisé par une forte interdépendance de ces parties orientale et occidentale.

La transition qui s'opère en Union soviétique vers une économie plus ouverte a, dans ce sens, une importance fondamentale, d'ailleurs, pas uniquement pour nous-mêmes, pour accroître l'efficacité de l'économie nationale et pour satisfaire aux demandes des consommateurs.

Cela renforcera l'interdépendance des économies de l'Est et de l'Ouest et, par conséquent, aura une influence favorable sur l'ensemble des relations européennes.