Colloque d’experts- «Dialogue au service de la communication interculturelle et inter-religieuse» - Strasbourg, du 7 au 9 octobre 2002 

Projet dialogue interculturel et prévention des conflits

Conclusions et synthèse analytique des débats

Les opinions exprimées reflètent les vues personnelles des auteurs

Sommaire

Préface

Synthèse analytique des débats
Jean PETAUX

Réflexions du Rapporteur général
Necil NEDIMOGLU

Conclusions des séances de travail

1. Séance de travail 1:
Conflit culturel : quelle acception?
Vera BOLTHO, Rainer NOLTE et Géza TESSÉNYI

2. Séance de travail 2:
Tisser des liens entre communautés religieuses
Tony GALLAGHER

3.Séances de travail 3:
Le défi de la diversité culturelle
Vjeran KATUNARIC

Programme

Liste des Participants

Préface

Que ce soit à l’échelle de l’Europe ou à l’échelle du monde, nous avons été témoins, lors de cette dernière décade, d’un véritable détournement de la culture pour justifier des conflits entre communautés culturelles et religieuses. Les différentes secousses que connaissent nos sociétés nous ont brutalement révélé la vulnérabilité de toute l’Europe.

Afin de répondre à ce défi, le Secrétaire Général du Conseil de l’Europe a inscrit l’instauration et la promotion du dialogue interculturel et inter-religieux au coeur des priorités de l’Organisation. S’appuyant sur un de ses textes fondateurs, la Convention Culturelle Européenne, le Conseil de l’Europe est convainvu que la culture, en tant qu’instrument de connaissance et de communication privilégié, est non seulement un facteur essentiel à prendre en considération pour prévenir des situations de conflit violent, mais aussi pour faciliter une réconciliation post-conflictuelle, en un mot pour assurer un meilleur « vivre-ensemble ».

Par son projet, Dialogue Interculturel et Prévention des Conflits, le Conseil de l’Europe –et plus particulièrement le Service des Politiques et Actions Culturelles- propose d’analyser les sources et les mécanismes qui sont à l’origine de conflits entre communautés culturelles et religieuses, de définir des actions culturelles à vocation préventive, et de mettre en oeuvre des actions de réconciliation à mener dans la phase post-conflit. Son objectif est d’aider les décideurs politiques à tous niveaux (local, régional, national), la société civile et les acteurs de terrain à définir une politique de dialogue intégrant toutes les expressions de la diversité culturelle.

Ce projet se décline en activités de recherche, en analyse d’exemples de bonnes pratiques et en soutien d’actions culturelles de terrain. Un Plan d’Action 2002-2004, adopté par le Comité Directeur de la Culture, regroupe ces activités sous quatre thèmes : concepts et normes, réseaux de coopération, dimension interculturelle et initiatives emblématiques.

Le Colloque d’experts « Dialogue au service de la communication interculturelle et inter-religieuse » (Strasbourg, 7-9 octobre 2002) est le premier événement organisé dans le cadre de ce Plan d’Action.

La Japan Foundation (Tokyo), la Fondation Européenne de la Culture (Amsterdam) et le Projet Intégré du Secrétaire Général « Réponses à la violence quotidienne dans une société démocratique » ont apporté un important soutien à l’organisation de cette rencontre.

Le Colloque d’experts « Dialogue au service de la communication interculturelle et inter-religieuse » s’est fixé pour objectif d’associer un large éventail d’acteurs du domaine culturel et religieux à une réflexion commune autour de trois axes principaux : les déterminants de conflits entre communautés culturelles et religieuses, les possibilités de relancer et d’approfondir le dialogue entre communautés religieuses au service de la paix, la nécessité d’intégrer la réalité de la diversité culturelle dans toute action de dialogue.

Près de 150 participants venus de toute l’Europe, du Japon, du Canada, des Etats-Unis, d’Egypte, du Maroc et d’Algérie ont répondu à l’invitation du Conseil de l’Europe. Des représentants de différentes religions, des experts du dialogue interculturel et inter-religieux, des experts de la prévention des conflits et des droits de l’homme, des personnalités politiques, des représentants des ministres européens de la Culture, des ambassadeurs, des consuls, des représentants d’organisations internationales, de fondations, d’ONG, des acteurs culturels travaillant sur des projets spécifiques de communication interculturelle, ont échangé leurs points de vue. Une délégation de la Ligue des Etats Arabes ainsi qu’une délégation de l’Organisation de la Conférence Islamique ont participé à ces travaux, organisés en Tables Rondes.

Le présent document reflète l’ampleur des débats dans une synthèse analytique présentée par M. Jean Petaux ; il fait part des réflexions du Rapporteur général, M. Necil Nedimoglu ; il présente les conclusions des rapporteurs des trois séances de travail intitulées respectivement « Conflit culturel : quelle acception ? », « Tisser des liens entre communautés religieuses », « Le défi de la diversité culturelle ». Le programme et la liste des participants se trouvent également en annexe.

Les conclusions de ce Colloque d’experts viendront d’une part enrichir les activités mises en oeuvre dans le cadre du Plan d’Action et, d’autre part, alimenter la réflexion des ministres de la culture qui, lors d’un colloque ministériel qui se tiendra à Strasbourg, les 17 et 18 février 2003, se pencheront sur « Le nouveau rôle et les nouvelles responsabilités des ministres de la culture pour initier le dialogue interculturel, dans le respect de la diversité culturelle ». Le projet de Déclaration pour le Dialogue Interculturel et la Prévention des Conflits soumis à l’examen des Ministres de la Culture, à l’occasion de ce colloque ministériel, s’est, lui aussi, largement inspiré des fruits des travaux du Colloque d’experts.

Synthèse analytique des débats

Jean Petaux

La question de la communication interculturelle et inter-religieuse est désormais au coeur des priorités du Conseil de l’Europe. Le Comité des Ministres et le Secrétaire Général ont rappelé, avec de plus en plus de force, cette nécessité impérieuse. C’est ainsi que les Ministres eux-mêmes, lors de leur 110ème session, à Vilnius, en mai 2002, ont directement encouragé le Conseil de l’Europe à développer des actions en faveur de la promotion du dialogue multiculturel et inter-religieux à tous les niveaux. Cette volonté commune a conduit le Comité Directeur de la Culture à inscrire, dès 2001, une activité « Culture et prévention des Conflits » à son programme d’activités, pour élaborer un Plan d’Action 2002-2004 intitulé « Dialogue interculturel et Prévention des conflits » (doc CDCULT-PREV(2002)1). Tout en faisant preuve d’un grand réalisme en considérant que «la politique culturelle ne résoudra pas tous les problèmes de la société », la présentation du projet du Service des Politiques et Actions Culturelles du Conseil de l’Europe fait ressortir que la « culture en tant qu’instrument privilégié, est un facteur essentiel à considérer soit pour la prévention de situations de conflit, soit pour assurer une meilleure cohésion sociale post-conflictuelle, un meilleur “ vivre-ensemble“» (doc CDCULT-PREV (2002)1). De la sorte, le Plan d’Action engagé se donne pour objectif général de « promouvoir le dialogue interculturel et inter-religieux, de promouvoir le respect mutuel et la compréhension entre les différentes communautés et de prévenir les conflits par le biais de politiques et d’actions culturelles ». L’accumulation des faits et des événements, depuis vingt ans, en Europe et dans le monde, montre l’importance d’un tel sujet. C’est ce que le Secrétaire Général du Comité de l’Europe a voulu rappeler lorsque dans un document (CM (2002)48) destiné au Conseil des Ministres, définissant les priorités pour 2003, il a insisté sur « l’étude de la responsabilité politique des Ministres de la culture et du rôle de la religion dans la promotion du dialogue interculturel ». Conscient du caractère impératif et urgent d’une telle réflexion, le Plan d’Action du Comité Directeur de la Culture s’inscrit dans le « Projet Intégré 2 » du Secrétaire Général « Réponses à la violence quotidienne dans une société démocratique ». C’est-à-dire qu’il privilégie l’approche « pluridisciplinaire » mettant en synergie plusieurs activités du Conseil de l’Europe, travaillant ainsi sur un thème transversal.

Première étape du Plan d’Action 2002-2004 proposé par le Service des Politiques et Actions Culturelles et adopté par le Comité Directeur de la Culture, le 8 avril 2002, le colloque d’experts qui s’est tenu au Conseil de l’Europe, du 7 au 9 octobre 2002, précède une conférence informelle des Ministres de la Culture, initialement programmée les 10 et 11 décembre 2002 et reportée aux 17-18 février 2003. Le colloque correspond à une des trois déclinaisons du projet, celle des activités de recherche. Les deux autres consistent en l’analyse d’exemples de bonnes pratiques et en soutien d’actions culturelles de terrain.

Le colloque d’experts organisé du 7 au 9 octobre 2002, intitulé « Dialogue au service de la communication interculturelle et inter-religieuse », a regroupé plus d’une centaine d’experts internationaux, universitaires et responsables religieux, acteurs politiques et culturels, pas seulement européens. Au-delà du mot « dialogue », c’est « d’échanges » dont il faut parler au sujet de cette manifestation scientifique. Comme l’indique le rapporteur général du colloque, Necil Nedimoğlu1, dans sa contribution liminaire : «Le dialogue interculturel et la prévention des conflits est une question mondiale ; cependant, l’Europe, qui a une tradition à la fois judéo-chrétienne et islamique, est le cadre idéal pour traiter cette question. Il faut mettre au point une méthodologie novatrice et une approche plus cohérente et intégrée ». Le Président des Délégués des Ministres, S.Exc. Gérard Philipps2, a confirmé le principe fondateur de cette démarche d’échanges, dans le discours qu’il a prononcé lors de la séance inaugurale du colloque, en contextualisant cette manifestation : « Ce colloque doit non seulement engager un échange de qualité entre des personnalités de tous horizons, mais il s’inscrit dans un projet plus large : encourager le dialogue culturel dans la prévention des conflits ; intégrer les différents secteurs du Conseil de l’Europe en s’appuyant sur la transversalité des compétences au sein du Conseil et préparer la conférence informelle des Ministres de la Culture, les 10 et 11 décembre prochains ».3

L’objet du présent rapport analytique de synthèse se situe dans le droit-fil des propos du Président des Délégués des Ministres puisqu’il consiste à mettre l’accent sur les points forts des discussions qui se sont tenues pendant les deux jours et demi du colloque afin, dans un premier temps, « d’alimenter la réflexion des Ministres de la Culture lors de leur réunion des 10 et 11 décembre 2002,4 sur leur nouveau rôle et leurs nouvelles responsabilités pour initier le dialogue interculturel, dans le respect de la diversité culturelle ». Il s’agira, dans ce rapport, pour retenir l’essentiel des travaux du colloque, sans entrer aucunement dans le vain débat du compte-rendu objectif, de traiter successivement les deux points suivants : des mots et des actes.

1. DES MOTS

Le sens des mots, leur compréhension, leur utilisation ont été au coeur des discussions entre tous les participants au colloque d’experts. Nombreux sont les intervenants qui ont insisté sur cet aspect : Johan Galtung5 (à propos de la notion de « conflit ») ; Bruno Etienne6 (sur la « culture », sur « l’intégrisme » et/ou le « fondamentalisme ») ; Hassan Hanafi7 ou encore Selim Beslagič8 (sur le « conflit culturel ») ; Mahdi Elmandjra9 (sur la « guerre de civilisation ») ; Soheib El Hocine Bencheikh10 (sur le « dialogue ») ; Ghislaine Glasson-Deschaumes11 (sur le « marquage culturel »), France Lebon12 (sur la « diversité culturelle »), etc. Tous ont rappelé l’absolue nécessité de définir les mots employés pour fonder les conditions formelles d’un véritable échange. Traiter des mots, dans la perspective d’un dialogue interculturel et inter-religieux, consiste à éviter les écueils d’un discours clos, ethnocentré donc exclusif. Il convient donc de s’efforcer de définir non pas unilatéralement mais « intégralement » - au sens étymologique de « rendre entier » (en l’occurrence « rendre entièrement le sens ») - les principaux termes utilisés dans l’établissement d’un tel dialogue. Il sera temps alors de reprendre quelques-unes des grandes questions posées par les participants lors du colloque.

1.1. DU SENS

Conflit

La notion de conflit, son existence, son développement fait problème. Pour Johan Galtung, « conflit » et « violence » sont souvent, et à tort, confondus : « Si le conflit peut conduire à la violence, les deux concepts sont néanmoins totalement différents. Au coeur du conflit, à ses origines, se trouve toujours une incompatibilité, une contradiction entre les objectifs (…) Le conflit est quelque chose d’aussi naturel que l’air que nous respirons : parler de la « prévention des conflits » est un non-sens ; la violence est ce que l’on doit prévenir ». Johan Galtung est revenu, dans ses différentes interventions sur cet aspect, essentiel à ses yeux : « Le Conseil de l’Europe a la malencontreuse habitude de parler de prévention des conflits, alors qu’il ne faut pas nier les contradictions », ou encore : « C’est une erreur de dire que les conflits sont destructifs ou constructifs, c’est le mode de résolution des conflits qui est en cause. Les conflits, en soit, ne sont ni l’un ni l’autre, c’est l’incompatibilité qui pose problème». On peut conclure de ce qui précède qu’il est clair que la dimension dialectique du conflit ne saurait être évacuée, au sens où celui-ci s’inscrit bel et bien dans la conception hégélienne de l’« aufhebung » (autrement dit dans l’ambivalent binôme « arrachement-dépassement »), il serait donc vain d’envisager l’éradication du conflit, vain voire dangereux car synonyme, si l’on reste dans la compréhension de Johan Galtung, d’asphyxie, d’absence de respiration. Mais il n’en demeure pas moins vrai que la représentation sociale du conflit, sa dimension collective et réifiée, renvoient l’une et l’autre, à l’affrontement, à la volonté de domination d’un groupe sur l’autre. Quand il ne s’agit pas, pour quelque raison que ce soit, de la destruction d’un groupe par un autre, l’un et l’autre se posant d’ailleurs en victimes.

Conflits culturels, conflits religieux et conflits d’intérêt

L’accord s’est fait rapidement, entre les participants, sur un premier constat, parfaitement résumé par Bruno Etienne : « J’espère que les gens qui sont là sont persuadés que le coût du baril de pétrole n’est pas dû aux facteurs religieux ». Ce constat, important, a été repris par Vera Boltho13 dans son rapport final sur les travaux du premier atelier intitulé « Conflit culturel : quelle acception ? » : « Est-ce que la culture est à l’origine des conflits ? Les débats ont répondu clairement « non » à cette question. Même s’il y a eu un point de vue légèrement différent considérant que, dans un contexte très précis, les traditions culturelles peuvent être à l’origine de conflits ». C’est ce qu’avec des mots différents, Masanori Naito14 a tenu à faire percevoir: «Le présent colloque d’experts a pour objectif la prévention des conflits culturels. Ces termes peuvent sembler contradictoires ; la culture n’est pas nécessairement source de conflits, car elle implique rarement le pouvoir d’imposer des changements à autrui dans la vie individuelle et sociale. Bien entendu, si un gouvernement contraint des minorités ethniques à adopter la culture nationale, il y a là un facteur de conflit grave ». Hassan Hanafi, invité à faire un des deux exposés introductifs sur la notion de conflit, a posé d’emblée les termes de la problématique : « Les conflits matériels sont généralement des conflits d’intérêts, le plus souvent d’ordre économique et politique. Mais les conflits matériels sont porteurs de conflits idéologiques ». Il reste qu’au terme d’une réflexion sur l’évolution du monde actuel, il ressort que l’Islam est le porte-parole des sans-voix parce qu’il est la religion dominante de la périphérie, en Afrique et en Asie. Hassan Hanafi s’interroge quand même, à la fin de sa contribution : « Les stéréotypes cultivés de part et d’autre [en Occident et dans l’Islam] constituent un fondement idéologique propice à l’apparition de conflits (…). Le dialogue interculturel peut dissiper ces images antagonistes et éradiquer les causes des conflits. Il favorise la compréhension mutuelle. Les conflits culturels masquent peut-être des conflits d’intérêts, mais ces derniers ne sont-ils pas à la source des premiers ? La question est : par où commencer ? ».

Il était naturel, dans la discussion qui s’instaura sur la notion de conflit inter-religieux, que dès lors qu’étaient posés, face à face, Occident et Islam, les opinions divergent. Pour Soheib El Hocine Bencheikh : « Le professeur Hanafi a essayé de présenter le conflit actuel comme un choc des cultures occidentales d’un côté face à l’Orient de l’autre. Je ne suis pas d’accord avec cela ». C’est aussi ce que Rusmir Mahmutcehajic15 souligne : « Il n’existe pas un Islam dur ou un Islam mou. On peut, à la rigueur, parler d’une interprétation dure ou douce, mais pour un Musulman il n’y a qu’un Islam seul et unique comme religion révélée. Il ne faut donc parler que de l’application sociale de l’Islam. Quand on oppose l’Occident à l’Islam il n’y a aucune possibilité d’offrir une solution au conflit. On crée ainsi, originellement, un conflit insoluble. D’autant que si on parle d’Islam qu’est-ce que cela veut dire ? Parle-t-on de géographie ? De politique ? ». Dans ce débat, qui n’est pas que sémantique, une voix de femme s’est élevée avec circonspection et volonté de clarifier le sens des mots, celle de Ghislaine Glasson-Deschaumes. Elle précise : « Il convient de considérer le terme « conflit culturel » avec précaution. Lorsque nous parlons de conflits culturels, ne faisons-nous pas plutôt référence à des conflits politiques qui s’appuient au référent culturel pour défendre des projets de conquête (du pouvoir, du territoire, etc.) ? ». Poursuivant cette interrogation, elle ajoute : « La valorisation du « conflit culturel » n’est-elle pas un piège où nous tombons d’autant plus aisément que nous pensons la culture comme un contenu identique à lui-même, homogène à lui-même, essentialisé, une fiction de pureté ? » Autrement dit il y aurait dans la catégorie-même de « conflit culturel » le germe de la violence absolue, celle de la destruction de l’autre, son éradication. Peut-être n’est-il pas inutile de conclure cette réflexion collective sur la notion de conflit interculturel et inter-religieux par ce simple et impressionnant témoignage de Selim Beslagič, maire de Tuzla pendant dix années, au plus fort du conflit en Bosnie-Herzégovine : « Nous n’avons pas connu un conflit entre cultures ou une guerre de religions. Nous avons connu un conflit entre options politiques, une confrontation politique ».

1.1.3. Dialogue 

Elisabeth Parmentier16 se présente comme une « dialogueuse », contestant la position de Soheib El Hocine Bencheikh sur le dialogue. Celui-ci, en effet, considère que le mot « dialogue » est un « terme très à la mode aujourd’hui ». Il précise son argumentation : « Depuis une dizaine d’années il y a une centaine d’organisations qui dialoguent. Mais on ne dialogue pas, on discute sur le dialogue. Ce sont toujours les mêmes qui dialoguent ici. Ces dialogueurs de profession ne précisent même pas de quel type de dialogue il est question : est-il théologique ? s’agit-il de cohabitation pacifique ? ». Pour des raisons voisines de celle de Soheib Bencheikh, Géza Tessényi17 incline pour sa part à privilégier le terme « coopération » à celui de « dialogue », il s’en explique : « Quel qu’ait pu être le sens originel du mot « dialogue » en grec, ce terme est devenu trop chargé de connotations évoquant les discussions improductives, les palabres, conférences et réunions sans réel suivi. L’ONU a proclamé 2001 “Année du dialogue entre les civilisations “ (…) il y a peu de choses à retenir [de cette année] si ce n’est qu’elle a aussi été l’année du 11 septembre ». Elisabeth Parmentier a précisé en quoi elle ne rejette pas la notion de « dialogue » : « Le dialogue est un phénomène nouveau au XXème siècle. Pourquoi en avons-nous besoin maintenant ? Parce que les dialogues entre représentants et adeptes de plusieurs religions découlent d’un point commun : la réconciliation. Mais le dialogue n’est pas naturel entre les religions, il nécessite de se surmonter soi-même, il s’agit littéralement de se convertir ». Si l’on mesure bien la dimension originale, novatrice, de ce nécessaire « retournement » (« convertere » en latin : « faire demi-tour », « se retourner »), cela ne clôt évidemment pas le débat sur le mot « dialogue ». Car, comme le souligne de son côté Bruno Etienne : « Dialoguer, oui, mais avec qui ? En supposant cet obstacle surmonté, il faut ensuite définir le contenu et les modalités du dialogue : de quoi parler ? De théologie ? Certainement pas (…). Se pose alors une ultime double question : avec qui dialoguer et qui parle ? Les clercs, les clercs légitimes ou les auto-proclamés (quand il n’y a pas d’instance magistérielle), les experts laïcs ou les pratiquants ? Comment éviter l’apologétique, le prosélytisme et la langue de bois ? ».

On mesure ainsi la difficulté du dialogue, ne serait-ce que pour sa seule définition. Et pourtant nul n’en nie l’impérieuse nécessité, l’ardente obligation. Mais peut-être faut-il, avant même que de privilégier le dialogue, se soucier de l’écoute, préalable indispensable. Car comme l’a si bien rappelé Walter Schwimmer18 en conclusion de son allocution d’ouverture du colloque, citant plaisamment un conte arabe : « Dieu nous a donné une bouche et deux oreilles. Cela prouve qu’il est plus important d’écouter que de parler ». C’est peut-être ce qui a conféré à la séance de méditation initiée par Swami Maheshwarananda19 son caractère exceptionnel, quand la qualité du silence de l’écoute a remplacé le bruit du langage, ce qui n’est pas banal dans un colloque sur le dialogue interculturel et inter-religieux. C’est pour cela qu’il convient, en conclusion sur ce point, d’évoquer Tony Gallagher20 opérant une remarquable synthèse afin de définir les principes du dialogue à mettre en place, dans son rapport sur l’atelier n°2 intitulé « Tisser des liens entre communautés religieuses » : « Tout le monde a le droit de parler mais tout le monde a la responsabilité d’écouter ».

1.1.4 Divergences – convergences

« Sur quoi dialoguer ? » s’interroge Bruno Etienne. Necil Nedimoğlu indique dans son rapport général, en ouverture du colloque, qu’il faut oeuvrer pour « la compréhension de l’incompréhension qui règne, plus précisément depuis le 11 septembre 2001 ». Soheib El Hocine Bencheikh considère quant à lui qu’il faut « dialoguer sur les divergences, car [paraphrasant sans le nommer Antoine de Saint-Exupéry] c’est l’autre qui m’enrichit par ses divergences, mais comme les divergences sont signes de tension, c’est sur elles qu’il faut dialoguer ». Pour autant, se situant très près de S.Exc. Ahmed Ghazali21 qui souligne opportunément, dans son intervention, qu’en dépit des apparences l’Europe et la civilisation islamique ont plus de points communs que de divergences (et de citer, entre autres, Saint Augustin, Saint Thomas d’Aquin, Maïmounide, Averroès), Soheib Bencheikh ajoute : « nous sommes tous des êtres humains donc nous avons beaucoup plus de convergences que ce que nous croyons ». Quand le Père Patrick Desbois22 dit « qu’il faut se mettre d’accord sur ce qui fait nos divergences », Tony Gallagher conclut en soulignant qu’il existe bien des « similitudes et des différences entre les religions et qu’il convient d’en être conscient avant de se reconnaître. Mais similitudes et différences sont deux faces d’une même médaille pour se comprendre ». Comme s’il était nécessaire, afin de progresser, de faire oeuvre de modestie, de cette modestie dont Hassan Hanafi incite les « Occidentaux » à faire preuve en leur conseillant de relire le Nouveau Testament et la scène où Jésus, au soir du Jeudi Saint, lave les pieds de ses disciples réunis pour un dernier repas avec lui. Parabole qu’on ne saurait conseiller aux seuls « Occidentaux » (ce terme n’ayant pas de sens en soit d’ailleurs) mais à tous les hommes, pour que renaisse ce qu’Hassan Hanafi appelle joliment « l’Esprit de Cordoue », fait de tolérance et de coexistence. C’est à cet « esprit » que Bruno Etienne songe vraisemblablement quand il dit : « Il faut que le Rapport final montre beaucoup plus fermement que notre patrimoine culturel européen est aussi l’héritage non-négligeable de l’islamité et de la judéité, tout simplement parce qu’il faut noter les convergences sur les divergences qui subsistent ». Au-delà du paradoxe « convergences – divergences », il s’agirait en fait de faire droit à la prière de Selim Beslagič, fort de son vécu à Tuzla : « Dieu donne moi le pouvoir de la tolérance car celle-ci est le premier signe de la force et ôte de moi le sentiment de vengeance car celle-ci est le premier signe de la faiblesse ». Même s’il convient de ne pas être faussement naïf en réclamant à tort et à travers la tolérance : « Lorsque votre dignité est touchée et qu’on vous parle de tolérance : la tolérance de l’intolérance est de l’intolérance » rappelle alors avec passion Mahdi Elmandjra rejoint ici par Viacheslav Glazichev23 : « Une tolérance illimitée finit par être encore plus grave que l’intolérance » et par Johan Galtung dénonçant avec force « l’intégrisme pacifique » et ses dérives.

1.2. DES QUESTIONS

1.2.1 Quoi ?

« Que se passe-t-il ? » ; « Est-ce plus grave que… ? » ; « Moins important que… ?». Ces questions peuvent sembler étranges. Elles résonnent comme s’il était difficile de caractériser les faits lorsqu’un groupe humain singulier, lorsque la communauté mondiale dans sa compréhension la plus large, se trouvent confrontés à un événement d’une intensité exceptionnelle. Elles se fondent en une seule : « De quoi parle-t-on ? ». A bien y réfléchir, cette interrogation se pose plus souvent qu’il n’y paraît. Ne serait-ce que parce qu’il est constant, face à un traumatisme profond, de chercher à le comparer à des événements semblables ou considérés comme tels ou bien encore volontairement rapprochés à des fins mobilisatrices ou propagandistes. Ainsi en va-t-il des destructions massives de populations, des « purifications ethniques » survenues en différents points du continent ou du globe. Ainsi en va-t-il encore des actes massivement meurtriers. Johan Galtung pose clairement la question dans son exposé : « On parle beaucoup du 11 septembre 2001. Mais que s’est-il passé réellement le 11 septembre ? Il y a eu, précédemment, des millions de « 11 septembre ». Au Vietnam, par exemple, on a connu des milliers de « 11 septembre », des milliers de faits comparables qui se sont traduits par la disparition de dizaines de milliers de victimes ». Selim Beslagič se situe sur le même terrain quand il s’interroge sur la comparaison des faits : « Est-ce que le 11 septembre 2001 a été pire que ce qui est arrivé à Srebrenica en 1995 ? ». Considérant qu’il n’est pas possible de répondre à cette question, il opère, dès lors, un constat fondateur : « Dans les deux cas, c’est la dignité humaine qui a été vaincue ». Quand on pose la question du « quoi ? » pour identifier l’objectivation du conflit, pour en comprendre aussi bien les causes que les effets, il est certainement nécessaire de retenir cette réflexion, quasi-épistémologique, de Rusmir Mahmutcehajic : « Il est légitime de s’interroger sur l’apparition et les fondements de tel ou tel terrorisme, mais on ne saurait interpréter les horreurs advenues dans l’histoire ou survenant dans l’instant si on ne s’éloigne pas des approches et des visions déterministes. Il faut adopter une démarche beaucoup plus intégrale et intégratrice ».

La question du « De quoi s’agit-il ? » ne se pose pas seulement pour identifier les faits, pour les nommer. Elle s’exprime aussi quand il faut reconnaître des groupes, désigner des communautés ou construire des catégories. Bruno Etienne n’a pas manqué de soulever cette difficulté : « Le problème que soulève la définition de « communautés religieuses » n’est pas simple à régler puisque les Etats membres [du Conseil de l’Europe] ne reconnaissent pas tous les mêmes cultes, religions ou confessions. Le mot « culte » est d’ailleurs ambigu parce qu’en anglais il signifie… secte ! ». On pourrait ajouter un autre exemple soulignant la complexité du débat, exemple d’autant plus signifiant qu’il met en scène des protagonistes justement très soucieux de précision et de rigueur pour éviter tout malentendu. Présentant sa contribution spécifique, Bruno Etienne souligne au détour d’une démonstration : « Aucune des religions pratiquées en Europe n’y est née ». Le constat est intéressant, il est même fondamental dans une enceinte comme celle du Conseil de l’Europe, d’autant qu’il renforce l’importance du « bassin méditerranéen » comme creuset religieux et qu’il souligne l’imbrication des cultures au lieu de réifier leurs antagonismes. Il est, malheureusement, inexact. C’est ce que ne manque pas de relever Elisabeth Parmentier quand elle prend la parole, cette même matinée : « Si je puis me permettre, professeur Etienne, le protestantisme est une religion et elle est bien née en Europe ! ». Dans le signifiant « religions » Bruno Etienne, nomme les trois grandes « religions du Livre » (judaïsme, christianisme et islam) et ne retient pas au sein du christianisme la rupture de 1520 lorsque la condamnation de Luther par Rome va engendrer la Réforme. Mais la réflexion d’Elisabeth Parmentier, théologienne protestante, fait également sens : dans son amical reproche à Bruno Etienne, elle ne dit rien du « Grand Schisme » de 1054 qui voit l’Eglise chrétienne d’Orient se séparer de Rome et prendre le nom « d’Orthodoxe », tout autant née en Europe que le protestantisme cinq cents ans plus tard. Chacun, finalement, aurait sa propre grille de référence, profondément inscrite, relevant de l’habitus et y puiserait son argumentaire. Comme l’a écrit Pierre Bourdieu : « Un point de vue est toujours une vue d’un point ».

1.2.2 Comment ?

La question générique du « que faire ? » a été déclinée de plusieurs manières. Mais si tous les participants au colloque ont convergé vers une réponse de principe selon laquelle il « fallait nécessairement faire » pour que le dialogue interculturel et inter-religieux s’établisse réellement, il est vite apparu que la forme de l’action (le « comment faire ? »), les moyens à mettre en oeuvre, les ressources à mobiliser n’étaient pas secondaires. Raj Isar24 s’est efforcé de rassembler les principales questions qui pouvaient être posées, en la matière : « Comment articuler et transmettre une impression d’espace à la fois séparé et partagé pour les différentes communautés culturelles ? Comment concilier les revendications d’égalité, de liberté et celles qui ont trait à la différence ? Comment aller au-delà de concepts théoriques dans la reconnaissance d’identités multiples, en évolution constante et construites de plus en plus à travers des discours, pratiques et situations divers ? ». Le débat ne porte pas seulement sur la manière de faire en temps de paix, Veton Surroi25 le montre bien dans ce témoignage personnel aboutissant à une question essentielle : « Moi qui ai toujours lutté pour la paix, j’ai été sauvé par les bombes de l’OTAN larguées sur Belgrade. Il n’est pas facile de dire cela, de le reconnaître. Alors, pour éviter cela, peut-être faudrait-il se poser la question suivante, préalablement : comment intervenir avant que la guerre n’éclate ? ». La problématique essentielle, au coeur du dialogue inter-religieux, articulée autour du « comment ? » est bien celle formalisée par Bruno Etienne : « Comment [sans sombrer dans le relativisme culturel] peuvent-elles [les religions] envisager positivement l’intégration de la diversité religieuse ? (…) Comment reconnaître la spiritualité d’autrui si l’Autre n’est que « missionnable » en tant que futur converti à la vraie vérité, la mienne ? ».

Ainsi les « mots pour le dire » auraient autant d’importance que les « actes pour faire ». Ceci n’est pas surprenant dès lors qu’il s’agit d’un colloque sur le « dialogue ». Cet « objet » contient, étymologiquement une multiplicité de « logos », une pluralité de sens. On sait avec Austin que « dire c’est faire » et qu’il n’est pas inconséquent de considérer les mots non seulement pour ce qu’ils signifient mais aussi pour ce qu’ils véhiculent. Il arrive que les mots prennent parfois des sens dévoyés, il convient alors de remettre « les choses à leur place ». Awraham Soetendorp26 n’a pas manqué de le faire, en disant : « Le « Peuple élu » cela ne veut pas dire qu’on a été « élu » sur les Autres, mais cela veut dire qu’on nous a confié une mission. Ce n’est pas le territoire qui honore les êtres humains mais l’inverse : ce qui veut dire que s’il est nécessaire d’abandonner un territoire pour sauver un être humain, il faut le faire ».

2. DES ACTES

Puisqu’il est question d’actes désormais, il convient en guise de propos introductif à cette partie, d’en citer un énoncé par n Soetendorp : « Je suis ici, en 2002, parce qu’en 1943 une femme catholique m’a caché. Elle n’a pas eu peur. Elle aurait pu refuser. J’ai eu de la chance. Je crois que l’Histoire est un exemple de la coopération interculturelle et inter-religieuse ». Si l’on peut, légitimement questionner la dernière phrase de cette réflexion et se risquer à la qualifier de « tragédie d’un optimiste » (et reprendre, ainsi, le très beau titre de la biographie que Myriam Anissimov a consacrée au regretté Primo Levi), la mention de son statut « d’enfant caché » survivant à la Catastrophe, par le nn lui-même, force l’émotion aussi bien par son absolu dépouillement formel que par les faits mentionnés. Traiter des actes dans un texte destiné à servir de support à une réflexion collective, c’est aussi bien procéder par évocation de ce qui a pu se faire dans la voie du dialogue interculturel et inter-religieux que par proposition pour ce qui pourrait être envisagé comme projet allant dans le sens d’une prévention de la violence propre aux conflits interculturels et inter-religieux. L’une et l’autre, l’évocation des expériences réalisées et la présentation des propositions, sont, naturellement, extraites des échanges intervenus au cours du colloque des 7, 8 et 9 octobre 2002.

2.1. DES EXPERIENCES

2.1.1 Des rencontres et des partages

Pour Ray Mullan27, les habitants d’Irlande du Nord ont, en réalité, beaucoup de choses en commun et partagent une partie de leur patrimoine culturel par-delà la division communautaire traditionnelle. A l’appui de ce constat, il cite une suite d’événements historiques vécus ensemble : le bombardement de Belfast par les Allemands en 1941 a frappé indistinctement les deux communautés. Précédemment, toujours au XXème siècle, l’année 1916 a été une véritable année « phare » pour l’Irlande toute entière, Nord et Sud confondus. Pour le Sud, il s’agit naturellement de la guerre d’indépendance et pour les deux communautés présentes au Nord, il s’agissait de l’année de la tragique offensive de la Somme qui marqua les esprits par son nombre record de victimes originaires d’Ulster, catholiques et protestants confondus. Ray Mullan en tire une leçon : « Si elles sont bien exploitées, les possibilités d’explorer les traditions culturelles et d’en débattre au sein des communautés, et entre elles, peuvent conduire à une plus grande appréciation et compréhension de la complexité et de la riche diversité du patrimoine culturel. Cette démarche peut, à son tour, contribuer à désamorcer la peur de la différence et le conflit culturel tel qu’il est perçu ». C’est de « désamorçage » dont il est aussi question dans l’initiative de Selim Beslagič, constatant en tant que maire de Tuzla l’ampleur de la menace qui gronde : « Si vous avez des milliers d’églises orthodoxes ou de mosquées détruites et si vous constatez que l’agresseur détruit ses propres édifices religieux, vous vous demandez nécessairement ce qu’il convient de faire en présence d’une telle folie qui se constitue sous vos yeux ». Dans le cas précis de l’enclave de Tuzla, la réponse à la question de savoir comment la ville est arrivée à préserver son caractère multiculturel et à prévenir les conflits ethniques est donnée, selon Selim Beslagič, par trois faits incontestables : « la tradition des relations interconfessionnelles et interculturelles ; la solidarité traditionnelle du mouvement ouvrier ; la confiance mutuelle entre nations ainsi qu’à l’égard des responsables politiques et des institutions ». Et ce grand témoin d’une situation tragiquement exceptionnelle, potentiellement explosive, d’expliquer alors aux participants attentifs du colloque, qu’il a fait, tout simplement, avec ses collaborateurs à la mairie de Tuzla, du « porte-à-porte » auprès de tous ses concitoyens, pour, juste, leur parler et les faire parler et maintenir ainsi les conditions formelles de la confiance que les citoyens doivent avoir envers leurs représentants.

C’est une autre histoire de rencontre qu’a présentée Ghislaine Glasson-Deschaumes à propos de « la caravane des femmes de Transeuropéennes » sillonnant l’ex-Yougoslavie déchirée et meurtrie, pour « lutter contre l’ethnicisation des territoires » et afficher ouvertement la volonté politique (au sens le plus fort du mot) de « transgresser les frontières imposées en prenant leurs responsabilités, de sorte que les femmes engagées dans cette démarche collective de paix ont proposé d’afficher au grand jour, en s’inter-traduisant, leurs valeurs communes ».

De partage, il est aussi question dans deux initiatives consistant à mettre en commun des calendriers. Ces démarches peuvent sembler, a priori, anecdotiques, elles ne le sont nullement en réalité. On les doit à deux universitaires confrontés à des situations totalement différentes : Norman Richardson28 d’un côté et Bruno Etienne de l’autre. Le premier vit à Belfast et fait le constat que « jusqu’à une date assez récente la plupart des communautés européennes ont pu vivre leur vie sans avoir à envisager de rencontres interculturelles ou inter-religieuses. A présent, cependant, même le plus monoculturel des groupes humains doit faire face à la présence de l’autre ». Le travail oecuménique engagé a permis dès lors de concevoir des pratiques simples mais efficaces : « un calendrier commun reprenant les fêtes en vigueur dans chacune des communautés ; un manuel pour les personnels de santé ; des lieux de recueillement à l’aéroport de Belfast ». Cette idée d’un calendrier commun est également celle que développe l’association « Marseille-Espérance » dont parle Bruno Etienne dans sa contribution : « [L’association] regroupe les représentants d’une vingtaine de confessions religieuses chrétiennes (catholique, protestante, orthodoxe, grecque, russe, arménienne), juive, musulmane, bouddhiste. Ceux-ci se réunissent une ou deux fois par mois pour discuter de problèmes sociaux, culturels ou de calendriers : en effet toutes les fêtes religieuses sont annoncées et les uns et les autres se rendent visite en ces occasions. Un calendrier multi-confessionnel est d’ailleurs édité (…) et affiché dans les lieux de cultes ». Ce n’est sans doute pas un hasard si cette idée du « calendrier » apparaît dans deux contextes différents, l’un en conflit ouvert depuis des décennies, l’autre s’efforçant de faire coexister pacifiquement plusieurs dizaines de communautés parfois antagonistes ailleurs. La question des cycles temporels est récurrente dans les cérémonies rituelles. Les fêtes religieuses sont autant d’expressions formalisées du sacré : partager le temps, dans cette perspective, c’est déjà faire une oeuvre ouverte en sortant d’un « temps dominateur » qui serait celui de la religion majoritaire pour appréhender des « temps multiples » qui appartiendraient à toutes les cultures vivant côte à côte en un même lieu. Partager le temps reviendrait alors à vivre des instants en commun et à communier instantanément avec l’Autre. Diachronie et synchronie offriraient, ensemble, un contexte de paix. Awraham Soetendorp parle, lui aussi, « calendrier » quand il cite, comme exemple d’un partage de paix, l’initiative néerlandaise consistant, chaque année, au début d’une nouvelle session parlementaire, à tenir une « réunion interconfessionnelle, dénommée « moment culturel » et regroupant, en une église désacralisée, aussi bien les parlementaires représentant de la nation que tous les dirigeants de toutes les religions présentes dans le pays ».

Une autre expérience se doit d’être évoquée dans cette présentation de « rencontres » originales, celle exposée par Géza Tessényi pour remédier à la situation survenue à Bradford, nord de l’Angleterre, ville confrontée en juillet 2001 à des émeutes raciales mettant en présence entre 400 et 500 jeunes, Blancs et Pakistanais, se soldant par plusieurs centaines de blessés. L’expérience de « réconciliation » est ainsi décrite : «Yorkshire Dales, nord de l’Angleterre, avril 2002 : 13 jeunes âgés de 20 à 30 ans, originaires de Bradford (8 Asiatiques et 5 Blancs ; 7 hommes et 6 femmes) se réunissent pour une semaine d’étude et de travail en commun. (…) Les intervenants animant ce séminaire ont une expérience acquise dans les pays suivants : Royaume-Uni, Pakistan, France, Liban, Kosovo et Sierra-Leone. (…) Sans vouloir établir une classification formelle, il est évident que de nombreux participants appartiennent à un groupe religieux. Ils pratiquent la prière à différents moments de la journée et certaines femmes suivent le code vestimentaire islamique. Les participants sont musulmans, chrétiens ou ne se réclamant pas d’une religion précise. Qu’est-ce qui a réuni un groupe si inhabituel d’individus venant d’une ville où les émeutes ont, au moins momentanément, cessé, mais où la communication interculturelle et inter-religieuse est encore quasi-inexistante, où les communautés sont extrêmement méfiantes et où la tension demeure forte ? La promesse d’une nouvelle passerelle, aussi abstraite qu’elle puisse être, à édifier entre les parties cloisonnées de la ville ». Géza Tessényi poursuit son témoignage : « Les participants ont appris, pour commencer, par prendre connaissance des valeurs religieuses et séculières de chacun. Au lieu de rouvrir d’anciennes blessures historiques ou politiques, ils ont cherché à identifier les valeurs partagées par l’Islam et le Christianisme. (…) Ils ont entendu des études comparatives de conflits et de situations de paix négatives dans différentes parties du monde ».

La démarche poursuivie est la même pour une autre initiative citée par Elisabeth Parmentier : la « Concorde de Leuenberg ». Ce texte signé en 1973 a permis la pleine réconciliation entre des Eglises issues de la Réforme en Europe opposées pendant des siècles en s’ostracisant avec une grande constance. Comme le dit Elisabeth Parmentier : « La Concorde représente un document majeur en ce qui concerne une compréhension radicale et une pratique engagée de dépassement des scissions. (…) L’on examinera les différents seuils à franchir pour permettre à des Eglises d’entrer en communion les unes avec les autres :

- retrouver les valeurs communes qui peuvent fonder la rencontre
- se demander réciproquement pardon pour les conflits passés
- reconnaître l’autre à sa pleine valeur
- renoncer mutuellement aux condamnations et exclusions
- guérir les blessures du passé en refaisant le chemin à travers l’histoire
- s’engager ensemble dans la construction d’une société en insistant sur le respect des identités différentes 
- accepter la correction fraternelle mutuelle au nom des valeurs communes qui motivent la réconciliation
- entrer dans une véritable démarche de vie commune ».

De toutes ces actions il ressort que le partage et la rencontre sont fondateurs d’un nouvel ordre rendant caduque l’expression violente du conflit. C’est aussi l’objectif, sous une forme autre, des initiatives de dialogue fondées sur l’art, dans toutes ses dimensions.

2.1.2. Des arts sous toutes les formes

Le projet ARS-AEVI, (Art contemporain) présenté par Amila Ramovic29 a vu le jour au Forum des artistes et intellectuels de Sarajevo, en juillet 1992, trois mois après le commencement du siège de la ville. Il n’a cessé de prendre de l’ampleur depuis. Les promoteurs de cette initiative la présentent ainsi : « Le concept de ce projet réside dans l’idée de constituer la collection d’un Musée d’Art contemporain ouvert à Sarajevo. L’idée principale de cette initiative est fondée sur la conviction que les artistes ont ressenti, plus que d’autres, l’injustice faite à Sarajevo. Enthousiastes et optimistes, les créateurs (plasticiens, peintres, etc.) ont voulu contribuer à ce que la capitale de la Bosnie-Herzégovine redevienne une cité ouverte, encore une fois, libre et belle. Sarajevo a fait appel à eux pour construire un lieu qui souhaitait montrer la supériorité de l’esprit et de l’art sur les forces du mal et de la destruction. Depuis le lancement de cette démarche, la collection du Musée ARS-AEVI a été constituée par des donations de nombreux artistes de réputation internationale ». Désormais plusieurs pavillons pour ce Musée si particulier sont en chantier, le premier, actuellement en construction est conçu par le grand architecte contemporain Renzo Piano. Comme l’indique avec conviction Amila Ramovic : « Il s’agira d’apporter l’intelligence du monde à Sarajevo mais aussi de concevoir un moyen de cesser d’être à la périphérie pour se rapprocher du centre ».

Autre forme d’art mis à contribution pour renouer des liens entre différentes communautés : la musique. C’est d’elle dont parle Ray Mullan à propos de l’expérience des « Tambours différents » s’adressant aux jeunes habitants de Belfast. Quiconque réalise l’importance de la musique dans la culture irlandaise, qu’il s’agisse du « Nord » ou du « Sud », peut aisément imaginer l’intérêt et l’impact de ce détour intelligent par un instrument pour favoriser l’échange et le partage, là où toute forme de médiation interculturelle a semblé jusqu’alors interdite. On trouve une approche comparable dans les expériences concrètes décrites par Maria Hadjipavlou30 dans la Chypre divisée en 1974 et confrontée à des conflits intercommunautaires depuis le milieu des années 60, puisqu’il s’agit, là aussi, par l’intermédiaire d’un festival de musique et de danse « d’apprécier et de valoriser la culture de l’autre ». Silvo Devetak31 a également montré l’importance de la musique dans la prévention de la violence générée par les conflits interculturels en citant l’expérience d’un orchestre itinérant de jeunes interprètes « classiques » originaires de différentes régions de l’ex-Yougoslavie. Et d’ailleurs Awraham Soetendorp rappelle opportunément, songeant peut-être à l’initiative de Daniel Barenboïm allant diriger un orchestre de jeunes Palestiniens au plus fort des affrontements en septembre 2002, que « les chefs d’orchestre peuvent être des gens qui s’essaient et qui parviennent parfois à résoudre des conflits ».

Autre recours à l’art dans le retour à la paix, l’exemple présenté par Mette Newth32 et se rapportant globalement mais non-exclusivement aux « arts de la scène ». D’emblée cette grande spécialiste montre son ambition : « L’art est naturellement conflit, mais il peut aussi servir à prévenir les conflits ». C’est ainsi qu’est né le projet conduit à Bergen, pendant un semestre de l’année 2000 : « Il s’agissait d’analyser les conflits entre les personnes d’origine ethniques, de cultures ou de croyances différentes, grâce à des méthodes ou approches artistiques. On avait sélectionné, pour y participer, des enseignants et des étudiants en art ainsi que des artistes professionnels de Pristina, Belgrade et Oslo. Le projet financé par le Ministère norvégien des Affaires étrangères (…) a débouché sur de nouveaux projets et productions artistiques ». Mette Newth a caractérisé plusieurs conditions ayant rendu, à ses yeux, possible cette expérience. L’une d’elles, originale, réside dans le « rôle de la Norvège en tant qu’observateur innocent », comme s’il fallait un « tiers regardant » pour que les passions s’expriment dans le respect mutuel des participants en « admettant nécessairement que les droits de l’homme transcendent les traditions culturelles ».

L’art c’est aussi le patrimoine culturel. En respectant celui de l’Autre, en faisant en sorte que l’Autre respecte le mien, la concorde peut s’instaurer plus aisément. Calin Rus33, évoquant la situation particulière et hautement symbolique de la région du Banat en Roumanie, souligne combien les bonnes relations entre l’évêque orthodoxe et le grand nn, sur place, sont essentielles pour créer de bonnes relations entre les communautés orthodoxes et juives. Il rappelle aussi, quant à la dimension patrimoniale, que ce même évêque de l’Eglise orthodoxe, a souhaité restituer intégralement à l’Eglise catholique tous les biens qui lui avaient été confisqués sous le régime communiste. Tous ces actes font du Banat une région qui « n’a jamais connu de conflits interculturels. Au contraire, des relations constructives se sont instaurées entre les différentes communautés qui s’y côtoient depuis trois siècles. (…) Les raisons de cet état de fait n’ont pas encore été analysées en profondeur. Certaines de ces raisons, bien entendu, tiennent aux circonstances de l’histoire. Mais la situation s’explique aussi par la manière dont l’élite intellectuelle, les structures de la société civile et les responsables religieux ont su définir un modus vivendi fondé sur le respect mutuel et la coopération, et devenu un trait distinctif de l’identité régionale ».

2.2. DES PROPOSITIONS

2.2.1 Apprivoiser la mémoire

Nombre de conflits interculturels et inter-religieux trouvent leur origine dans une exacerbation du passé. De ce point de vue, il convient d’échapper à deux écueils : d’une part, l’amnésie collective qui expose les peuples à revivre les tragédies d’hier pour ne pas avoir su tirer de l’histoire les enseignements qui s’imposent et d’autre part, l’obsession mnémotique qui réactualise constamment dans le réel les conflits passés, de générations en générations. C’est ainsi que l’expression « apprivoiser la mémoire » prend tout son sens. Cette attitude prudente à l’égard de la subjectivité de la mémoire individuelle ou collective consiste à ne pas laisser les souvenirs envahir inconsidérément, sauvagement, le temps présent. Elle s’efforce aussi de ne pas instrumentaliser la mémoire en faisant en sorte qu’elle demeure à sa place, à sa juste place (l’oubli n’est non seulement pas souhaitable mais il peut être porteur de violence dès lors qu’il appartient au refoulé et qu’il peut resurgir quand on s’y attend le moins), mais seulement à sa place. Ghislaine Glasson-Deschaumes, forte de son expérience des « Transeuropéennes », évoque la lutte nécessaire contre « la militarisation de la mémoire par un art de la politique comme il a été développé à Tuzla permettant ainsi à la ville d’échapper à la purification ethnique ». Le père Jan Kerkhofs34, réfléchissant lui aussi sur le poids de la mémoire, désigne un principe à respecter : « Il faut impérativement tenir compte du « temps long » quand on veut favoriser le dialogue entre les religions ». A l’appui de cette réflexion, il mentionne le temps de l’histoire chrétienne : « Bien que pendant des siècles, les Eglises chrétiennes ont eu des rapports pénibles, souvent même hostiles, avec le Judaïsme et l’Islam, cette situation a radicalement changé, du moins en principe depuis le Concile de Vatican II (1962 – 1965), avec le décret Nostra Aetate sur les religions non chrétiennes ». Cette évocation de l’événement le plus important dans l’histoire du catholicisme depuis plusieurs siècles est d’ailleurs faite par le père Kerkhofs quarante ans jour pour jour après son ouverture.

Avec Géza Tessényi on aborde un aspect essentiel, évoqué par lui à l’occasion des leçons qu’il tire lui-même de son expérience de Bradford : « Le fait de vouloir ignorer les événements douloureux, récents ou aigus, fait dire à certains que le programme [du séminaire de Yorkshire Dales] était superficiel, à côté de la réalité, qu’il escamotait les problèmes (…) A la veille de la prière inter-confessionnelle d’Assise, le 24 janvier 2002, un Musulman bien connu a dit : “ Où il y a la paix, il n’y a pas de vérité, où il y a la vérité il n’y a pas de paix“. Il venait du Liban après 17 années de guerre civile aussi inutiles que dévastatrices, et 10 années d’une paix négative. Il préférait la paix à la vérité ». Géza Tessényi explique ainsi sa conception d’une maîtrise sensible de la mémoire pour ne pas être prisonnier d’une obsession historique : « Les guerres et les conflits sont menés sur la base d’interprétations différentes de la justice. L’ouverture d’un nouveau débat sur la justice risque de réveiller la guerre. Rien n’est plus dangereux que de rouvrir de vieilles blessures et l’on ne peut être certain qu’au bout du compte, elles seront refermées pour de bon ». On songe en lisant ce texte à un autre document, vieux de quatre cent quatre ans, « L’Edit de Nantes », promulgué en France par le roi Henri IV en 1598 et destiné à mettre un terme à l’un des conflits les plus terribles qu’a connu la France, entré dans l’Histoire sous le nom de « Guerre de Religions ». Cet édit royal, d’une étonnante modernité, contient cette phrase : « Il est établi que tout ce qui s’est passé doit être considéré comme non-advenu et que quiconque y reviendra, de quelque manière que ce soit, se rendra coupable de violence et sera châtié pour cela ».

La mémoire apprivoisée impose aussi de reconstruire ce qui a été détruit, quand cela consiste à restaurer l’honneur d’une communauté ou à réparer le traumatisme manifeste qu’elle a subi de la part d’un autre groupe ayant cherché à éradiquer toute trace non seulement de sa culture mais aussi de son existence en tant que groupe humain. C’est ainsi qu’il faut entendre la proposition de Tzunemaro Otani35 demandant la reconstruction des Bouddhas géants de Bamiyan en Afghanistan : « Je suis gêné que le monde actuel ne considère ces peintures de Bamiyan et ces sculptures seulement que comme des oeuvres d’art. Elles ont été construites dans une perspective dévote et ce n’est pas seulement une question d’art ou de culture, c’est aussi une question religieuse. Elles ont été détruites en tant qu’oeuvres d’art et en tant qu’oeuvres de foi. En reconstruisant Bamiyan, on ferait réapparaître l’existence du Bouddhisme à cet endroit ». Tzunemaro Otani conclut dès lors : « Prenant conscience que ce patrimoine a été construit par le zèle pieux des Afghans anciens, les travaux de restitution engendreraient, je l’espère, un esprit de compréhension et de respect réciproque entre Musulmans et Bouddhistes ».

Apprivoiser la mémoire, c’est enfin retenir de l’histoire des civilisations ce qui en fait l’originalité et la richesse. Sur ce point la réflexion d’Hassan Hanafi est extrêmement signifiante : « Nous sommes tous des Bédouins, au Moyen-Orient certes mais nous en venons tous, pour une bonne part d’entre nous au moins : on va chercher la Grâce en même temps que nous allons puiser l’Eau. Et si on refaisait cela on retrouverait l’ambiance de Cordoue et de Grenade ».

2.2.2. Développer l’éducation

Pour Gabriella Szabo-Pap36, les premières victimes des conflits sont les gens les moins instruits en Europe : « Il convient d’accorder un soin tout particulier à celles et ceux qui sont en situation de double minorité : dans une minorité linguistique et dans une culture religieuse minoritaire. (…) Ceux-là sont les premières victimes des conflits inter-religieux mais parfois aussi les premiers acteurs de ces crimes, par ignorance, parce qu’ils sont illettrés ou semi-illettrés ». Elle propose donc « l’édition d’un manuel de bonnes pratiques, dans des formes peu coûteuses, dans de nombreuses langues européennes, y compris les moins usitées en Europe, pour que se diffusent les expériences positives ». Cette idée est reprise aussitôt par Carolle Von Ins,37 forte de son vécu personnel helvète, qui souligne l’importance du multilinguisme dans la cohabitation des peuples de cultures différentes. Johan Galtung considère, quant à lui, qu’il est absolument nécessaire d’envisager une formation plus sérieuse des journalistes, dans tous les pays. Surpris du traitement médiatique des événements du 11 septembre 2001, il fait cette remarque : « Les journalistes doivent savoir quelles questions doivent être posées au lieu de s’intéresser aux seules manifestations et conséquences de la violence ». Raj Isar a également évoqué cette question importante de la formation des journalistes, médiateurs actifs d’une société : « il conviendrait de mettre au point des modules d’enseignement pour les médias, pour les journalistes, sur les questions de diversité culturelle, par exemple ».

Toujours au chapitre d’une meilleure éducation, Norman Richardson et James Barnett38 ont mis l’accent, chacun à leur manière, sur l’enseignement religieux. Pour le premier, il faut faire impérativement « la distinction entre l’encouragement à la foi et l’enseignement religieux, car l’école publique devrait accorder plus d’importance qu’elle ne le fait à l’éducation aux cultures religieuses. Malheureusement, on confond l’éducation religieuse et l’enseignement de la croyance, alors qu’en réalité il faut créer des “espaces sains“ pour permettre l’appréhension par le plus grand nombre de cultures religieuses différentes ». Pour James Barnett, évoquant le rapport que Régis Debray, philosophe français, a remis au ministre de l’Education nationale de son pays, en 2001, cette initiative est un exemple intéressant à méditer : « sans saper le principe de laïcité, ce rapport cherche à réduire le degré d’ignorance mutuelle, c’est une bonne piste de travail. Une autre consisterait à faire en sorte que le Conseil de l’Europe soit un lieu de rencontre, un cadre “neutralisé“ pour que les leaders des différentes religions en Europe dialoguent entre eux et envisagent les voies d’une diffusion de leurs cultures religieuses respectives, dans le respect des autres ».

« L’éducation à la compassion » dont parle Awraham Soetendorp n’est pas une expression purement rituelle. Elle s’accompagne d’une proposition originale et particulièrement « libérale » : « Je propose que les grandes Ecoles Théologiques, les Séminaires, les différentes Universités confessionnelles ouvrent leurs portes à des élèves d’autres religions et que cela se fasse dans la réciprocité générale ». Ajsa Hadzibegovic39, elle aussi, souhaite que l’on s’adresse aux jeunes plus qu’on ne le fait habituellement et « qu’on prête attention à l’enseignement informel du fait religieux à l’extérieur de l’école pour qu’on entende le mot “éducation“ dans son sens le plus large, intégrant toutes les formes de diffusion de la culture et pas simplement comme synonyme “d’enseignement“ formel ». Ce souci de la jeunesse est partagé par Thérèse Mangot40 : « Je ne fais partie d’aucune religion mais je considère que les religions auraient fort intérêt à dialoguer entre elles, ne serait-ce que pour désenclaver les conflits du seul champ religieux et sortir ça de la tête de nos jeunes. Si seulement les establishments religieux pouvaient faire en sorte de nous défaire des amalgames religieux, cela serait très bien ». Il faudrait pour ce faire que les dialogues favorisés entre les religions, nous dit Olivia Fuchs41, soient aussi ouverts « à des gens qui ne sont pas ouvertement religieux ou qui n’appartiennent pas ouvertement à une religion »

Ce qui compte, pour plusieurs participants au colloque, c’est bien l’éducation pluraliste. Raj Isar plaide fortement pour cette question de l’éducation : « Je propose d’encourager et de développer la critique raisonnée dans les sciences sociales et les “humanités“, avec un soin particulier mis sur la formation à l’enseignement et la révision des corpus de savoir et des manuels scolaires pour qu’ils soient basés sur une “polyphonie“ et non pas une “homophonie“ dans l’exploration des dimensions anthropologiques, culturelles, économiques, politiques, religieuses, scientifiques et sociales de l’Histoire Européenne dans le contexte de l’Histoire mondiale ». Cette proposition est positivement appéciée par Cézar Bîrzea42 qui regrette lui aussi que : « l’enseignement de la religion se fasse toujours dans une conception monoreligieuse alors qu’il conviendrait de privilégier le dialogue sur le monologue et de ne pas s’arrêter au dialogue pour favoriser, in fine, l’interaction ».

On constate aisément que les propositions sur l’éducation se nourrissent d’une démarche commune, celle qui est fondée sur l’encouragement et le développement de la « diversité ».

Défendre et promouvoir la diversité

Dans une contribution spécifique extrêmement dense et structurée, France Lebon43 a défini précisément le concept de diversité et ses différentes déclinaisons. Elle a, en préambule de son propos, indiqué que ce qui est désormais nouveau c’est « le contexte actuel dans lequel [la diversité] prend, en Europe, pour la première fois, sa valeur positive et dynamique ». Selon elle, la pensée européenne s’est construite, aussi bien chez les philosophes grecs que dans la tradition chrétienne, sur une non-reconnaissance de la diversité culturelle : « [cette construction s’est faite] en privilégiant l’unique sur le multiple, l’uni sur le divers, l’universel sur le particulier, l’immobile sur le mobile, l’immuable et l’éternel sur le changement et l’évolution ». Par la suite apparaît, écrit France Lebon, une tension majeure, à partir du XVIIIème siècle, entre le libéralisme politique d’un côté et l’invention de l’Etat-nation de l’autre. D’une part, le libéralisme politique enclin au cosmopolitisme, à l’ouverture de l’espace public, et d’autre part, l’Etat-nation qui deviendra un Etat-social, un Etat-providence mais qui referme l’espace public. Rien d’étonnant alors, selon France Lebon : « qu’aujourd’hui l’émergence de la question de la diversité culturelle soit concomitante de la crise d’un Etat-nation qui s’affaiblit, notamment sous l’emprise du pouvoir des puissances économiques et financières mondialisées e se trouve confrontée à une multiplicité de diversités culturelles ».

Pourtant, il ne saurait être question de tout « culturaliser », le terme de la contribution de France Lebon après avoir souligné la nécessité de comprendre « la diversité de la diversité », de ne pas ignorer la montée en puissance de l’individualisme, d’intégrer l’évolution de la conception de la démocratie et de gérer le vertige né de la mondialisation et de la communication, le montre fort bien : « Les politiques éducatives, sociales, économiques, de santé, de logement, d’emploi sont tout autant que la politique culturelle, concernées par la diversité culturelle des populations et doivent garantir l’accès et l’exercice des droits qui y sont liés. (…) Il faut dénoncer la tendance à culturaliser les problèmes sociaux, économiques. Confondre différences culturelles et difficultés sociales et économiques induit une attitude de stigmatisation sociale. Ce sont les difficultés sociales et économiques qui bien souvent génèrent les fameux “problèmes des étrangers, des immigrés“. Ce n’est donc pas parce que nous valorisons la diversité culturelle que nous devons en faire une valeur surdéterminante à partir de laquelle tout s’explique. Par contre, seule la convergence d’action de toutes ces politiques peut permettre de construire une société véritablement interculturelle ».

Diana Khadem44, dans une métaphore affirmée, rappelle que « le conflit peut être certes interprété comme une absence d’unité, mais invite le Conseil de l’Europe à passer à une vision plus complète, comme celle du corps humain : chaque morceau du puzzle est dès lors indispensable. La diversité est une réalité : il faut la voir comme une sorte de jardin, avec ses différents massifs de fleurs. En aucun cas l’unité d’un jardin ne saurait signifier son uniformité ». Mouna Samir Kamel45, de son côté, intervenant lors du débat final après l’exposé de Vjeran Katunaric46, rapporteur du troisième atelier consacré au « Défi de la diversité culturelle », montre le souci de son organisation en direction de la diversité : « Il faut encourager la diversité d’expression et la diversité culturelle. Le rôle des arts dans la formation d’une identité et dans la création du lien social est essentiel à nos yeux, mais les arts sont aussi un formidable outil pour montrer, magnifier, la diversité des cultures, de la création au sein de cultures différentes les unes des autres ».

Avec Vjeran Katunaric, tirant les leçons des débats, on retiendra l’idée selon laquelle : « La diversité est un défi permanent pour chaque génération, dont chacun doit trouver les contours des formes ». Il lui paraît absolument nécessaire de respecter, dans toute discussion sur la diversité : « une déontologie intellectuelle, une éthique interculturelle, car il faut également un cadre civilisé pour le désaccord, il faut aussi apprendre à vivre avec le désaccord ».

Construire des structures et utiliser des symbôles

Necil Nedimoğlu, avec humour, n’a pas manqué de montrer les limites des structures lourdes au point qu’elles sont, parfois, monstrueuses : « A propos de la création de “Comités” en tous genres… C‘est bien, mais connaissez-vous la différence entre un cheval et un chameau ? La réponse est simple : le chameau est un cheval qui a été créé par un Comité ». A cette prudence près, on retiendra la proposition de Awraham Soetendorp consistant à créer une « table-ronde permanente » qui serait chargée de suivre toutes les manifestations, de recenser toutes les initiatives en matière de dialogue interculturel et inter-religieux de sorte que ce qui se fait soit connu, que l’information circule. D’autres, dont Bruno Etienne ont rejoint cette proposition, même si ce dernier a plaidé pour que cette « table-ronde permanente » bénéficie d’un fort « audimêtre », autrement dit que ses travaux soient largement médiatisés. Parallèlement à cette « table-ronde », Awraham Soetendorp propose également une deuxième structure institutionnelle : un « Conseil des dirigeants spirituels pour l’Europe ».

La dimension symbolique est fondamentale, dès lors qu’il est question de religion, peut-être, en regroupant plusieurs propositions, celle d’un pèlerinage commun sur les lieux qui ont une signification sacrée pour l’une des traditions spirituelles (Awraham Soetendorp) avec celle d’une redécouverte de « l’esprit de Cordoue » (Hassan Hanafi) pourrait-on soumettre au débat une autre idée. Il s’agirait de mettre sur pied chaque année une grande manifestation médiatisée, organisée par le Conseil de l’Europe, mettant en présence tous les savoirs, à Cordoue ou à Grenade, lieux hautement symboliques de la rencontre entre les religions, en Europe, au cours de l’histoire. Cette rencontre annuelle, sur plusieurs jours, faite de conférences et de débats, mêlant intellectuels et universitaires et « praticiens sociaux » (acteurs politiques, militants associatifs, journalistes, etc.), permettrait de montrer combien le progrès humain doit autant au Judaïsme (Maïmounide) qu’à l’Islam (Averroès, Avicenne), au Christianisme qu’à l’esprit des Lumières, aux civilisations extrême-orientales qu’à l’Amérique pré-colombienne ou aux « Arts premiers » africains par exemple. Elle ne se contenterait pas de regarder en arrière, elle se donnerait pour objectif d’explorer les pistes d’un développement durable du dialogue interculturel et inter-religieux, dans le futur. Elle deviendrait, à terme, un « Forum des Cultures » au sens le plus large du mot « culture » (philosophie, sciences, techniques, art, identités, coutumes, modes de vie, croyances, etc.).

Cette manifestation se ferait dans un « esprit de laïcité », c’est-à-dire de tolérance. Car, comme le dit Mickael Ben David47, « il ne faut pas opposer la laïcité au religieux, la laïcité est un espace où peut s’exprimer la religion », d’autant plus, ajouterait-on avec Soheib El Hocine Bencheikh que « c’est grâce à la laïcité que les adversaires d’hier peuvent se retrouver. La laïcité doit libérer les religions de toute utilisation politique, tout simplement parce qu’elle a renvoyé les religions à leur statut initial : celui d’une prière adressée à un Dieu et d’un lien entre les hommes, avec ferveur, pas sous la menace du bras séculier d’une loi ».

L’objectif est bien, pour reprendre les propos du Secrétaire Général du Conseil de l’Europe, à l’ouverture de ce colloque d’experts, faisant allusion à « La culture au coeur », de mettre la culture au centre de la gouvernance mais aussi de concevoir la culture comme une chance de développement, d’échanges et de paix et non une arme utilisant la propagande, la haine et le désir de destruction de l’Autre tout simplement parce qu’il est Autre.

Jean PETAUX
Docteur-Habilité à diriger
des recherches en Science Politique
SCIENCES PO BORDEAUX
26 octobre 2002

Réflexions du Rapporteur général48

Necil Nedimoğlu

Le Conseil de l'Europe a organisé un colloque d'experts sur «Le dialogue au service de la communication interculturelle et inter-religieuse» qui s’est tenu à Strasbourg du 7 au 9 octobre 2002.

Le colloque, organisé avec le soutien de la Japan Foundation et de la Fondation Européenne de la Culture, a réuni plus de 150 experts: représentants des principales religions, chercheurs, femmes et hommes experts en la matière, ambassadeurs, membres du Comité directeur de la culture et représentants d'autres domaines d'activités du Conseil de l'Europe. Des délégations de l'Organisation de la conférence islamique et de la Ligue des Etats arabes sont venues se joindre aux participants de toute l’Europe, du Japon, du Canada, des Etats-Unis, du Maroc et de l'Egypte.

I. Le dialogue au service de la communication interculturelle et inter-religieuse a acquis un certain caractère d'urgence et a été quelque peu catapulté sur le devant de la scène mondiale après la tragédie du 11 septembre 2001.

Le problème global auquel nous avons désormais à faire face, résumé par Son Altesse Royale le prince Hasan bin Tallal de Jordanie, est le suivant:

Le nouveau millénaire fait écho aux cris familiers de haine, de colère et de violence. Ma plus grande crainte est que si nous continuons à recourir à la force et au pouvoir comme moyens de dissuasion, nous nous trouverons en fin de compte dans l'incapacité de désarmer la violence. Nous devons nous montrer plus réceptifs au concept de conséquences: conséquences de la pauvreté, de l'analphabétisme, de l'oppression, de l'absence de perspectives d’avenir, du désespoir et de la colère, qui peuvent toutes conduire à envisager le recours à la violence.

Si le monde ne peut dépasser le stade du nouveau 'tribalisme' de la 'régionalité' ou de l'unilatéralisme qui s'est développé rapidement au cours de la dernière année, nous aurons à faire face à un avenir très incertain. Toutefois, si nous pouvons parvenir à la standardisation par le biais d'un dialogue sur les valeurs universelles et définir un code de conduite éthique, nous pourrons peut-être grâce à la solidarité garantir la sécurité, sauvegarde de la dignité humaine et réponse aux besoins humains, en purgeant la société des faux besoins d'individus qui cherchent à nous terroriser.

Nous devons donc apprendre à travailler ensemble, en prenant conscience de notre but commun.

Selon certains travaux universitaires, il existe dans le monde «près de 10.000 cultures, nombre légèrement supérieur aux quelque 6.000 langues recensées». Pour reprendre le discours prononcé par le Prof. M. Mlaitza de Bucarest (Roumanie) dans le cadre de la Conférence annuelle 2002 du Club de Rome qui s'est tenue à Ankara (Turquie) en octobre 2002:

L'écart entre le nombre des cultures (10.000) et celui des Etats (seulement 200) nous amène à l'idée, guère prisée dans certains pays, que tous les Etats sans exception sont multiculturels. (…)

Remarque fondamentale, les cultures ne sont pas intégratives. Vous ne pouvez fondre les langues, les coutumes, les identités humaines ou les convictions religieuses. Dans le cadre du processus européen d'intégration, qui s'étend largement aux domaines social et économique, il n'existe qu'une seule clause relative aux cultures: l'exigence qu'elles soient connues, respectées et ouvertes au dialogue.
Il est également devenu impératif, dans le monde actuel, d'accroître l'interaction des sociétés, indépendamment des cultures auxquelles elles appartiennent. Cette approche multiplierait les possibilités d'explorer le domaine de la prévention des conflits et la pratique de la négociation.

Outre le dialogue, l'interaction cultive la solidarité humaine et se solde par une nette amélioration des conditions de vie; elle a également un effet immédiat sur l’affermissement de la démocratie, le respect des droits de l’Homme et le renforcement de la solidarité entre tous.

II. Ceci nous amène à nous demander pourquoi le Conseil de l'Europe doit être à l’origine de ce dialogue. La première question est la suivante : pourquoi le colloque est-il une initiative du Conseil de l'Europe et où s'inscrit-il dans l'effort global vers ce que les Nations Unies ont intitulé «dialogue entre les civilisations»?

En premier lieu, le dialogue présuppose la reconnaissance de la dignité égale de tous les êtres humains et du devoir de respecter les Droits de l’Homme, tels que consacrés par la Déclaration universelle et, en ce qui concerne l'Europe élargie, par la Convention européenne des droits de l'Homme.

Comme il n'est pas de paix sans droits de l’Homme, il ne peut y avoir dialogue véritable sans droits de l’Homme, leur meilleure sauvegarde étant l'engagement en faveur de la démocratie et de l'Etat de droit. La mise en avant de ces valeurs fondamentales dans un contexte de responsabilité collective est la mission essentielle du Conseil de l'Europe dans une Europe qui comptera bientôt 45 pays membres et 800 millions de personnes.

En second lieu, il est nécessaire de s’appuyer sur l'histoire la plus récente, notamment en Europe du Sud-Est : le dialogue interculturel, incluant la dimension religieuse, a été un facteur clé tant dans la prévention du conflit et la réconciliation post-conflit que dans la construction de la nation.

La diversité constitue un atout formidable, si tant est qu'elle puisse s'épanouir dans le partage de valeurs et de buts communs. Cependant, il nous faut reconnaître que les efforts visant à préparer les citoyens de l'Europe à la diversité et à l'ouverture ne sont pas suffisants: les Européens doivent prendre conscience de la diversité, y compris de la diversité religieuse, et être éduqués pour devenir des citoyens matures, ouverts au dialogue et enclins aux compromis.

En troisième lieu, il convient de contribuer à mettre en place un processus permettant un enrichissement constant des connaissances et débouchant sur des conclusions très pratiques.

L'espace social, culturel et économique européen, qui abrite déjà des personnes de cultures très diverses, peut et doit servir de «laboratoire» multinational du dialogue interculturel. Les relations interculturelles au sein de l'Europe elle-même illustrent en effet à la fois les enjeux et leurs solutions éventuelles.

Avec sa tradition judéo-chrétienne-islamique, l'Europe est la plate-forme idéale pour aborder la question du dialogue inter-religieux et interculturel et de la prévention des conflits.

Nous avons besoin pour ce faire de méthodologies innovantes, ainsi que d'une approche plus inclusive et intégrative et le choix du Conseil de l'Europe s'impose pour ouvrir la voie à la communication interculturelle et inter-religieuse.

Par conséquent, le dialogue doit:

être un processus permanent,
rapprocher les femmes et les hommes des différentes générations,
avoir lieu à tous les niveaux (national, régional et surtout local),
ne pas se restreindre à un dialogue entre religions ou cultures, mais aborder les problèmes qui les séparent.

III. Passons désormais à la manière de concrétiser ce projet et à la méthode pour laquelle opter.

Sur un plan pratique, quatre éléments principaux se sont dégagés au cours des débats: le rôle de la culture, le terme culture étant ici utilisé dans son acception quotidienne et non dans son sens socio-anthropologique; le rôle de l'enseignement; les médias et, dernier élément mais non le moindre, le rôle et les responsabilités du Conseil de l'Europe.

Les débats ont permis de dégager une orientation pour d’autres actions dans le domaine de la communication interculturelle et inter-religieuse au sein du Conseil de l'Europe, à savoir la publication d'un manuel de bonnes pratiques et l'élaboration de lignes directrices destinées aux responsables politiques à tous les niveaux de la société civile par des acteurs du domaine culturel. Ces derniers incluent des écrivains, des artistes, des réalisateurs, des artistes-interprètes, des médiateurs, des universitaires, des dirigeants culturels et les personnels des centres culturels.

Les méthodes peuvent être classées en trois dimensions: a. la dimension culturelle, qui inclut la dimension éducative, b. la dimension sociale, c. la dimension information et communication. Les «points» suivants doivent être considérés comme des directions dans lesquelles un programme d'action pourrait être conçu.

A. La dimension culturelle dans le secteur éducatif

Les orateurs du colloque ont souligné l'incidence d'un «enseignement humain» insistant sur les compétences interculturelles et l'importance d'un enseignement officiel expliquant et analysant les différences ; ils ont également rappelé que l'enseignement de la paix devait être inscrit au programme et ont mis l’accent sur la nécessité de l’enseignement non formel. Ils se sont fait un point d'honneur de souligner que les écoles devaient bénéficier des ressources adéquates, à l’image de celles accordées aux écoles militaires et de police, de chercher à les sensibiliser et, enfin et surtout, ils ont réaffirmé la nécessité d’une éducation tout au long de la vie.
Certaines orientations en ce sens ont été mises en lumière:

Encourager et développer la coopération entre les domaines culturel et éducatif afin d'encourager un raisonnement critique dans les études littéraires et les sciences sociales en plaçant l’accent sur la formation des enseignants et le remaniement des programmes et manuels qui se basent sur une exploration «polyphonique» par opposition à «homophonique» des dimensions anthropologiques, culturelles, économiques, politiques, religieuses, scientifiques et sociales de l'histoire européenne dans le cadre de l'histoire mondiale ;

Soutenir toutes les initiatives possibles dans un large éventail d'institutions culturelles et éducatives qui préconisent une connaissance et une compréhension réelles de la variété culturelle. A cet égard, il apparaît particulièrement important de situer les traditions religieuses dans le contexte plus large des traditions culturelles et de veiller à une participation active des tenants de chaque tradition culturelle pour qu’ils jouent un rôle actif dans l'effort pédagogique ;

Encourager les rencontres et débats publics sur la diversité et la différence culturelles dans des lieux culturels entre étudiants, parents, enseignants et fonctionnaires localement élus, ainsi que la participation de représentants des diverses communautés culturelles ;

Favoriser la coopération entre le secteur culturel et les réseaux universitaires et communautaires de manière à stimuler le débat public sur des thèmes tels que la démocratie, les droits de l’Homme, l'égalité des sexes, la laïcité et l'identité religieuse et à faciliter des recherches comparatives sur les langues et les cultures axées sur des schémas et modèles hybrides naissants ;

L'approche culturelle dans le secteur social

Soutenir la formation des journalistes et la diffusion de l'information à tous les niveaux afin de favoriser une prise de conscience de la diversité culturelle dans la société et le domaine de l'information et de la communication ;

Encourager les partenariats axés sur les acteurs de la société civile par le biais de programmes-cadres qui visent à réduire les inégalités sociales, à stimuler l'emploi et à lutter contre le repli identitaire des communautés immigrantes, en se concentrant sur les femmes et les jeunes ;

Donner aux cultures immigrantes un lieu pour s'exprimer au-delà de leurs cercles fermés et chercher les moyens de faire entendre leur voix dans des mouvements contemporains créatifs ;

Créer des plates-formes de rencontre dans divers sites dotés d'une importance symbolique pour différents groupes culturels et faire la promotion d'événements basés sur les principes du dialogue interculturel qui ne dépendent pas du seul jeu du marché ;

Offrir aux groupes culturels minoritaires des infrastructures destinées à la création artistique qui soient technologiquement complètement équipées ;

Encourager la création d'une gamme de services basés sur le traditionnel savoir-faire de cultures non européennes dans des domaines tels que les soins de santé (concernant en particulier les enfants et les personnes âgées) et la transmission de différentes formes d'expression culturelle ;

C. La contribution culturelle à la dimension information et communication

Dans le domaine de la culture, il est difficile d'établir une liste des interactions et des projets possibles, mais deux domaines de travail importants doivent être mis en exergue pour relier les réseaux existants, renforcer le rôle des chefs spirituels et trouver des moyens pour qu'ils communiquent et coopèrent de manière régulière.

Le secteur culturel doit en particulier:

Encourager la diffusion d’informations précises sur tous les acteurs engagés dans le dialogue interculturel, notamment en permettant aux universités et écoles de journalisme de développer des modules d'enseignement sur la diversité culturelle ;

Organiser des séminaires pour les journalistes sur les questions culturelles majeures, dont des thèmes controversés, qui explorent les sensibilités des différents groupes culturels ;

Préconiser le débat sur ce type de thèmes dans les médias, notamment au niveau des radios et télévisions locales ;

Prévoir des équipements offrant à tous les groupes culturels des technologies et outils de communication leur permettant de s'exprimer ;

Favoriser la diffusion au niveau local d'informations qui fassent l'apologie de la diversité culturelle et, partant, des valeurs pluralistes et qui partagent les leçons et conclusions tirées des différentes initiatives en matière de dialogue.

IV. Pour finir, parlons du rôle et des travaux à venir du Conseil de l'Europe. Eu égard au nombre de ses membres et des 800 millions d’Européens qui y sont représentés, le Conseil de l’Europe constitue la plate-forme européenne idéale. Pour commencer, le Conseil de l'Europe doit être le lieu où procéder à une analyse rationnelle des conflits religieux, culturels, sociaux et économiques. Le Conseil ne doit pas se borner à jouer le rôle d’un organisme de contrôle ; ce doit être une institution collectant et diffusant des informations pertinentes à l’intention de tous. Nous soulignons ici le mot tous.

La réunion a permis de montrer qu’au niveau régional et multilatéral, et dans les différentes strates du grand public, de nombreux projets, activités, publications, etc. s'efforcent de nouer un authentique dialogue inter-religieux et interculturel. En parallèle, la même réunion a montré que les experts et universitaires qui oeuvrent en ce domaine n’ont eux-mêmes, parfois pas conscience des activités similaires et parfois mobilisatrices qui s’organisent dans d'autres lieux sous des formes différentes.

Ceci nous amène à constater que l'information est essentielle et qu’il est pratique, économique et même impératif de la collecter et de la diffuser par l’intermédiaire d'un centre et d'une base uniques.

Cette information a du sens si elle est disponible et transmise à l’ensemble du public dans de nombreuses langues et à divers degrés de sophistication. Le Conseil de l'Europe doit assumer un rôle dans tous les domaines, à savoir la culture, l'éducation et les médias.

Ceci nécessite de rassembler et gérer les données en permanence. Le Conseil de l'Europe doit faire le lien avec les réseaux actuels. Son rôle d’organisme de contrôle doit être élargi; il doit participer plus activement à l’élaboration des lignes directrices et recenser les nouveaux domaines d’activité.

Le Conseil de l'Europe doit mettre en place une Table Ronde Permanente qui soit un instrument souple et de grande portée.

En résumé, il faut tirer parti des réunions des ministres de la Culture de 2003 pour confier au Conseil de l'Europe le mandat approprié et lui fournir les moyens de devenir la principale plate-forme du dialogue interculturel et inter-religieux en Europe.

Séance de travail 1 - Conflit culturel : quelle acception ?

Conclusions par Vera Boltho49, Rainer Nolte50 et Géza Tessényi51

Si le titre général du colloque était clairement empreint d’optimisme (dialogue, service, communication), ce n’était pas le cas de cette séance de travail, consacrée à la signification du conflit culturel. Il n’est donc pas surprenant qu’une grande diversité de points de vue et d’opinions, souvent contradictoires, se soient exprimés lors du débat. Le présent compte rendu est articulé autour des cinq grands thèmes traités au cours de la discussion :

Le langage du conflit
Origines perçues du conflit : perspectives mondiales et culture profonde
Règlement des conflits
Les agents du règlement des conflits
Propositions/meilleures pratiques et points d’accord

* * *

1. Importance des mots employés pour expliquer le conflit

Alors que la plupart des orateurs et des participants employaient le terme conflit dans un sens généralement négatif, c’est-à-dire comme désignant une situation dont il faut éviter l’apparition ou à laquelle il est nécessaire de remédier, Johan Galtung, dans son exposé introductif, a souligné que « le conflit est un phénomène humain complexe qu’il ne faut en aucun cas confondre avec la violence ». C’est la violence que l’on doit prévenir, pas les conflits. A confondre conflit et violence, des incompatibilités d’objectifs fondamentales, voire fatales, risquent de passer inaperçues avant le premier acte de violence ; dans ce cas, aucune mesure ne sera prise avant que le « trouble » ne s’installe. D’autre part, lorsque la violence disparaît, la « paix » est bien souvent déclarée, ce qui équivaut à confondre une situation complexe avec un cessez-le-feu qui n’est ni une paix ni une guerre. Les gouvernements et le Conseil de sécurité de l’ONU ont tendance à tomber dans ce piège.

Une autre distinction a été faite, pendant cette séance, entre les aspects négatifs et positifs du conflit. Du côté négatif, le terme suggère les conflits armés ou violents et tout ce qu’ils impliquent : destruction de l’autre, désir de revanche, mise en place des conditions d’une « victoire » et d’une « défaite », concept de gagnant et de perdant, notion de culpabilité et de responsabilité. (Certains participants ont parlé à ce propos d’une « culture de juristes ». D’autres s’inscrivaient en faux contre cette façon de voir, car c’est la « culture de juristes », autrement dit l’Etat de droit, qui crée l’infrastructure normative et opérationnelle rendant possible le règlement non violent des conflits individuels, sociaux et internationaux). Le côté du conflit perçu comme positif est la « créativité », espace où le yin et le yang s’expriment à travers l’unité dans les différences et les similitudes (Cassandre et Pollyana). On pense ici à un autre concept, celui d’unité dans la diversité.

Le titre de la séance, conflit culturel : quelle acception ?, a également donné matière à débat (débat que nous évoquerons de nouveau plus bas, à propos des origines du conflit : la culture).

La tentation existe, en particulier dans le monde de l’après-11 septembre, de voir dans le nouveau conflit mondial un choc des cultures ou, selon les termes de Huntington, un choc des civilisations (et une réorganisation de l’ordre mondial). Ghislaine Glasson-Deschaumes a invité les participants à manier l’expression « conflit culturel » avec précaution. « Lorsque nous parlons de conflits culturels, ne faisons-nous pas plutôt référence à des conflits politiques qui s’appuient au référent culturel pour défendre des projets de conquête (du pouvoir, du territoire, etc.) ? La valorisation du “conflit culturel” n’est-elle pas un piège où nous tombons d’autant plus aisément que nous pensons la culture comme un contenu identique à lui-même, fondamentalement homogène, une illusion de pureté ?… La notion de conflit culturel n’est-elle pas ce que nous devons craindre le plus au monde, parce qu’avec elle vient le fantasme de l’éradication de l’autre ?… Peut-on proposer une alternative de travail, et parler de différend entre les cultures, au sein de chaque culture, et accepte-t-on de formuler la question de la négociation des différends ? » Ray Mullan, lui aussi, a tenu à souligner que « la culture est souvent dénaturée et détournée à des fins politiques ». A l’inverse, pour Johan Galtung, c’est une erreur de soutenir que la culture servirait à masquer des intérêts politiques, économiques et militaires.

2. Les origines perçues du conflit : perspectives mondiales et culture profonde

Certains participants ont rappelé que la religion est souvent considérée comme étant la source du conflit. A cet égard, la distinction a été faite entre une tendance religieuse modérée et une tendance dure. Celle-ci prend souvent la forme du fondamentalisme, un phénomène qui ne se manifeste pas seulement aujourd’hui de manière particulièrement dramatique, mais qui a existé de tout temps et dans toutes les religions. Nul n’est donc à l’abri du fondamentalisme, lequel est particulièrement virulent là où existe un complexe paranoïaque de persécution et/ou de supériorité. Certains estimaient que c’était le cas des trois grandes religions monothéistes. La racine du conflit est souvent le dualisme – un mot entendu à maintes reprises au cours du débat. L’une des faces de ce dualisme est le fondamentalisme, l’autre est l’expansion monopolistique des marchés, ou mondialisation. La mondialisation, a-t-on fait observer, est ressentie par ceux qui sont du côté des perdants comme un mouvement « impérialiste » à sens unique. Un point intéressant a été relevé, à savoir que les personnes et institutions religieuses minimisent généralement le rôle de la religion dans les conflits violents, alors que les acteurs laïques tendent à exagérer son influence.

L’ignorance apparaît comme une source fréquente de conflit culturel, face à d’autres traditions, d’autres modes de vie. Rusmir Mahmutcehajic a souligné la nécessité d’intégrer la dimension religieuse, c’est-à-dire à la fois la présence et l’étendue actuelle des religions et leurs perspectives dans le monde moderne. La méconnaissance d’autrui engendre la peur, l’intolérance et la haine.

A la racine des conflits, on trouve très souvent des stéréotypes – un autre mot fréquemment prononcé. Les victimes de conflit sont elles aussi sujettes à des stéréotypes, et cela de manière d’autant plus probable ou fréquente qu’une civilisation – c’est le cas de l’Islam, a-t-il été souligné – est très fortement imprégnée de religion. Il a également été dit que l’Occident est moins marqué par une religion unique ; les religions y sont plus nombreuses et la séparation plus nette entre la sphère publique et la sphère privée, la religion étant considérée comme relevant de la seconde. Dans un conflit, on entre dès lors plus aisément dans le rôle de la victime lorsqu’il existe des stéréotypes forts. Il n’a pas été fait de distinction entre les éléments modérés et les éléments extrémistes de l’Islam. Dans le conflit actuel, la victime de la guerre annoncée, le monde islamique, se sent en marge, menacé d’éclatement. Le monde musulman (bien qu’il soit loin d’être une entité monolithique) se voit presque comme la victime désignée. Selon certains, la civilisation occidentale et l’Islam se trouvent en décalage chronologique, la première ayant atteint la fin des temps modernes et le second la fin de sa Renaissance.

Hassan Hanafi, l’autre principal intervenant de cette séance, voit l’origine du conflit actuel, au niveau mondial et dans une perspective véritablement planétaire, dans la dichotomie entre le centre et la périphérie, entre « l’Islam et l’Occident (l’Ouest et le reste du monde) ». L’Islam étant la principale religion de la périphérie, il joue le rôle d’instrument de protestation. Hassan Hanafi a dressé une liste des images stéréotypées que les Occidentaux se font de l’Islam et les Musulmans de l’Occident. De son point de vue, les conflits matériels tirent leurs racines, et sont porteurs, de conflits idéologiques. Constantin Von Barloewen a rappelé que nous devons « comprendre véritablement la logique des modes de pensée et d’action des cultures de notre monde pour conduire la politique et l’économie d’une manière responsable. L’être humain n’est pas seulement le ressortissant d’un Etat, il appartient surtout et avant tout à une culture et à une religion. »

Parmi les causes des conflits, les disparités dans le respect des droits de l’homme ainsi que la moindre reconnaissance des droits collectifs par rapport aux droits humains individuels ont également été évoquées. Dans les situations de conflit, les normes appliquées ne sont pas les mêmes en Occident et ailleurs. Un participant était d’avis que si et quand il existe un lien fort entre religions et minorités comme dans le cas des communautés immigrées, des conflits peuvent apparaître au microniveau. Peu de participants partageaient ce point de vue.

La question a naturellement été posée : la culture est-elle à l’origine des conflits ? Plusieurs participants ont écarté cette possibilité : « la culture n’est pas à l’origine des conflits » ; « les conflits sont politiques et maquillés en conflits culturels » ; « la culture est détournée, utilisée de manière abusive au service d’autres fins ». Johan Galtung a distingué une culture de surface et une culture profonde. La culture profonde peut être détectée dans le non-dit, elle se cache sous ou derrière une surface culturelle. « Les cultures profondes sont bien évidemment hypothétiques, comme la personnalité profonde des individus. Le test de leur validité réside dans leur potentiel prédictif/explicatif. Si nous pouvons établir le profil de la culture profonde d’une nation et prédire avec précision les comportements en cas de conflit, alors nous sommes en possession d’une clé. » En effet, il serait alors possible de prévoir les conflits, à supposer que les nations aient une culture monolithique (profonde ou de surface) et que nous soyons capables de prédire avec précision les comportements dans une société. Ces deux hypothèses nécessitent d’être vérifiées avant que nous sentions la « clé » dans notre poche. Johan Galtung a néanmoins présenté une étude de cas dans son analyse sur Repenser le conflit : l’approche culturelle

Ray Mullan a attiré l’attention sur les antagonismes entre identités culturelles nationales en s’appuyant sur le cas de l’Irlande du Nord. « Le conflit politique entre le nationalisme irlandais et l’unionisme de l’Ulster est le reflet d’un désaccord historique entre les communautés sur l’identité culturelle, entre l’« irlandité » (Irishness) et la « britannité » (Britishness)… Les différences culturelles dites traditionnelles entre « protestants » et « catholiques » d’Irlande du Nord méconnaissent le fait qu’il y a toujours eu une interaction et un enrichissement mutuel entre les deux cultures. »

3. Mécanismes et moyens de prévention ou de règlement des conflits

Selim Beslagic et Calin Rus ont montré, à partir d’expériences locales en Europe du Sud-Est, comment des communautés locales ou régionales sont parvenues à éviter des conflits violents et à maintenir leurs traditions multiculturelles pacifiques au beau milieu des conflits ethniques sanglants des années 90. L’exemple de la ville de Tuzla illustre l’importance de relations interconfessionnelles et interculturelles constamment entretenues, d’une solidarité et d’une confiance mutuelle entre les différents groupes et institutions ethniques. La paix qui règne dans la région de Banat est le fruit des efforts déployés sans relâche par l’élite intellectuelle locale, les acteurs de la société civile et les responsables religieux en faveur d’une coexistence pacifique.

Qu’il s’agisse de prévention ou de résolution, le dialogue est le maître-mot : le dialogue interculturel et inter-religieux. Du point de vue du Secrétariat, les deux vont de pair, le champ du dialogue interculturel étant probablement plus large. Le dialogue, tout comme le conflit, peut être positif ou négatif. Il est positif quand les différents interlocuteurs s’expriment, quand ils écoutent – la proportion recommandée est de 90 % d’écoute et 10 % de parole – quand ils sont capables de respecter et capables de tolérer. Ce dernier mot – tolérance – a aussi deux connotations, l’une positive, l’autre négative. La tolérance peut être le strict minimum requis et un mot trop faible, une attitude trop faible, une approche trop faible, alors que pour d’autres la tolérance est le début de la compréhension mutuelle. Bien souvent, le dialogue ramène au statu quo, ce que l’un des interlocuteurs peut percevoir comme injuste ou oppressif, une situation qu’il faut changer. Les parties au dialogue ont très rarement le même poids ; le plus puissant et le plus riche est en position de force. Mais à long terme, même le plus fort n’a pas intérêt à imposer sa position, car la paix ainsi obtenue ne sera pas durable. Un changement de perspective et une inversion des rôles permettent une meilleure appréciation de la position de l’autre.

Il a peu été question, durant la séance, de la différence entre multiculturel et interculturel. Toutefois, il a été noté à propos de l’« interculturalisme » que celui-ci n’est pas inné, qu’il faut l’acquérir – par exemple en lisant la littérature d’autres cultures – et qu’il n’est que l’une des compétences entrant en jeu dans le règlement des conflits. Un autre élément (indispensable) est l’éducation à la paix. Le compromis, forme largement admise de résolution des conflits, a ses limites, car il fait souvent l’impasse sur une étape de clarification consistant à prendre conscience des contradictions fondamentales qui existent entre les cultures. Transcender les contradictions et transcender le conflit serait la pierre angulaire du développement d’une « culture du règlement pacifique des conflits ».

Une approche intéressante, sur laquelle il vaut la peine de s’étendre dans ce compte rendu, nous vient de Hawaï. Il s’agit de la tradition polynésienne du ho’o pono pono, méthode d’« arrangement » des conflits décrite par Johan Galtung dans son analyse. Cette approche met davantage l’accent sur la justice réparatrice que sur la justice punitive à laquelle les Occidentaux sont habitués. Voici les considérations sur lesquelles elle se fonde :

[1] L’acte « mauvais/négatif » commis est mauvais non seulement au plan de ses effets sur la victime, mais aussi dans ce qu’il révèle au sujet de la communauté dans son ensemble.
[2] Il n’y a pas que la victime à réhabiliter, mais aussi toute la communauté. Si la communauté avait été saine, le délit n’aurait pas été commis.
[3] Le problème, dans la communauté, ne réside généralement pas dans les mauvaises actions perpétrées, mais dans l’absence de bonnes actions – dans les omissions.
[4] Chacun, au sein de la communauté, partage la responsabilité collective.
[5] Le coupable doit porter la charge de son acte, mais la perspective est de le réhabiliter et de le ramener à la communauté, et non pas de l’en détacher.
[6] Il faut des actes de restitution et des excuses pour la victime; à la fois pour les mauvaises actions commises et pour les bonnes actions omises.
[7] L’auteur du délit n’est pas perçu (de façon inhérente) comme « mauvais »; son délit est rejeté, mais l’auteur est accepté (tout en étant surveillé).

L’exemple choisi par Johan Galtung pour illustrer cette approche était celui d’un jeune Hawaïen qui avait volé dix dollars chez un homme riche, mais la gageure consiste à transposer les considérations ci-dessus au niveau international et d’imaginer la communauté internationale dans l’esprit de la Charte des Nations Unies comme une communauté véritable, au lieu d’une communauté qui n’en a que le nom, un concept purement rhétorique.

Une autre gageure, peut-être encore plus difficile, dans le monde de l’après-11septembre, est de réfléchir à la façon dont cette communauté internationale pourrait venir à bout des conflits quand les principaux protagonistes ne sont plus seulement des Etats souverains et des organisations intergouvernementales, mais aussi des acteurs privés – société civile (locale et mondiale), entreprises multinationales, réseaux terroristes internationaux privés bénéficiant de certains soutiens étatiques. Est-ce l’amorce d’une nouvelle communauté internationale (exception faite des terroristes ? quelqu’un pourrait-il définir ce qu’est un terroriste ?) ; ou est-ce un chaos de conflits d’intérêts planétaires dans lequel l’ONU des gouvernements est appelée à jouer un rôle de moins en moins important dans le règlement des conflits et des différends ? Pouvons-nous employer la méthode du ho’o pono pono pour rétablir la paix et mettre un peu d’ordre dans cette communauté précaire, qui ne va pas vraiment de soi ?

4. Agents et acteurs du règlement des conflits

Il existe des millions d’autres voies que l’« affrontement dualiste » pour parvenir au dialogue, a-t-il été souligné. De nombreux exemples de réconciliation ont été cités ; le processus a parfois pris des années, parfois des siècles.

Le rôle incombant, dans la prévention et le règlement des conflits violents, aux responsables politiques, aux chefs religieux et aux « esprits créatifs » – par exemple des professionnels imaginatifs ayant le don de trouver des solutions inédites aux situations de conflit – a été mis en lumière. La société civile apparaît dans ce contexte comme un nouvel acteur, offrant de puissantes possibilités.

Le mot créativité est souvent revenu dans la discussion. Certains estimaient que le dialogue entre les principaux protagonistes du conflit pouvait déboucher sur des compromis. Néanmoins, d’autres participants considéraient qu’il ne s’agit pas d’une solution créative, car il y a de fortes chances que le compromis ainsi obtenu laisse tout le monde insatisfait.

Certains pensaient que le dialogue entre diplomates n’est guère utile, car ceux-ci sont habiles en ce qui concerne le procédé, mais pas nécessairement le contenu. Il est bon d’adjoindre aux diplomates des spécialistes du dialogue. Deux observations de nature à provoquer le débat n’ont pourtant guère rencontré d’écho. Peut-on employer des mesures non démocratiques pour mettre fin aux agissements des responsables politiques criminels ? Et, remarque qui pourrait être en partie liée à la première, « la tolérance de l’intolérance est de l’intolérance ».

Le dernier agent de la résolution et de la prévention des conflits violents, peut-être l’un des plus importants comme le montre l’exemple de Tuzla, repose, d’après certains, dans la population locale, les citoyens ordinaires, les membres des différentes communautés vivant au voisinage les unes des autres. La compétence acquise en matière de dialogue interculturel et de construction de la paix grâce à la participation et à l’appropriation par les premiers intéressés pourrait être le plus grand espoir de parvenir à des solutions justes et par conséquent durables.

5. Propositions/meilleures pratiques et points d’accord

Que cela ait été affirmé expressément ou sous-entendu, il apparaît que le Conseil de l’Europe, du fait de sa composition large et diversifiée et de son ouverture à un grand nombre de cultures, est probablement la meilleure plateforme en Europe pour poursuivre cette action.

Il faut construire des ponts interculturels. A cet effet, l’éducation a un rôle important à jouer, qu’il s’agisse de l’enseignement scolaire et universitaire ordinaire, de l’enseignement non formel ou de l’éducation des adultes. Mais les ponts doivent aussi être culturels : l’art, le théâtre, la littérature et les langues offrent à cet égard d’immenses possibilités. Une proposition concrète porte sur le recours à la littérature pour améliorer la connaissance de l’altérité et un forum pourrait être créé en vue d’un rapprochement favorisant une meilleure connaissance mutuelle.

Il a par ailleurs été proposé de créer une table ronde permanente au Conseil de l’Europe pour donner suite à ce colloque, d’établir un catalogue des meilleures pratiques et – idée originale – de rédiger une déclaration sur les moyens d’empêcher les hommes politiques de faire un usage abusif de la culture et de diviser les communautés à des fins politiques.

Des systèmes d’alerte précoce devraient être mis en place pour prévenir les conflits dans les endroits où des tensions commencent à apparaître, les centres urbains, les zones où vivent des minorités, etc. Il a d’autre part été suggéré à plusieurs reprises de faire une plus grande place aux femmes dans le règlement des conflits.

La traduction du compte rendu du Colloque dans plusieurs langues et sa diffusion ont également été encouragées.

Pour finir, quelques points sur lesquels un consensus s’est dégagé (bien qu’un ancien Premier Ministre britannique ait estimé, dans un mot célèbre, que le consensus n’est qu’une tentative pour plaire à ceux qui n’ont d’avis précis sur rien). La différence et la diversité sont enrichissantes et nécessaires. Les questions relatives à la diversité ont été étudiées plus en détail dans le cadre de la troisième séance de travail du Colloque. Nous devons nous entendre sur des valeurs sociétales communes, un humanisme partagé que certains appelleraient une « éthique mondiale » et qui pourrait servir de référence générale. Les activités menées sur le terrain par la société civile sont indispensables pour compléter et contrebalancer l’action des politiques. Les nombreuses et importantes interventions qui ont été faites au cours de la séance témoignent d’une réelle détermination à trouver un terrain d’entente entre la culture (y inclus l’éducation, la jeunesse, les médias, etc.) et la religion et à construire des ponts de dialogue et de paix. Et à les emprunter, dans les deux sens.

Séance de Travail 2 : Tisser des liens entre communautés religieuses

Conclusions par Tony Gallagher52

Introduction

Nous avons été confrontés lors de notre réunion du 8 octobre à une grande diversité de perspectives et de points de vue. La matinée a été longue mais, comme l’a déclaré le nn Soetendorp, nous avons fait bonne chère de nourritures intellectuelles.

Ce rapport succinct ne saurait refléter toute la richesse de nos discussions, mais il tente de présenter un certain nombre de réflexions sur les thèmes qui étaient au centre du débat. La question fondamentale qui, me semble-t-il, sous-tendait toutes les contributions avait trait aux formes et perspectives de dialogue entre, d’une part, les membres de différentes communautés religieuses, et d’autre part, ceux qui n’appartiennent pas à un tel groupe. Je dois dire que j’ai été particulièrement touché par certains aspects de la discussion; en Irlande du Nord, le processus de paix est fondé sur le dialogue, mais depuis quelques jours, il semble être parvenu au point mort.

Le thème central qui ressort de cette matinée est que nous devons tenter d’utiliser le dialogue entre les religions pour trouver des moyens d’ouvrir une brèche dans l’arrogance de la certitude.

Passons en revue les éléments qui m’inspirent cette conclusion.

Premier élément: quel est le rôle de la religion dans les conflits?

Plusieurs intervenants ont évoqué le rôle de la religion dans les conflits. Les motifs religieux qui semblent alimenter de nombreux conflits violents ne seraient bien souvent (voire toujours) qu’un voile recouvrant d’autres litiges plus concrets (et donc plus réels), tels que des enjeux sociaux, économiques, politiques ou autres. Selon cette conception, les conflits en question ne sont pas d’authentiques conflits religieux, et leurs protagonistes n’évoquent la religion que pour masquer leurs véritables objectifs ou intentions.

N’oublions pas cependant que les conflits, les préjugés et l’intolérance possèdent plusieurs dimensions et notamment des dimensions cognitives, comportementales et affectives.

La croyance religieuse exerce une influence très forte sur les sentiments de l’homme; les identités et appartenances religieuses ont un extraordinaire pouvoir de motivation. La foi peut encourager les croyants à se lancer dans toutes sortes d’actions. Nous en avons entendu hier des exemples positifs et négatifs – certaines personnes ont trouvé dans la religion une raison d’accomplir les actes les plus inspirés, d’autres une justification pour commettre les crimes les plus atroces. C’est ainsi que, au sens analytique, la religion peut être un moyen de camoufler la «réalité» sans être la cause première des conflits. Cependant, tout affrontement possède sa propre dynamique, qui peut être renforcée par la dimension profondément affective des différences religieuses.

Je rappelle qu’en Irlande du Nord, de nombreuses personnes ont été tuées au simple motif qu’elles étaient protestantes ou catholiques. Les agresseurs partent certes du principe que cette différence en entraîne d’autres, mais il faut retenir que l’appartenance religieuse suffit à elle seule à causer la mort d’une personne et à en convaincre une autre de commettre un meurtre.

Rappelons également les observations de Leo Kuper (Kuper, L. (1989): The prevention of genocide: cultural and structural indicators of genocidal threat, Ethnic and Racial Studies, 12 (2), 157-173), selon lesquelles les génocides se caractérisent principalement par le fait que les victimes et les agresseurs appartiennent à des communautés religieuses différentes. La religion n’est sans doute pas la seule cause des conflits violents, mais on ne saurait la réduire à un simple épiphénomène. Un conflit violent est un processus complexe qui ne peut être ramené à un seul facteur; il se nourrit également de sa propre spirale de mort et de destruction. Quelles que soient les raisons qui causent l’éruption d’un conflit violent, l’éruption elle-même crée des incidents qui viennent s’y ajouter et aggravent ainsi le conflit. Dans le prolongement de ce raisonnement, Johan Galtung estime qu’il faut trouver des moyens de transcender les certitudes qui souvent exacerbent les différences et les violences.

Deuxième élément: la nature du dialogue

Une partie de nos discussions avaient trait à la nature du dialogue (ou de l’interactivité ou de la confrontation, car certains préfèrent éviter le mot «dialogue») et aux méthodes permettant d’établir un dialogue chargé de sens. Peut-être ce point doit-il être relié à des considérations émises plus tôt dans la matinée au sujet des rapports entre droits et responsabilités. On pourrait ainsi définir le dialogue en deux principes :

d’une part, tout le monde a le droit d’être entendu, d’avoir la parole;

d’autre part, tout le monde est également tenu d’écouter, de donner la parole aux autres.

Une fois ces principes admis, le problème pratique consiste à créer un espace sûr dans lequel un tel dialogue pourra avoir lieu.

Troisième élément: le rôle des organisations religieuses dans la promotion du dialogue

Plusieurs intervenants ont évoqué le rôle des institutions religieuses. Si le double principe des droits et des devoirs vaut pour les individus, sans doute peut-on également demander son application aux organisations religieuses.

Partant, il appartient à celles-ci de s’engager clairement en faveur d’un dialogue positif et de reconnaître que cet engagement souffre parfois d’une attitude défensive dictée par la volonté de protéger leurs intérêts et prérogatives.

Tout au long de notre discussion, de nombreux exemples concrets ont été évoqués pour décrire les processus de dialogue entre organisations religieuses et pour expliquer comment les échanges interconfessionnels peuvent être améliorés afin de renforcer la compréhension mutuelle.

Un autre point important réside dans le rôle que les organisations religieuses jouent en matière d’écoles et d’enseignement, par exemple à travers l’entretien d’écoles, la volonté de maintenir des écoles séparées, ou la restriction des programmes d’éducation religieuse. Je reviendrai sur ce point plus bas.

Quatrième élément: le dialogue doit-il se concentrer sur les ressemblances ou sur les différences?

Les principaux arguments en faveur d’un dialogue axé sur les ressemblances étaient les suivants:

d’une part, cela offre un point de départ pour reconnaître notre unicité fondamentale, souligner notre solidarité et promouvoir l’intégration sociale;

d’autre part, cette démarche s’inspire du concept psychosocial de l’intérêt supérieur, c’est-à-dire des objectifs qui sont dans l’intérêt de tous mais dont la réalisation appelle une action collective;

enfin, mettre l’accent sur les ressemblances est un moyen de contourner les problèmes liés aux incompatibilités qui peuvent exister, objectivement ou subjectivement, au niveau de certains aspects particuliers des religions.

Les principaux éléments incitant à se concentrer davantage sur les différences étaient les suivants:

premièrement, l’examen des différences contemporaines peut faire apparaître des racines et un patrimoine communs;

deuxièmement, la logique de conflit et de lutte qui existe entre toutes les formations religieuses est un fait qu’il ne faut pas occulter, car elle peut être exploitée par un discours de haine et de revanche lorsque les relations entre deux communautés se détériorent;

troisièmement, il existe de réelles différences entre les communautés religieuses, et toute reconnaissance mutuelle doit se faire en connaissance de cause. Un processus de dialogue – prendre la parole et écouter – est un moyen de se familiariser avec des façons de penser et des trajectoires historiques différentes. Différence et diversité doivent être conçues comme des points forts et des ressources qui nous aident à envisager de multiples façons les valeurs qui nous paraissent importantes.

Mais l’élément principal est peut-être que le binôme ressemblances-différences ne doit pas être considéré comme une alternative («soit l’un soit l’autre») mais plutôt comme une association («l’un et l’autre à la fois»). En n’envisageant que les ressemblances ou que les différences, nous risquons de ne pas réunir les conditions nécessaires à la transcendance préconisée par Johan Galtung. La focalisation sur les seules différences peut nous pousser vers le fondamentalisme et l’essentialisme. L’étude des seules ressemblances peut faire croire à l’absence de conflits. Or, le problème n’est pas le conflit mais la façon dont il est traité.

Peut-être devons-nous, pour identifier des solutions transcendantes, éviter précisément de tourner le dos soit aux ressemblances, soit aux différences, et concevoir les unes et les autres comme les deux faces d’une seule et même médaille qu’il convient d’explorer pour mieux comprendre le passé et l’avenir de nos relations sociales. La connaissance approfondie des parallèles et des divergences est sans doute la meilleure arme pour réfuter les thèses essentialistes de ceux qui distillent la haine et l’intolérance en invoquant d’irréconciliables différences.

Cinquième élément: nature des relations entre l’Etat et la religion.

Notre discussion a également porté sur la question de savoir si la religion doit s’inscrire dans l’espace public ou dans la sphère privée; nous nous sommes demandé dans quelle mesure l’Etat doit apporter un appui institutionnel à une religion, ou à plusieurs religions, ou au contraire adopter clairement le principe de laïcité et conférer à la religion le statut d’affaire privée.

Cette interrogation renvoie à la question plus large de la politique gouvernementale et du choix entre l’assimilation et le pluralisme. Intégration sociale et diversité sont des objectifs divergents. Nous devons examiner les conséquences et les implications en matière de programmes de ces différentes approches.

La question se pose avec une acuité particulière dans le domaine de l’éducation, aspect qui a été évoqué à plusieurs occasions au cours de la matinée. Différentes possibilités ont été soumises à discussion:

Faut-il promouvoir des systèmes scolaires communs en accordant la priorité au rôle d’intégration sociale des écoles tout en admettant éventuellement d’inscrire dans les programmes la reconnaissance partielle d’une différence?

S’agissant des cours d’instruction religieuse donnés à l’école et des restrictions et limites susceptibles d’être imposées, ces cours doivent-ils être autorisés à l’école ou considérés comme une obligation privée des familles ou des communautés religieuses? Lorsqu’une instruction religieuse est dispensée à l’école, cela doit-il avoir lieu durant les heures de cours normales ou à d’autres heures?

Faut-il autoriser les communautés religieuses à entretenir des écoles distinctes? Le cas échéant, quelles obligations sociales faut-il formuler à l’égard de ces écoles? Et même lorsque ce principe est admis, peut-on envisager des situations dans lesquelles les responsabilités des autorités religieuses concernées leur imposent de renoncer à ce droit pour ne pas creuser encore davantage le fossé entre les communautés? C’est le contenu de la suggestion formulée par Norman Richardson pour la situation en Irlande du Nord.

Faut-il encourager l’élaboration de programmes communs d’instruction religieuse?

Au cours de la discussion, Cézar Birzea a donné un aperçu des différents types de dispositifs existants en matière d’instruction religieuse à l’école. Chaque pays a sa propre façon d’aborder la question, et la recherche de la meilleure solution est sans doute étroitement liée au contexte. En conséquence, peut-être avons-nous besoin de connaissances accrues et d’une discussion approfondie sur les conséquences des différentes approches en fonction de différents contextes?

A ce stade de la discussion, un thème apparenté mais différent a été abordé: l’éducation des adultes et la formation continue en dehors du cadre de l’enseignement obligatoire. Ce secteur de l’enseignement offre parfois une plus grande liberté dans la mesure où les apprenants sont volontaires. C’est ainsi qu’en Irlande du Nord, ces formes d’enseignement se caractérisent par une créativité et une capacité d’innovation accrues au niveau des principes et des méthodes, ainsi que par une plus grande disposition à s’attaquer aux problèmes liés à la diversité et aux conflits.

Sixième et dernier élément: ouvrir une brèche dans l’arrogance de la certitude

Le fondamentalisme religieux engendre des problèmes dans la mesure où il déclare être en possession de la vérité et veut l’imposer aux autres. Il en va de même dans le domaine politique lorsqu’un parti veut imposer son dogme au titre de vérité unique.

Masanori Naito a formulé un certain nombre de critiques sur le principe des Lumières en vertu duquel, dans un élan civilisateur autojustifié, le modèle de l’Etat-nation laïque est actuellement propagé voire imposé dans des pays non européens. Rappelons toutefois qu’il est sans doute nécessaire, lorsque l’on condamne les conséquences négatives de la pensée progressiste dans un contexte donné, de ne pas perdre de vue ses incidences positives par ailleurs.

Le principe des Lumières a été conçu comme l’opposition de la raison à l’obscurantisme religieux, à une époque où les autorités religieuses et politiques s’accordaient à légitimer l’absolutisme étatique. Dans ce contexte, le mouvement des Lumières avait le progrès pour objectif; il remettait en cause le pouvoir en place et appelait à la réforme du système politique. C’est pourquoi il avait choisi pour devise «nullius in verba» (ne croire personne sur parole): la vérité devait être mise à jour par un travail de recherche, et non proclamée par le pouvoir.

Avec le temps, certes, le modèle libéral des Lumières a lui-même versé dans l’arrogance, l’Europe s’arrogeant le rôle de civilisateur du monde. La doctrine politique a remplacé le dogme religieux qui dominait jusqu’alors, et de nouvelles certitudes sont apparues qui laissaient peu de place à d’autres solutions ou perspectives.

Au vu de l’impact négatif du colonialisme, faut-il donc condamner toute tradition civilisatrice ou privilégier un relativisme dans lequel toutes les perspectives sont également valables?

Le Conseil de l’Europe n’est pas indifférent à l’égard d’autres systèmes politiques: s’il adhère à la démocratie pluraliste, c’est parce que celle-ci tente de créer des conditions permettant aux citoyens de participer à l’activité politique, mais aussi parce qu’elle pose des limites au pouvoir des dirigeants. Malgré tous ses défauts et toutes ses imperfections, et malgré les défauts et les imperfections incontestables de certains dirigeants que le peuple choisit d’élire, il n’existe pas, dans le monde d’aujourd’hui, de meilleure solution.

En démocratie, certains résultats sont plus souhaitables que d’autres et certaines actions sont plus condamnables que d’autres. Dans le domaine religieux en revanche, nous devons trouver des moyens d’encourager la population à exercer son droit à l’expression religieuse, tout en réprimant l’action de ceux qui exploitent les sentiments religieux pour attiser les conflits et la violence. Peut-être devons-nous également envisager la présentation de perspectives positives comme une tâche constante et croissante.

L’une des questions posées lors de notre discussion était: quel est le but du dialogue? La conclusion que je tire de cette matinée est que le dialogue ne vise pas à instaurer un état final particulier, mais à établir un processus fondé sur les principes de la démocratie pluraliste et à nous donner des occasions d’ouvrir une brèche dans l’arrogance de la certitude - la certitude des autres, bien sûr, mais aussi, et c’est peut-être là le principal, notre propre certitude.

Séance de Travail 3 : Le defi de la diversite culturelle

Conclusions par Vjeran Katunaric53

Introduction

Entrer dans la Tour de Babel et en sortir, pénétrer dans une multitude de langues et de croyances ou les abandonner au profit de sa propre culture ou de quelques cultures semblables et apparentées: tel est le dilemme permanent que l'homme rencontre dans les efforts qu'il déploie pour communiquer. La diversité culturelle est-elle un atout ou une responsabilité? Représente-t-elle une seule et unique vérité aux milliers de facettes, ou bien des milliers de vérités sans autre dénominateur commun que la prétention à la reconnaissance? En tout état de cause, une telle prétention «minimaliste» représente une demande de communication et d'encouragement du processus de compréhension mutuelle entre personnes qui parlent des langues différentes et sont animées de convictions différentes. Etre reconnu dans un dialogue – qui commence par une familiarisation et finit, dans le meilleur des cas, par une nouvelle approche et une valorisation de l'élément commun – est un processus de longue haleine, et pourtant incertain. Ainsi, la diversité culturelle est une condition nécessaire, mais elle n'est en elle-même porteuse d'aucun résultat en termes de communication. La diversité culturelle est également un projet de communication et de coopération réussies, dans lequel toutes les cultures participantes ont préservé certaines de leurs différences essentielles, mais où certaines des différences ont été réadaptées en tant que trésor culturel commun et base de compréhension de l'humanité, ou en tant que grande région multiculturelle du monde, par exemple l'Europe ou l'Europe et son nombre croissant de voisins. Condition et projet sont, en fait, deux choses différentes. La condition de la diversité fait intervenir la generatio equivoca, quelque chose que nous avons hérité des générations passées, une substance, une donnée, qu'il s'agit de recréer ou de reprofiler en tant que forme suffisamment confortable pour les nouvelles générations, pour tous ceux, en fait, qui souhaitent participer à son édification, quelle que soit la différence dans la manière dont nous concevons cette tâche holistique, «l'unité dans la diversité» - qu'on y voie une forme d'art vivante, une fleur de lotus, un processus dialectique, un mouvement cyclique ou un éternel compromis - fruit de la convergence entre les orateurs qui ont traité de la diversité au cours de cette session, et qui pourrait consister ni plus ni moins à «apprendre à vivre avec des désaccords».

Notre modeste contribution elle-même a apporté sa pierre à la diversité: beaucoup d'intervenants représentant différentes cultures, différentes perspectives et différents discours, venant du monde entier, ont eu à coeur d'expliquer l’avers et le revers de leur partie du dialogue, leurs accords et leurs désaccords.

Les développements qui suivent sont divisés en quatre bouquets thématiques: un volet historique, qui nous rappelle la trame multiculturelle de l'Europe; un volet conceptuel, qui contient les idées et les outils conceptuels servant de boussole méthodologique dans l'exploration de la diversité; un volet consacré aux cas qui illustrent, encouragent ou brident les attentes concernant la diversité; enfin, un volet consacré aux grandes orientations, où l'on trouve les idées et les recommandations visant à promouvoir de bonnes pratiques dans le traitement de la diversité.

Le patrimoine historique de la diversité et l'espoir pour l'avenir

Le berceau culturel européen est pluriel; c'est une coproduction ethnique: Grecs, Romains, Celtes, Vikings, Turcs, Arabes, Juifs, Gitans… La conscience de soi européenne, le «nous» européen a été maintes fois en butte à des restrictions ou des oppositions, tant endogènes qu'exogènes. Où sont véritablement les frontières de l'Europe? Malgré les nombreux défis auxquels la diversité culturelle européenne est confrontée – depuis la rationalité abstraite des Lumières jusqu'à la crise actuelle de la politique européenne de l'immigration, en passant par l'homogénéité fabriquée du nationalisme – France Lebon n'a pas été la seule, parmi les orateurs, à afficher son opinion optimiste selon laquelle la tribune publique et la démocratie elle-même sont plurielles et interculturelles. Si ce n'était pas le cas, la démocratie pourrait dégénérer en autre chose, en une dictature de la majorité, à l'intérieur, et en une forteresse, à l'extérieur. Dès lors, la question suivante se pose (et Hassan Hanafi l'a posée): l'Europe est-elle une idée universaliste inspirante – cette fois–ci non coloniale, évidemment – ou n'est-elle qu'un territoire limité, un continent sur lequel un autre universalisme aprocryphe se résout en frontières et en passeports? Assurément, cette question n'est pas naïve ni sans objet. Sans doute reviendra-t-elle sur le tapis à maintes reprises, du moins au Conseil de l'Europe, l'institution en laquelle on peut voir les prémices d'un esprit non territorial de l'Europe. Sa mission ne repose pas sur l'agenda et ne se situe pas dans les limites du Traité de Schengen; mais elle revêt le caractère d'un forum euromondial permanent. Le présent colloque a pris une configuration binaire: l'Europe avec les autres, et les autres avec l'Europe. Fait-il surgir l'idée d'un Weltgeist européen, en quelque sorte la chouette de Minerve qui prendrait son envol non plus dans le crépuscule du passé, mais dans l'aube d'un lendemain différent et qui, s'éloignant à grands coups d'ailes de l'Europe historique et de l'Europe de l'Union Européene, mettrait le cap sur un avenir où seule la sphère terrestre devient clairement visible – une sphère qui ne présenterait aucune couture, aucune cassure frontalière? Très franchement, les orateurs n'ont pas fait preuve d'un tel optimisme. Néanmoins, il flottait, sur ce carrefour des orateurs de la diversité, comme des traces d'espoir – l'espoir de voir la diversité et le pluralisme européens prendre une ampleur encore inédite historiquement.

Les formations conceptuelles

On a vu éclore un florilège d'idées nouvelles, même si nous n'avons pas eu le temps de les approfondir. En voici quelques-unes:

En fait, nous sommes confrontés à une «diversité de la diversité» (France Lebon, citant la brochure de Tony Bennett sur la diversité culturelle). En marge des cultures historiques des nations et des minorités, on voit se créer des identités et des styles culturels nouveaux et fondamentalement non territoriaux; cette création, qui est par exemple le fait des immigrés, n'est pas encore pleinement perçue par les communautés d'accueil et ces nouvelles données culturelles deviennent, bon gré mal gré, partie intégrante du contenu multiculturel de toute la collectivité.

Le conflit est la condition préalable incontournable du genre humain. Ce n'est pas un problème en soi. Le problème, c'est la violence (telle est la position, réitérée, de Kai Brand Jacobsen, qui est aussi celle de Johan Galtung). Cela implique que le conflit a essentiellement un caractère non violent, si bien que des expressions telles que «conflit violent», «conflit armé» et autres notions semblables sont contradictoires dans les termes. Bien qu'une telle remarque suscite des prolongements d'ordre sémantique et logique, étant donné qu'elle conteste le vocabulaire – normalisé depuis longtemps – qu'on utilise pour aborder les conflits, elle n'a pas donné lieu à d'autres débats au cours de la séance.

Nous avons besoin d'un «algorithme de la diversité», a souligné Mahdi Elmandrja. La diversité croissante explose ou implose à nos dépens. On en trouve un exemple dans le développement fulgurant du domaine des informations concernant des notions culturelles spécifiques. D'un autre côté, nous sommes entourés de systèmes ou de structures qui soulèvent des problèmes d'une telle complexité que, le plus souvent, on ne leur trouve pas de solutions satisfaisantes. Il reste que nous vivons inévitablement sous le signe de la diversité et que nous ne devons pas succomber à la tentation du réductionnisme, face aux défis de cette complexité croissante.

La diversité culturelle est rarement le problème, et elle est rarement la solution du problème, affirme Raj Isar. Ce dont nous avons besoin, en fait, c'est d'une déontologie interculturelle», une éthique transculturelle pour une action communicative non hiérarchisée.

L'exclusion et l'inclusion forcées sont l’une et l'autre inacceptables dans une société démocratique, a souligné Martin Ramirez, car elles invalident le dialogue.

Pour Rusmir Mahmutcehajic, droits individuels et droits collectifs continuent de se faire la guerre en Europe; et l'on ne voit pas très bien comment les réconcilier dans le cadre des modèles de gouvernance politique existants.

Ce qu'il nous faut, c'est un «cadre civilisé de désaccord» (Géza Tessényi) ou «vivre avec le désaccord» (Mette Newth). Telle a été, semble-t-il, la position fondamentale, et la plus confortable, pour beaucoup d'intervenants dans cette séance et dans les deux autres séances. En même temps, c'est une position qui, très logiquement, est compatible avec la réforme conceptuelle du conflit – à savoir, un conflit qui ne présuppose pas la présence de la violence dans chaque affrontement interculturel et interethnique. On peut considérer qu'il y a là un message fort que les connaisseurs du conflit et de la violence adressent aux projets du Conseil de l'Europe qui concernent l'élaboration des politiques et visent à mettre en place des signaux d'alerte précoces avant que des conflits violents n'éclatent.

Cas illustrant l'espoir et la crainte de la diversité

Géza Tessényi a présenté le principal cas illustrant le dialogue interculturel. Il a décrit les résultats du projet visant à développer la compréhension mutuelle et la coopération entre jeunes Pakistanais et jeunes Britanniques à Bradford (Royaume-Uni). Dans le chapitre de sa contribution intitulé «Lessons to Learn?», il a étendu son analyse et ses observations critiques à des situations et des programmes plus ou moins similaires ayant fait leur apparition ailleurs, y compris en Bosnie-Herzégovine; et il a estimé, pour conclure, que «l'absence mutuelle de violence» – et il y a là un autre point de convergence par rapport au concept réformé de conflit – peut être considérée comme un dénominateur minimum, et pourtant commun, des efforts déployés pour instaurer un programme (directeur) interculturel couronné de succès. Il a aussi rappelé certaines lacunes des programmes gouvernementaux et des programmes de proue des Nations Unies qui étaient censés répondre à la nécessité d'un dialogue entre les cultures et entre les civilisations.

Le débat consacré à la nouvelle politique néerlandaise de l'immigration et de l'intégration a donné lieu à une série de remarques et de répliques après la présentation liminaire de l’Ambassadeur Johannes Landman. Ce dernier voit dans la politique néerlandaise la continuation de l'ancienne politique social-démocrate; pour certains participants, au contraire, la nouvelle politique marque un profond changement par rapport à l'héritage.

Le projet d'art à Oslo, décrit par Mette Newth, qui fait appel à des artistes de Belgrade, et aussi de Pristina, visait à transformer des conflits et des frustrations bien réels en une expression artistique dans laquelle l'art est défini comme une scène où le conflit se donne libre cours, où s'agitent protagonistes et antagonistes, et en même temps comme une discipline, une retenue symbolique qui sublime les conséquences destructives des retombées des conflits. Le projet d'art d'Oslo est le reflet critique de ce que l'artistique a réalisé in vitro, que l'on compare avec ce que le culturel et le politique ont réalisé in vivo. Cette démarche contribue peut-être aux connaissances dont on a besoin pour éviter les flambées de désaccords violents, pour éviter ce qui s'est déjà passé et ne doit pas se reproduire; peut-être même y a-t-il là une méthode particulière pour émettre, à un stade précoce, des signaux visant à prévenir la violence. L'art au service de la paix, qu'on oppose à l'art de la guerre.

Amila Ramovic a donné des informations sur Ars Aevi, projet multiculturel sur le long terme à Sarajevo (Bosnie-Herzégovine), qui réunit des auteurs et des donateurs venant du monde entier. Actuellement, ce projet rassemble aussi des conservateurs de musée, des artistes et des ministères de la Culture des pays voisins de l'ex-Yougoslavie; il y a là un signe véritablement encourageant, un signal venant d'une direction qui se situe à l'opposé du conflit politique et du conflit armé. Ainsi se manifeste la nécessité d'une créativité qui restaure la diversité, qui construit sur son terrain, qui récupère des formes de vie qu'on avait détruites au nom de la haine de la culture de l'autre, mais sans doute aussi au mépris du sens même de la culture.

Instaurer une politique de la diversité culturelle

Les participants ont soulevé de nombreuses questions concernant les grands choix et les orientations, et ils ont proposé des idées et des recommandations; ils ont, pour l'essentiel, plaidé pour le maintien de la diversité dans toute la mesure du possible, étant entendu qu'on doit pouvoir continuer d'«apprendre à vivre avec les désaccords».

Selon Kai Brand-Jacobsen, cet objectif peut être atteint si l'on applique en tous lieux les principes éthico-politiques d'indépendance, de non-exploitation, de bien-être pour tous et de lutte pour la paix, en donnant les moyens nécessaires à des milliers de créateurs et de maîtres du dialogue, en portant les quotas pour les femmes au taux naturel de 50 % et, surtout, en faisant confiance au Conseil de l'Europe, qui se voit recommander d'adopter une résolution interdisant la production ou la prolifération des armes de destruction massive.

L'éducation semble être l'espace le plus adéquat pour apprendre et enseigner la diversité culturelle. Ceci concerne au premier chef les interprétations de l'histoire; car l'histoire ne saurait être unique. Comme l'a souligné Raj Isar, l'histoire doit être interprétée de manière polyphonique; en outre, a ajouté Soheib Bencheikh, il n'y a pas de vision neutre de l'histoire. L'histoire doit être pensée et apprise in situ, sur le terrain, là où les gens jouissent de ses bienfaits ou pâtissent de ses méfaits. Quant aux médias, ils constituent un autre lieu éminent de traitement et de diffusion de l'information sur la diversité culturelle.

Mette Newth a fait observer que le processus de l'apprentissage de la diversité culturelle se doit d'atteindre les adultes; car ce sont eux qui incarnent l'opinion dominante. Cet apprentissage doit être défini en termes de droits et de devoirs. Les citoyens ont le droit de se familiariser avec autrui, avec la différence et ils ont en même temps le devoir de le faire.

«Auditur et altera pars»: tel est le message transmis avec concision par Géza Tessényi. Nous devons prendre l'habitude de prêter l'oreille à la voix de ceux que nous aimons le moins ou dont nous rejetons totalement les idées car il faut les intégrer au spectre du dialogue. Le dialogue sera incomplet, et ses résultats seront obscurs, si les hommes et les femmes qui restent au bord de l'acceptation ne sont pas ramenés dans l'orbite de la parole et du discours.

Peut-être la véritable nouveauté, en ce qui concerne l'Europe et son apprentissage de l'altérité, sera-t-elle la conscience ou la reconnaissance de la diversité intrinsèque de l'Islam. Le Soheib Bencheikh a montré que la fraction occidentalisée de la population musulmane fait partie intégrante du monde musulman; c'est une chose qu'il est nécessaire que tous les musulmans comprennent; les musulmans qui ont accepté certains aspects de la culture occidentale ne sont pas «traîtres» à l'Islam.

Enfin, Hassan Hanafi a mis en garde l'Europe contre le double visage qu'elle affiche; chez elle, elle se comporte dans l'ensemble de manière pluraliste et démocratique; mais c'est beaucoup moins le cas à l'extérieur de ses frontières. Hors de chez elle, l'Europe présente plutôt un visage «monolitique». Votre rapporteur voit dans ce message une sorte de devise, ou même de conclusion de la séance. Pourquoi ne pas souhaiter que l'Europe présente un meilleur visage au-delà de ses limites culturelles et géopolitiques actuelles d'autodétermination? On touche ici à la quintessence universaliste de l’idée de l’Europe qui semble la plus acceptable pour tous les autres, pour tous ceux qui aspirent à être, soit de bons voisins européens, soit – qui sait ? – des citoyens ou des pays membres de l’Europe.

Programme

LUNDI 7 OCTOBRE 2002

09h00 Accueil et enregistrement des participants

10h30 SEANCE D’OUVERTURE

Allocutions de :

M. Walter SCHWIMMER
Secrétaire Général du Conseil de l’Europe

M. Hidekazu YAMAGUCHI
Consul Général du Japon

M. l’Ambassadeur Gérard PHILIPPS
Président des Délégués des Ministres

11h15 Pause café

11h45 SEANCE D’OUVERTURE (deuxième partie)

Présidence : M. José-Maria BALLESTER

Présentation du Plan d’Action du Projet

Dialogue Interculturel et Prévention des Conflits
Mme Vera BOLTHO

Introduction au colloque par le Rapporteur Général,
M. Necil NEDIMOGLU

12h15 Discussion générale

13h00 Pause déjeuner

14h30 SEANCE DE TRAVAIL 1 : « CONFLIT CULTUREL : QUELLE ACCEPTION ? »

Présidence : Mme Naima BALIC
Vice-Présidente du Comité Directeur de la Culture (Croatie)

Rapporteur : M. Rainer NOLTE

Exposés introductifs :

M. le Professeur Johan GALTUNG
M. le Professeur Hassan HANAFI

15h00 Contributions spécifiques :

M. Selim BESLAGIC
Mme Ghislaine GLASSON DESCHAUMES
M. le Professeur Rusmir MAHMUTCEHAJIC
M. Ray MULLAN
M. Calin RUS
M. le Professeur Constantin VON BARLOEWEN

16h00 Pause café

16h30-18h00 Discussion générale

18h30 Réception

MARDI 8 OCTOBRE 2002

09h30 SEANCE DE TRAVAIL 2 : « TISSER DES LIENS ENTRE COMMUNAUTES RELIGIEUSES »

Présidence : M. l’Ambassadeur Gérard PHILIPPS
(Luxembourg)

Rapporteur : M. le Professeur Tony GALLAGHER

Exposés introductifs :

M. le Professeur Bruno ETIENNE
M. le Professeur Masanori NAITO

10h00 Contributions spécifiques :

M. Soheib El Hocine BENCHEIKH
Père Jan KERKHOFS
Swami MAHESHWARANANDA
M. Tzunemano OTANI
Mme Elisabeth PARMENTIER
S. E. l’Évêque Emmanuel de REGHION (excusé)
M. Norman RICHARDSON
Rabbin Awraham SOETENDORP

11h15 Pause café

11h30-13h00 Discussion générale

13h00 Pause déjeuner

14h30 SEANCE DE TRAVAIL 3 : « LE DEFI DE LA DIVERSITE CULTURELLE »

Présidence : M. l’Ambassadeur Johannes
C. LANDMAN (Pays-Bas)

Rapporteur : M. le Professeur Vjeran KATUNARIC

Exposés introductifs par :

Mme France LEBON
M. Géza TESSÉNYI

15h00 Contributions spécifiques :

M. le Professeur Kai BRAND-JACOBSEN
M. le Professeur Mahdi ELMANDJRA
Mme Anne-Marie FRANCHI (excusé)
Mme le Professeur Maria HADJIPAVLOU (excusé)
M. Raj ISAR
Mme Mette NEWTH
M. Jadranko PRLIC

16h00 Pause café

16h30-18h00 Discussion générale

MERCREDI 9 OCTOBRE 2002

09h30 PRESENTATION DES CONCLUSIONS

Présidence : Mme l’Ambassadeur Lana GOGOBERIDZE (Géorgie)

Présentation des conclusions par :

le Rapporteur Général 
M. Necil NEDIMOGLU

le Rapporteur du Groupe de Travail 1 
M. Rainer NOLTE

le Rapporteur du Groupe de Travail 2 
M. le Professeur Tony GALLAGHER

le Rapporteur du Groupe de Travail 3 
M. le Professeur Vjeran KATUNARIC

Discussion

11h00 Pause café

11h30 SÉANCE DE CLOTURE

La voie à suivre
par M. Bendik RUGAAS

12h00 FIN DU COLLOQUE

LISTE DES PARTICIPANTS

Mr. Dr. Aly AYMAN (E)
Vice-President of Forum of Moslem Youth and Student Organisations (FEMYSO), Berliner Str. 31, D - 61449 Steinbach Taunus, Germany
E-mail: aymanaly15@hotmail.com

Mrs Sylvie BACH (F)
Professeur de Philosophie
40, rue du Tivoli, F - 67000 STRASBOURG, France

Ms Naima BALIĆ (E)
Vice-Minister of Culture, Ministry of Culture, Trg Burze 6, HR-10000 ZAGREB, Croatia. Vice-President of the Steering Committee for Culture - CDCULT of the Council of Europe
E-mail: naima.balic@min-kulture.hr / Web site: www.min-kulture.hr

Mr James BARNETT (E)
Convenor of the Group of Educationalists with consultative status at the Conference of European Churches (CEC-KEK)
7 rue des Magnolias, La Croix, F – 17800 St Léger
E-mail: james.barnett@orange.fr

Mr. Marios BEGZOS (E)
Associate Professor for Comparative Philosophy of Religion, University of Athens, Panep/poli, 15772 Ano Ilissia, ATHENS, Greece
E-mail : mbegzos@voa.theol.gr
Web: http://www.uoa.gr/uoauk/uoaindex.htm

Mrs Elisabeth BEHR-SIGEL (F)
Théologienne, 51, Bld Foch, bat. H, F – 93800 EPINAY-SUR-SEINE, France
Mr Soheib El Hocine BENCHEIKH (F)
Docteur en Sciences Religieuses, Grand Mufti de Marseille, 17 rue Maurice Bourdet, F-13001 MARSEILLE, France

Mr Mickael BEN DAVID (F)
Directeur du Project Noa’h (espace de cultures et d ‘initiatives de la jeunesse juive), 1a rue René Hirschler, F – 67000 STRASBOURG,
E-mail: e-noah@wanadoo.fr

Mr Selim BEŠLAGIĆ (E)
Governor of Tuzla Canton, Cabinet of the President, Slatina 2, 75000 TUZLA, Bosnia and Herzegovina
E-mail: predsjednik@tk.kim.ba

Mr Goran BEXELL (E)
Professor of Ethics, Lund University, Department of Theology and Religious Studies, Allhelgona Kyrkogata 8, S 223 62 LUND, Sweden.
E-mail: Goran.Bexell@teol.lu.se / Web: www.lu.se

Ms Manjeet BIRK (E)
Stability Pact Gender Task Force, Levstikova 15, 1000 LJUBLJANA Slovenia
E-mail: sonja.lokar@siol.net / Web: www.stabilitypact.org

Dr Cézar BîRZEA (E)
Director, Institute of Educational Sciences
37 Stirbei Voda Street, 70732 BUCHAREST, Romania
E-mail: cesar.birzea@ise.ro

M. Louis BLOCH (F)
Journaliste à La Voix du Luxembourg, Délégué du Consultative Council of Jewish Organisations, 14 rue Silbermann, F -67000 STRASBOURG, France
Professor Kai Frithjof BRAND-JACOBSEN (E)
Director of Peace Action, Training and Research Institute of Romania (PATRIR), 206 James Street, OTTAWA, Canada K1R 5M7
E-mail: jacobsen@ca.inter.net / Web: www.globalsolidarity.org

Mr. Jean Fred BOURQUIN (F) apologies
Expert consultant, 208 route de Saconnex d’Arve, CH – 1228 Plan-les-Ouates
Email: jeanfredbourquin@ge.trimedia.ch

Ms Odile CHENAL (F)
Director Programmes and Grants, European Cultural Foundation, Jan van Goyenkade 5, NL – 1075 AMSTERDAM, The Netherlands
E-mail: eurocult@eurocult.org / Web:www.eurocult.org

Ms Penny CHERNS (E)
Freelance theatre director/teacher, dramatic Solutions, 9 Arthur Road, LONDON N7 6DS, United Kingdom
E-mail: penelope.cherns@virgin.net

Mr Serge CWAJGENBAUM (F) apologies
Secrétaire Général du Congrès Juif Européen, 78 Avenue des Champs Elysées, F - 75008 PARIS, France
Web : www.ejc-cje.org

Père Patrick DESBOIS (F)
Secrétaire du Comité épiscopal français pour les Relations avec le Judaïsme (C.E.R.J.), 64 Avenue Théophile Gautier, F - 75016 Paris
E-mail: cerj@wanadoo.fr

Professor Silvo DEVETAK (E)
ISCOMET – International Scientific Conference Minorities for Europe of Tomorrow, Heroja Tomisca 4, Si – 2000 MARIBOR Slovenia
Email: devetak@uni-mb.si / Web: www.cded.uni-mb.si/

Mr Gérard DOREL (F) apologies
Inspecteur général de l’Education Nationale, 31 rue du Laon, 02860 BRUYERES MONTBERAULT, France
E-mail : gerard.dorel@wanadoo.fr

Mrs Janine ELKOUBY (F) apologies
Professeur agrégée de Lettres Classiques
66, avenue des Vosges, F - 67000 STRASBOURG
Email elkouby.j@wanadoo.fr

Professor Mahdi ELMANDJRA (E)
University Mohammed V. B.P. 53 RABAT, Morocco
E-mail:elmandjra@maghreb.com / Web: www.elmandjra.org

Professor Bruno ETIENNE (F)
Directeur de l'Observatoire du Religieux, Professeur d'Université à l'IEP d'Aix-en-Provence, membre de l'Institut Universitaire de France, 39, Traverse Baret 13100 Aix-en-Provence
E-mail: abdetienne@aol.com
Web: http://perso.wanadoo.fr/iepaix/recherche/religieux.html

Mrs Anne-Marie FRANCHI (F) apologies
Ligue internationale de l'Enseignement, de l'Education et de la Culture populaire (LIEECP), Secrétaire Générale, 3, rue Récamier, F - 75007 PARIS
E-mail: amfranchi@laligue.org / Web: www.média.ligue.org

Professeur Franck FREGOSI (F)
Chercheur au Laboratoire Société, Droit et Religion en Europe du CNRS-Strasbourg Université Robert Schuman, 23 rue du Loess BP 20, F- 67037 Strasbourg Cedex 02
E-mail: franck.fregosi@c-strasbourg.fr

Ms Olivia FUCHS (E)
Dramatic Solutions, 87 Waller Road, LONDON SE14 5LB, United Kingdom
E-mail: olivia.fuchs@lineone.net

Professor Tony GALLAGHER (E)
Queens University Belfast, Graduate School of Education, 69-71 University Street, BT7 1HL BELFAST, Northern Ireland (UK)
E-mail : am.gallagher@qub.ac.uk / Web site : www.qub.ac.uk/

Professor Johan GALTUNG (E)
Director of TRANSCEND: A Network for Peace and Development
51 Bois Chatton, F-01210 VERSONNEX
E-mail : 110125.1244@compuserve.com / Web site : www.transcend.org

Mrs Ghislaine GLASSON DESCHAUMES (F)
Directrice de TransEuropéennes
51 rue de Maubeuge, F 75009 PARIS, France
E-mail: transeuropeennes@wanadoo.fr / Web: www.transeuropeennes.org/

Professor Viacheslav GLAZICHEV (E)
Councillor - Strategic Planning Centre, Volga Federal District
117571 Ap. 45, 113 Wernadzky Street, Moscow
E-mail: glaz@mgks.ru

Chanoine Alexander GORDON (E)
Communauté anglicane – Strasbourg
E-mail : 113156.276@compuserve.com

Dr Maria HADJIPAVLOU (E) apologies
University of Cyprus and Eco-Peace Village
4a Kissamou - Palouviotissa, 1040 NICOSIA, Cyprus
E-mail: mariat@ucy.ac.cy
Web: www.ucy.ac.cy/ and www.eco-peace.org

Ms Ajsa HADZIBEGOVIC (E)
Member of Advisory Council on youth Issues of European Youth Foundation and Education Youth Centres of CoE, Montenegrin Youth Hostel Association, Bulevar Lenjina 9, 81000 Podgorica, Montenegro, Federal Republic of Yugoslavia
E-mail: ajsa@cg.yu

Ms Karine HAKOBYAN (E)
Human Rights and Development Centre, Shinararneri 7, Suite 24, YEREVAN 99, Armenia
E-mail: hrdc@netsys.am

Dr. Hassan HANAFI (E)
Professor of Philosophy - Cairo University, 18 Lusaka St., off Ahmed Fakhry St., Nasr City Region 6, CAIRO Egypt
E-mail: dr_h_hanafi@yahoo.com

Mr. Florian HAUG (E)
Head of Department - Department for Scientific and Technical Co-operation, Bundesministerium für auswärtige Angelegenheiten, Ballhausplatz 2, 1014 VIENNA, Austria
Email: florian.haug@bmaa.gv.at

Mrs Margareta HAUSCHILD (F)
Goethe Institut, 58 rue Belliard, BE - 1040 Bruxelles
E-mail: hauschild@bruessel.goethe.org
Web: www.goethe.de/be/bru/frallg.htm

Mrs Yuki IMURA (F)
Chargée de Mission, Consulat Général du Japon, “Tour Europe”, 20 Place des Halles, F - 67000 STRASBOURG, France
E-mail: y.imura@deal.oleane.com
 

Mr Yudhishthir Raj ISAR (E/F)
Cultural consultant and educator; Visiting Professor at The Nottingham Trent University, Adjoint Professor at the American University of Paris
9 rue de Toullier, F- 75005 PARIS
E-mail: rajisar@noos.fr

Mr Nobuhiro ITO (F)
Chargé de cours, Nagoya Institut de Hautes Études des Langues et Cultures, Université de Nagoya, Furo-machi, Chikusa-ku, Nagoya-shi 464-8601 JAPON
E-mail : itoh@lang.nagoya-u.ac.jp

Mme Clothilde JACOB (F)
Responsable de la Communication evénementielle, Service de l’Information et de la Communication, Ministère de l’Emploi et de la Solidarité, Présidente du Cercle Soleil Levant et Lumières, Association franco-japonaise culturelle, 7 rue de la Neva, 75008 PARIS
E-mail : sicom-comex-evenementiel@sante.gouv.fr

Mrs Brigitte KAHN (F)
Vice-Présidente de la WIZO (Women’s International Zionist Organisation), 7, bd Jacques Preiss, F – 67000 STRASBOURG, France

Professor Vjeran KATUNARIC (E)
University of Zagreb - Department of Sociology, Ivana Lucica 3, 1000 ZAGREB, Croatia
E-mail: vjeran.katunaric@zg.tel.hr / Web: http://rektorat.unizg.hr/

Père Jan KERKHOFS sj (F)
Professor at the University of Leuven
Waveresbaan 220, B- 3001 LEUVEN, Belgium
E-mail: Jan.Kerkhofs@Wet.KULEUVEN.AC.BE

Ms Diana KHADEM (E)
Representative of the Bahá’í International Community, Office of Public Information, 45, rue Pergolèse, F – 75116 PARIS
E-mail: opiparis@club-internet.fr

Prof. Dr. Ekkehart KRIPPENDORFF (E)
Researcher, Schulenburgring 5, D – 12101 BERLIN, Germany
Email: kpdff@zedat.fu-berlin.de

Dr Renate LAVICKA (E)
Vice-President of the Yoga in Daily Life Association
P/A Yogazentrum, Schikanedergasse 12/13, A- 1040 Vienna, Austria
Email: lavicka@vienna.at

Mrs France LEBON (F)
Directrice - Ministère de la Communauté française, Direction Générale de la Culture
44 bd Léopold II, BE - 1080 Bruxelles, Belgium
E-mail: france.lebon@cfwb.be / Web: www.cfwb.be/

Mr Philippe LEVALLOIS (F)
Responsable de l'antenne nouveaux mouvements et religiosités nouvelles de l'archevêché de Strasbourg, 27, rue des Juifs, F – 67000 Strasbourg France

Mahamandaleshwar Paramhans Swami MAHESHWARANANDA (E)
Yoga in Daily Life, Schikanedergasse 12/13, A - 1040 Vienna, Austria
E-mail: swamiji@vienna.at

Professor Rusmir MAHMUTĆEHAJIĆ (E)
International Forum "Bosnia", Ferhadija 30/III, Sarajevo, Bosnia and Herzegovina
E-mail: if_bosna@bih.net.ba

Mrs Thérèse MANGOT (F)
Direction générale de la Culture du Ministère de la Communauté française de Belgique, Blvd Léopold II, 44, B-1080 BRUXELLES, Belgium. Présidente du Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xenophobie (MRAX)
E-mail: therese.mangot@cfwb.be

Professeur Jean-Bernard MARIE (F)
Directeur de Recherche CNRS, Centre Société, Droit et Religion en Europe, Université Robert Schuman-CNRS, 23 rue du Loess BP 20, F - 67037 Strasbourg Cedex 02
E-mail : Jean-Bernard.Marie@c-strasbourg.fr
Web : http://www-sdre.c-strasbourg.fr

Mr. Carlos MARTÍN-RAMÍREZ (E)
Associacíon Nacional Presencia Gitana, Valderrodrigo, 76 y 78 – bajos, E – 28039 MADRID
E-mail: anpregit@teleline.es

Professor Raymond MENGUS (F)
Ancien professeur de la Faculté de Théologie Catholique de l’Université de Strasbourg, 18, rue des Hallebardes, F – 67000 STRASBOURG

Dr Rossen MILEV (E)
President of the Balkan Media and Europe-House, 72 Cyril I Metodi Str., 1202 SOFIA, Bulgaria
Email: balkanmedia@internet-bg.net
Web: www.balkanmediaacademy.bg

Mrs Barbara MOTZNEY (F)
Directrice, Relations internationales et dévelopment des politiques, Ministère du Patrimoine canadien, Les Terrasses de la Chaudière, 25, rue Eddy, 13e étage, Gatineau (Secteur Hull) K1A 0M5, Canada
E-mail: barbara_motzney@pch.gc.ca
Web: www.pch.gc.ca/

Mr Alain MOUCHOUX (F)
Responsable du Regroupement ONG Education-Culture du Conseil de l’Europe. Comité syndical européen de l'Education, 22, rue Corvisart, F - 75013 PARIS
E-mail: amouchoux@club-internet.fr

Mr Ray MULLAN (E)
Communication and Learning Resources, Community Relations Council, 6 Murray Street, Belfast BT1 6DN, Northern Ireland
E-mail: rmullan@community-relations.org.uk
Web : www.community-relations.org.uk

Professor Dr Masanori NAITO (E)
Institute for the Study of Global Issues -Graduate School of Social Sciences, Hitotsubashi University, Naka 2-1, Kunitachi, TOKYO, Japan
E-mail: cs00115@srv.cc.hit-u.ac.jp

Professor Radmila NAKARADA (E) apologies
Institute for European Studies, Trg Nikole Pascia 11, 11000 BEOGRAD, Federal Republic of Yugoslavia
E-mail: ies@eunet.yu

Mr Necil NEDİMOĞLU (E)
Head of Department, General Directorate for Cultural Relations, Ministry of Foreign Affairs, Balgat 06100 ANKARA, Turkey
E-mail : nnedimoglu@mfa.gov.tr / Web : www.mfa.gov.tr/

Ms Mette NEWTH (E)
Author and illustrator, P.Box 22, 1334 Rykkinn, Norway
E-mail: mcnewth@online.no

Mr Rainer NOLTE (E)
Dialog und Synergie, Leiter der Abteilung, Institut für Auslandsbeziehungen e.V, Charlottenplatz 17, D - 70173 STUTTGART
E-mail : nolte@ifa.de / Web site : www.ifa.de

Chôjun Tzunemaro OTANI (F)
Maitre du sam-gha Honganji, Honganji Community Kyoto, 8-1, Kamikazan Asahiyama-cho, Yamashina-ku, KYOTO 607-8461

Mrs Elisabeth PARMENTIER (F)
Présidente de la Communion Ecclésiale de l’Euenberg, Professeur de théologie pratique, Faculté de théologie protestante, Université Marc Bloch. 8 Place St Pierre le Vieux, F – 67000 STRASBOURG
E-mail: jparm@infonie.fr

Professor Igor PELLICCIARI (E)
University of Urbino; EC and CoE consultant
Via dei' Nobili 1, SantArcangelo di Romagna 47822 (RN), Italy
E-mail : igorpel@libero.it

Mr Jean PETAUX (F)
Chargé de la communication et des relations extérieures, Institut d’études politiques – Université de Bordeaux, 11, allée Ausone - Domaine universitaire, F-33607 PESSAC CEDEX
E-mail: j.petaux@sciencespobordeaux.fr

Mr Graham PHAUP (E)
Executive Vice President, Programs and Development - Institute for Global Ethics, P.O. Box 563, CAMDEN, 04843 Maine, United States of America
Email: gphaup@globalethics.org / Web: www.globalethics.org/

Mr Colin PRESCOD (E)
Curator of theatre festivals and events, 88a Cambridge Gardebs, W10 6HS LONDON, United Kingdom
E-mail: c.prescod@virgen.net

Mr Jadranko PRLIC (E) apologies
President of the European Movement Forum 2000, Strosmajerova 6, 71000 SARAJEVO, Bosnia and Herzegovina
Mobile: (+387) 61 2111 36 / Fax: (+387) 33 679 275

S. E. M. Abolfazl RAHNAMA (E)
Ministry of Foreign Affairs, Kushk e Mesri Street, Eman Khomeini SQ, TEHERAN, Iran

Professeur Tariq RAMADAN (F) apologies
Université de Fribourg, Portes de Fribourg, Rte d'Englisberg 9
CH - 1763 Granges-Paccot, Switzerland
E-mail: Tariq.Ramadan@unifr.ch / Web: www.unifr.ch/sr/F_RAMADAN.htm

Ms. Amila RAMOVIC (E)
Programme Co-ordinator ARS AEVI– Museum of Contemporary Art Sarajevo, Centar "Skenderija", Terezije bb, 71 000 SARAJEVO, Bosnia and Herzegovina
Email: amila@arsaevi.ba

S. E. l’Évêque Emmanuel de RÉGHION (F) apologies
Bureau de l’Église orthodoxe auprès de l’Union Européenne
40, Place de Jamblinne de Meux, B – 1040 BRUXELLES

Dr Norman RICHARDSON (E)
Senior Lecturer in Religious Studies, Co-ordinator for Diversity and Mutual Understanding Programmes, Stranmillis University College, Belfast BT9 5DY, United Kingdom
E-mail: n.richardson@stran-ni.ac.uk

Professor Raül ROMEVA (E)
Lecturer and programme coordinator, School of Culture of Peace, Universitat Autònoma de Barcelona, Edifici G – 6, Campus de la UAB, 08193 BELLATERRA, Spain
E-mail: rromeva@pangea.org / Web site : www.pangea.org/unescopau

M. Gilbert ROOS (F)
Président de la Commission des Institutions Européennes, Congrès Juif Européen, 20 rue Gottfried, 67000 STRASBOURG

Frau Dr Ursula RÖPER (E)
Ethnologist, Researcher in Religious Studies
Kantstr. 66a, D – 10627 BERLIN
E-mail: ursula.roeper@t-online.de

M. Francis ROSENSTIEL (F)
Ambassadeur de bonne volonté auprès du Conseil de l’Europe, Président du Forum pour l’Europe démocratique, Palais de l’Europe, F – 67000 STRASBOURG, France
E-mail: forum.europe.democratique@coe.int

Mr. Calin RUS (E)
Director, Institut Interculturel Timisoara, Str Miron Costin, nr. 2, TIMISOARA, Romania
E-mail: iit@iit.dnttm.ro / Web: www.intercultural.ro/

Dr Frank SCHILLING (E)
Arbeitsgruppe K 31, Beauftragter der Bundesregierung für Angelegenheiten der Kultur und der Medien (BKM), Bundesallee 216 – 218, D – 10719 BERLIN
E-mail: Frank.Schilling@bkm.bmi.bund.de

Mr Abdellatif SETTI (F)
Attaché Social, Consulat Général du Royaume du Maroc, 7 rue Erckmann Chatrian, F – 67000 STRASBOURG, France

Rabbi Awraham SOETENDORP (E)
Laan Van Roos en Doorn 39/N, 2514 BC The HAGUE, Netherlands
E-mail: corinnebierman@brains.nl

Mr Veton SURROI (E)
publisher of KOHA Ditore newspaper, KOHA Media Group, Nene Tereze 31, PRISTINA Kosovo
E-mail: redaksia@kohaditore.com / veton@kohaditore.com

Mr Géza TESSÉNYI (E)
Director of the Intercultural Leadership School
44, rue de Chambord, F – 67000 STRASBOURG
E-mail: geza@intercivilization.net

Professor Constantin VON BARLOEWEN (E/F)
Professor of Anthropology, Member of the Advisory Committee of the Harvard Academy – Harvard University. 15 rue Elzevir, F - 75003 PARIS

Professor Olga VORKUNOVA (E)
Director, Centre for Development and Peace Studies FORUM
B. Nikitskaya, 49-96, MOSCOW 121069, Russia
E-mail: deos@cityline.ru / Web: www.deos.da.ru

Professor Patrick WATIER (F)
Directeur de l’Unité Mixte de Recherche Culture et Société en Europe – CNRS. Université Marc Bloch, Institut de Sociologie, 22 rue René Descartes, F – 67084 STRASBOURG CEDEX, France
E-mail: Patrick.watier@umb.u-strasbg.fr
Web: http://u2.u-strasbg.fr/ici/UMB/site/

Mr Raymond WEBER (F)
Directeur de l’Institut “ Développement, Droits de l’Homme et Cultures ” du Centre Universitaire de Luxembourg, 10 Rue Jos Sunnen, LU- 5403 BECH-KLEINMACHER
E-mail: raymond.weber@cu.lu

Mr Hidekazu YAMAGUCHI (F)
Consul Général, Consulat général du Japon, “Tour Europe”, 20 Place des Halles, F - 67000 STRASBOURG, France

Délégation de la Ligue des Etats Arabes

36, rue Fortuny, F – 75017 PARIS, Web : www.leagueofarabstates.org

Ms Samia BIBARS (F)
Second secretary, League of Arab States in charge of intercivilizations dialogue department in Kairo

Mr Mohamed Hassan CHABOU (F)
Directeur - Direction pour l’Europe et la Coopération Euro-Arabe

Mr Dr Nassif HITTI (F)
Directeur de la Mission de la Ligue des Etats Arabes à Paris

Mrs Mouna Samir KAMEL (F)
Responsable des Organisations Européennes, Direction de l’Europe
Ligue des Etats Arabes - Mission de Paris

Délégation de l’Organisation de la Conférence Islamique

PO Box: 178, Jeddah-21411, Kingdom of Saudi Arabia
E-mail: oiccabinet@oic-oci.org

M. l’Ambassadeur Ahmed GHAZALI
Directeur du Département des Affaires politiques

M. l’Ambassadeur Atta AL MANANE
Directeur des Affaires politiques -Organisation de la Conférence Islamique

M. Mohamed BENADELJALIL
Directeur du Département des Affaires politiques
M. Ali BELARBI
Directeur de l’Information

Comité des Ministres du Conseil de l’Europe

M. l’Ambassadeur Gérard PHILIPPS (F)
Président des Délégués des Ministres. Représentant Permanent du Luxembourg auprès du Conseil de l’Europe. Chancellerie, 65 allée de la Robertsau, F – 67000 STRASBOURG, France
E-mail: rplux.coe-sle@wanadoo.fr

Ambassador Lana GOGOBERIDZE (F)
Permanent Representative of Georgia to the Council of Europe
10 rue de la Schiffmatt, F - 67000 STRASBOURG, France
E-mail : georgia.coe@wanadoo.fr

Ambassador Johannes C. LANDMAN (E)
Permanent Representative of The Netherlands to the Council of Europe. Chancellerie, 3, place Sébastien Brant, F – 67000 STRASBOURG, France
E-mail: str@minbuza.nl

* * *

M. Ognyan CHAMPOEV
Adjoint au Représentant Permanent de la Bulgarie auprès du Conseil l’Europe, 22, rue Fischart, F – 67100 STRASBOURG, France

Mme. Jadranka CIPOT STOJANOVIC
Représentante permanente adjointe de la Bosnie Herzégovine auprès du CoE. Palais de l’Europe, Pièce 1523, F-67075 STRASBOURG Cedex, France

Ms Jasna DERVIS (F)
Adjoint au Représentant Permanent de la Croatie auprès du Conseil de l'Europe, 70, allée de la Robertsau, F – 67000 STRASBOURG, France
E-mail : rpcro@noos.fr

Monsignor Paul Richard GALLAGHER (E)
Special Envoy of the Holy See to the Council of Europe
2, rue Le Nôtre, F – 67000 STRASBOURG, France
E-mail: saint.siege.strg@wanadoo.fr

Ambassador Dr Igor GAON (E)
Permanent Representative of Bosnia and Herzegovina to the Council of Europe, Palais de l’Europe, Pièce 1523, F – 67075 STRASBOURG Cedex, France

Ms Karitas H. GUNNARSDÓTTIR (E)
Director of cultural Affairs, Ministry of Education, Science and Culture, Sölvitólsgötu 4, 150 Reykjavik, Islande
E-mail : karitas.gunnarsdottir@mrn.stjr.is

Mr l'Ambassadeur Neven MADEY (E)
Représentant Permanent de la Croatie auprès du Conseil de l'Europe
70, allée de la Robertsau, F – 67000 STRASBOURG, France
E-mail : rpcro@noos.fr

Mr Michel PEETERMANS (F)
Représentant Permanent Adjoint de la Belgique auprès du Conseil de l’Europe, 41, allée de la Robertsau, F- 67000 STRASBOURG, France
E-mail : beleuro-strasbourg@wanadoo.fr

Mrs Növber VEÇHÏ (F)
Adjoint au Répresentant Permanent de la Turquie auprès du Conseil de l’Europe, Chancellerie, 23, boulevard de l’Orangerie, F – 67000 STRASBOURG, France
E-mail: turkeuro@noos.fr

Ambassador Dr. WEGENER
Permanent Representative of Germany to the Council of Europe.
12, boulevard du Président Edwards, F – 67000 STRASBOURG, France
E-mail: rp.allemagne@wanadoo.fr

Participants du Comité Directeur de la Culture

Mrs Roberta ALBEROTANZA (F)
Vice Directeur de l’Institut Italien de Culture, Rr. Mustafà Matohiti 10, TIRANA, Albanie
E-mail: roberta.alberotanza@esteri.it

Ms Vesna ČOPIČ (E)
State Undersecretary, Ministry of Culture, Slovenska 27-29, SI-1000 LJUBLJANA, Slovenia
E-mail: vesna.copic@gov.si / Web site: http://www.gov.si/mk/index.htm

Ms Daiva DAPSIENE (E)
Head International Relations and European Integration Department, Ministry of Culture, J. Basanavičiaus 5, LT-2600 VILNIUS, Lithuania
E-mail: daiva@muza.lt

Ms Antoaneta A. HANSTEEN (E)
Senior Executive Officer, Department of Culture, Ministry of Cultural and Church Affairs, PO Box 8030 Dep., NO-0030 OSLO, Norway
E-mail: aah@kkd.dep.no

Ms Saadat KHALAFOVA (E)
Chief Expert of Cultural Policy Department, Ministry of Culture, Government House, AZ – 370016 BAKOU, Republic of Azerbaijan
E-mail: saadat_khalafova@hotmail.com

Mrs Zoé KAZAZAKI (F)
Chef de la Section des Organisations internationales de la Direction des relations culturelles internationales, Ministère de la Culture, Direction des Relations culturelles, 1, rue Rethymnou, GR-106 81 ATHENES
E-mail: Zoe.Kazazaki@dms.culture.gr

Mrs Božena KRÍŽIKOVÁ (F)
Directrice du Département d'Intégration européenne, Ministère de la Culture, Nám. SNP 33, SK-813 31 BRATISLAVA, République Slovaque
E-mail : bozena_krizikova@culture.gov.sk

Ms Sevda MAMEDALIYEVA (E)
Deputy Minister of Culture, Government House, AZ – 370016 BAKOU, Azerbaijan
E-mail: moc@mednet.az

Mr Alf MODVAR (E)
Deputy Director General, Department of Culture, Ministry of Cultural and Church Affairs, PO Box 8030 Dep., NO-0030 OSLO, Norway
E-mail: alf.modvar@kkd.dep.no

Ms Eleni NIKITA (E)
Senior Cultural Officer, Cultural Services, Ministry of Education and Culture, Kimonos and Thoukydidou Corner, CY-1434 NICOSIA
E-mail: cycult@cytanet.com.cy

Mrs Viktória PÁLÓCZI-HORVÁTH (E+F)
Chargée des Affaires européennes, Département des Affaires européennes et des Relations internationales, Ministère du Patrimoine culturel, Wesselenyi utca 20-22, HU-1077 BUDAPEST
E-mail: viktoria.paloczi@nkom.gov.hu

Ms Pirkko RAINESALO (E)
Counsellor for Cultural Affairs, Ministry of Education, Department for Cultural, Sport and Youth Policy, PO Box 29, FI-00023 GOVERNMENT
E-mail: pirkko.rainesalo@minedu.fi

Ms Gabrielle SZABÓ-PAP (E)
Counsellor, Ministry of Cultural Heritage, Wesselenyi utca 20-22, 1077 BUDAPEST, Hungary
E-mail: gabriella.szabopap@nkom.gov.hu

Ms Antra TORGANE (E)
Ministry of Culture, 11a Kr Valdemara iela, LV- 1364 RIGA, Latvia
E-mail: antra.torgane@km.gov.lv

Ms Oksana VASSYLIEVA (E)
Head of Division, Directorate for Cultural and Humanitarian Co-operation, Ministry of Foreign Affairs of Ukraine, 1 Mykhaylivska sqr., 01018 KYIV, Ukraine
E-mail: zsmfa@mfa.gov.ua

Mr Peter VAN ZAANE (E)
Head of Section, Ministry of Culture, Nybrogade 2, DK-1203 Copenhagen K, Denmark
E-mail: pvz@kum.dk

Mme Carolle VON INS (F)
Département fédéral de la Culture, Office fédéral de la Culture, Droit et Affaires Internationales, Hallwylstrasse 15, CH-3003 BERNE, Suisse
E-mail: carolle.vonins@bak.admin.ch

CONSEIL DE L'EUROPE

Adresse e-mail: prenom.nom@coe.int

SECRETARIAT GENERAL

Mr Walter SCHWIMMER
Secretary General

PRIVATE OFFICE OF THE SECRETARY GENERAL

Ms Elda MORENO

DIRECTORATE GENERAL OF POLITICAL AFFAIRS (DGAP)

Mr Marc SCHEUER
Director of Political Advice and Co-operation

Ms Fifi BENABOUD
Senior Advisor to the Executive Director, responsible for the Trans-Mediterranean Dimension: North-South Centre of the Council of Europe, Avenida da Liberdade, 229-4°, 1250-142 LISBOA, Portugal

Ms Juta GÜTZKOW
Head of Division of NGOs and civil society – Cooperation programmes: Confidence Building Measures, Democratic Leadership, Civil Society initiatives

Mme Claudia LUCIANI

Mr Max GILBERT

Mme Paula LUCIANO-PALMIERI

INTEGRATED PROJECT 2: RESPONSES TO VIOLENCE IN EVERYDAY LIFE IN A DEMOCRATIC SOCIETY

Mr Jean-Pierre TITZ
Manager of Integrated Project 2

Mr Lauri SIVONEN
Administrator of Integrated Project 2

INTEGRATED PROJECT 1: MAKING DEMOCRATIC INSTITUTIONS WORK

Mr Michael REMMERT
Manager of Integrated Project 1

SECRETARIAT OF THE PARLIAMENTARY ASSEMBLY

Mr C. GRAYSON
Head of the Secretariat of the Committee on Culture, Science and Education

OFFICE OF THE HUMAN RIGHTS COMMISSIONER

Mr Alexandre GUESSEL

CONGRESS OF LOCAL AND REGIONAL AUTHORITIES OF EUROPE

Mr Ulrich BOHNER, directeur exécutif adjoint du Congrès

DIRECTORATE GENERAL OF HUMAN RIGHTS (DG II)

EUROPEAN COMMISSION AGAINST RACISM AND INTOLERANCE

Ms Isil GACHET
Executive Secretary

Ms Heike KLEMPA
Responsable des relations avec la société civile

EQUALITY DIVISION

Mrs Ólöf ÓLAFSDÓTTIR-ERGÜN
Head of Division (actually DG IV see below)

Ms Karen PALISSER
Principal administrative assistant

DIRECTORATE GENERAL OF SOCIAL COHESION (DG III)

 
Mrs Gabriella BATTAINI-DRAGONI excusée
Director General

DIRECTORATE GENERAL OF EDUCATION, CULTURE AND HERITAGE, YOUTH AND SPORT (DGIV)

Mr Bendik RUGAAS
Director General

DIRECTORATE OF EDUCATION AND HIGHER EDUCATION

Mr Gabriele MAZZA excusé
Director

Mr James WIMBERLEY
Head of Project Education for intercultural and interfaith dialogue

Mrs Ólöf ÓLAFSDÓTTIR-ERGÜN

Ms Alison CARDWELL

Ms Carole REICH

DIRECTORATE OF YOUTH AND SPORT
 
Mr Mario MARTINS excusé
Director

Mr Michael INGLEDOW

DIRECTORATE OF CULTURE AND HERITAGE – ORGANISER OF THE EXPERT COLLOQUY

Mr José-Maria BALLESTER
Director

Mme Vera BOLTHO
Head of the Cultural Policy and Action Department

Mr Domenico RONCONI
Head of the Cultural Action Division, Administrator of Cultural Routes Project

Ms Kathrin MERKLE
Head, Cultural Policies Research and Development Unit

Ms Madalena GROSSMAN
Head of Project, Cultural Policy and Cultural Diversity

Projet Dialogue interculturel et prévention des conflits

Mrs Simone BERNHARDT
Project Manager

Assistants

Ms Camille DESERT
Ms Sandra FERREIRA
Mrs Marie-Pierre FRONTEAU
Ms Evelyne PORRI-BILLU
Ms Frédérique PRIVAT-DE-FORTUNIE

Translators

Mr Jean SLAVIK
Mrs Brigitte LUDEWIG-QUAINE
Mr Christopher TYCZKA

Note  Note 
1 Chef de Département, Directeur Général pour les Relations Culturelles, Ministère des Affaires Etrangères, TURQUIE
Note  Note 
2 Ambassadeur du Luxembourg auprès du Conseil de l’Europe, Président des Délégués des Ministres. STRASBOURG
Note  Note 
3 Reportée aux 17-18 février 2003 sur proposition du Comité Directeur de la Culture
Note  Note 
4 bid
Note  Note 
5 Professeur. Directeur de TRANSCEND. Réseau pour la Paix et le Développement, FRANCE
Note  Note 
6 Professeur de Science Politique, Institut d’Etudes Politiques d’Aix-Marseille. FRANCE
Note  Note 
7 Professeur de Philosophie, Université du Caire. EGYPTE
Note  Note 
8 Gouverneur de Tuzla, ancien maire de Tuzla, BOSNIE-HERZEGOVINE
Note  Note 
9 Professeur. Université Mohamed V. Rabat. MAROC
Note  Note 
10 Docteur en Sciences Religieuses. Grand Mufti de Marseille. FRANCE
Note  Note 
11 Directrice de Transeuropéennes, Paris, FRANCE
Note  Note 
12 Directrice. Ministère de la Communauté française. Direction Générale de la Culture. BELGIQUE
Note  Note 
13 Chef du Service des Politiques et Actions Culturelles. Conseil de l’Europe. STRASBOURG
Note  Note 
14 Professeur à l’Institut des problèmes mondiaux. Université Hitotsubashi, Tokyo. JAPON
Note  Note 
15 Professeur. Forum International « Bosnia ». Sarajevo. BOSNIE-HERZEGOVINE
Note  Note 
16 Professeur de théologie pratique. Présidente de la Communion Ecclésiale de l’Euenberg. Université Marc-Bloch. Strasbourg. FRANCE
Note  Note 
17 Directeur de l’Ecole du Leadership Interculturel. Strasbourg. FRANCE
Note  Note 
18 Secrétaire Général du Conseil de l’Europe. Strasbourg. FRANCE
Note  Note 
19 Le Yoga dans la vie quotidienne. Vienne. AUTRICHE
Note  Note 
20 Professeur. Graduate School of Education. Université Queen. Belfast. IRLANDE DU NORD
Note  Note 
21 Ambassadeur de l’Organisation de la Conférence Islamique, Directeur des Affaires politiques. Jeddah. ROYAUME D’ARABIE SAOUDITE
Note  Note 
22 Secrétaire du Comité épiscopal français pour les relations avec le judaïsme. Paris. FRANCE
Note  Note 
23 Professeur. Conseiller au Centre de Planification Stratégique, District Fédéral de la Volga. Moscou. RUSSIE
Note  Note 
24 Consultant culturel et éducateur. Professeur invité à l’Université américaine de Paris et à l’Université Trent de Nottingham. ROYAUME-UNI
Note  Note 
25 Editorialiste. Journal « KOHA Ditore », Pristina. KOSOVO
Note  Note 
26 Président de la Région Européenne de l’Union mondiale pour le judaïsme libéral. Membre du Comité directeur mondial des dirigeants religieux. La Haye. PAYS-BAS
Note  Note 
27 Directeur des communications au Conseil de relations intercommunautaires d’Irlande du Nord et président du Conseil nord-irlandais sur l’éducation mixte. Belfast. IRLANDE DU NORD
Note  Note 
28 Maître-assistant à l’Institut Universitaire Stranmillis. Belfast. IRLANDE DU NORD
Note  Note 
29 Coordinatrice du projet ARS AEVI – Musée d’Art contemporain de Sarajevo. BOSNIE-HERZEGOVINE
Note  Note 
30 Chercheuse en sciences sociales. Université de Chypre. Nicosie. CHYPRE
Note  Note 
31 Directeur d’ISCOMET. International Scientific Conference Minorities for Europe of Tomorrow. Maribor. SLOVENIE
Note  Note 
32 Romancière, essayiste. Recteur de l’Institut National des Arts - ONCA. Oslo. NORVEGE
Note  Note 
33 Sociologue. Directeur de l’Institut Interculturel. Timisoara. ROUMANIE
Note  Note 
34 Jésuite. Professeur émérite de théologie et de sociologie à l’Université catholique de Louvain. Louvain-la-Neuve. BELGIQUE
Note  Note 
35 Chôjun. Professeur honoraire de langue française dans des universités japonaises. Président de la Fondation religieuse Higashiyama. Kyôto. JAPON
Note  Note 
36 Conseillère au Ministère de l’Héritage Culturel. Budapest. HONGRIE
Note  Note 
37 Département fédéral de la Culture, Office fédéral de la Culture, Droit et Affaires Internationales, Berne. SUISSE
Note  Note 
38 Représentant du « Groupe des Educationalistes » à la Conférence des Eglises Européennes (CEC-KEK), Saint-Léger. FRANCE
Note  Note 
39 Association monténégrine des Auberges de Jeunesse. Podgorica. Montenegro. REPUBLIQUE FEDERALE DE YOUGOSLAVIE
Note  Note 
40 Présidente du Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Xénophobie – MRAX, Bruxelles, BELGIQUE
Note  Note 
41 Représentante de l’association « Dramatic Solutions », Londres, ROYAUME-UNI
Note  Note 
42 Directeur de l’Institut des Sciences de l’Education, Bucarest. ROUMANIE
Note  Note 
43 Directrice du Service de l’Education permanente. Direction générale de la Culture. Ministère de la Communauté Française de Belgique. Bruxelles. BELGIQUE
Note  Note 
44 Représentante de la Communauté Internationale de Baha’i, Bureau d’Information Publique, Paris. FRANCE
Note  Note 
45 Responsable des Organisations Européennes. Direction de l’Europe. Ligue des Etats Arabes. Mission de Paris. FRANCE
Note  Note 
46 Professeur. Département de Sociologie. Université de Zagreb. CROATIE
Note  Note 
47 Directeur du Projet Noa’h, Strasbourg. FRANCE
Note  Note 
48 Le présent rapport est la somme des réflexions personnelles du Rapporteur général et ne doit en aucune manière être interprété comme l’opinion officielle du ministère turc des Affaires étrangères. Les fruits des séances de travail du colloque figurent dans des rapports séparés et ce texte doit être lu combiné à ces rapports. Outre l’ensemble des communications de ce colloque, l’auteur s’est largement inspiré du discours d’ouverture de M. Walter Schwimmer, Secrétaire général du Conseil de l’Europe, et de l’intervention du Docteur Raj Isar, conseiller culturel et enseignant, professeur invité de la Nottingham Trent University et de l’Université américaine de Paris.
Note  Note 
49 Chef du Service des Politiques et Actions Culturelles, Direction de la Culture et du Patrimoine Culturel et Naturel, DGIV - Conseil de l'Europe, Strasbourg, FRANCE
Note  Note 
50 Institut für Auslandsbeziehungen, Stuttgart, ALLEMAGNE
Note  Note 
51 Directeur de l’Ecole du Leadership Interculturel. Strasbourg. FRANCE
Note  Note 
52 Professeur. Graduate School of Education. Université Queen. Belfast. IRLANDE DU NORD
Note  Note 
53 Professeur. Département de Sociologie. Université de Zagreb. CROATIE