Session de l’Assemblée parlementaire : 24 au 30 juin 2006 

(Seul le texte prononcé fait foi)

Déclaration de Maud de Boer-Buquicchio, Secrétaire Générale Adjointe du Conseil de l’Europe à la 3e réunion de femmes membres de l’Assemblée parlementaire

Strasbourg, 27 juin 2006

Il y a quelque temps, m’exprimant sur le rôle du Parlement dans la lutte contre la violence à l’égard des femmes, j'ai déclaré que les femmes n’étaient pas victimes de violence facilement mais fréquemment ; ce n’est pas du tout la même chose. Les femmes ne prennent pas des coups parce qu’elles sont faibles mais parce qu’elles sont seules ; lâchées.

Tous nos Etats membres sont concernés. Le contexte économique, culturel et social influe sur l’ampleur du phénomène mais, au bout du compte, ce qui modifie réellement le cours des choses, c'est ce que fait la société pour prévenir la violence, non seulement en changeant les mentalités et les comportements, mais aussi et surtout en protégeant les victimes et en poursuivant en justice les auteurs de ces violences.

La première chose à faire, c’est de briser le silence. Il ne suffit pas, cependant, de parler de la violence; il faut agir contre elle. Ce dont nous avons besoin pour combattre efficacement la violence à l’égard des femmes, notamment la violence domestique, c'est de lois, d'instruments juridiques bien conçus et bien mis en oeuvre.

L’initiative de rassembler des femmes membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe peut nous aider à progresser dans cette voie. C’est pour nous l'occasion de nous exprimer, d'échanger nos mauvaises expériences, de mettre en commun nos bonnes pratiques et de définir de nouvelles initiatives à prendre à l'échelon européen et, grâce à la présence de Mme Yakin Ertürk, au niveau des Nations Unies. Toutefois, le plus important, c’est ce qui se passe après Strasbourg, lorsque vous retournez dans votre pays d’origine et, plus particulièrement, au sein de votre parlement national. C’est là que l’action véritable doit s’engager. Ne relâchez pas vos efforts, poursuivez le travail utile que vous accomplissez et travaillez étroitement avec vos collègues masculins.

Nous sommes tous concernés, hommes et femmes, par la lutte contre la violence envers les femmes. La participation active des hommes est également l'un des leitmotiv de la campagne du Conseil de l’Europe pour combatte la violence à l’égard des femmes, y compris la violence domestique. Le programme de la campagne, qui sera officiellement lancée vers la fin de l’année, a été adopté la semaine dernière par le Comité des Ministres ; le document décrit les dimensions de cette nouvelle campagne du Conseil de l’Europe du point de vue des parlements, des gouvernements et des autorités locales. Je suis convaincue que les parlementaires, les gouvernements, les organisations non gouvernementales et les pouvoirs locaux oeuvreront ensemble pour mieux sensibiliser l’opinion et élaborer des instruments pratiques afin d'accomplir des progrès rapides et concrets. Nous ne voulons pas seulement faire des déclarations, nous voulons changer les choses !

La violence domestique porte atteinte à la dignité humaine de la victime comme de l’agresseur ainsi qu’à celle d’autres personnes qui vivent dans leur entourage social immédiat, notamment les enfants. Je ne dis pas cela pour mettre sur le même plan la souffrance ou la responsabilité de ceux qui frappent et de ceux qui sont frappés ; rien n'est plus aux antipodes de la vérité mais je veux que l’on comprenne bien que la lutte contre la violence envers les femmes, y compris la violence domestique, n’est pas une question que l’on pourrait qualifier de « féminine ».

Ce phénomène n’est pas un problème de femme et ne devrait pas seulement être un problème pour les femmes. La violence à l'égard des femmes, en général, et la violence domestique, en particulier, constituent une attaque frontale contre les valeurs de notre société, contre toutes les valeurs que défend le Conseil de l’Europe. Permettez-moi de me féliciter de la présence ici aujourd’hui de notre Commissaire aux droits de l’homme, non seulement parce que c’est un homme mais aussi et surtout, parce qu'il s'attache jour après jour à faire en sorte que ces valeurs deviennent une réalité dans nos Etats membres.

Agir efficacement maintenant, c’est peut-être tout simplement cela qui sépare une société progressiste, moderne, humaine et véritablement civilisée d’une jungle qui ne dirait pas son nom.