Réunion informelle des Ministres de la culture: «Le nouveau rôle et les nouvelles responsabilités des ministres de la culture pour initier le dialogue interculturel» - Strasbourg, les 17 et 18 février 2003 

Discours de Mme Maud de Boer-Buquicchio, Secrétaire Générale Adjointe

Mesdames, Messieurs les Ministres;
Mesdames, Messieurs, 

Je suis heureuse de vous rencontrer au Conseil de l’Europe et à Strasbourg, dans ces lieux significatifs, lieux de dialogue, où tant de délibérations et de décisions ont eu lieu – en des moments clé de la construction européenne.

Je ne peux pas m’adresser à vous sans rappeler le rôle incontournable que la culture joue dans la construction de notre continent et dans la vie de plus de 800 millions d’Européens. La culture représente un outil précieux pour la connaissance et la compréhension mutuelles, un moyen et un but de coopération, une opportunité d’expression et de créativité : en somme, une preuve d’humanisme et une affirmation des valeurs que nous partageons.
Ce colloque saura sans doute mettre en évidence les possibilités offertes par une approche culturelle de la gouvernance politique et, de manière encore plus actuelle, d’une gouvernance qui tient compte de la nature de plus en plus multiculturelle de nos sociétés.

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Le Comité de la Culture a été très éclairé quand, stimulé par l’engagement du Secrétaire Général en faveur du dialogue inter religieux et interculturel, il a décidé de mettre en oeuvre le projet « Dialogue interculturel et prévention des conflits » Celui-ci s’insère dans la politique générale de notre Organisation pour la consolidation de la paix et la stabilité démocratique.

Il était en effet temps d’inviter les Européens à faire de la diversité de leurs cultures et de leurs traditions un atout capital du vivre ensemble. Tel est notre objectif ainsi que l’une des raisons d’être de notre Organisation. Pour atteindre cet objectif, nous devons répondre à trois questions :

1. Comment franchir le pas du multiculturel vers l’interculturel ? Dans d’autres mots, comment passer de la connaissance empathique de l’Autre au dialogue enrichissant ? ;

2. Comment garantir la compréhension des difficultés et des problèmes (de leur cause, de leurs racines, de leur complexité) ? ;

3. Comment obtenir l’engagement éclairé et ferme pour les résoudre et les prévenir ? ;

Une chose me semble claire : il ne peut y avoir compréhension, ni prévention, ni résolution des conflits sans une politique conséquente, apte à guider les choix et à gérer les situations. Nous avons besoin d’une politique présente à tous les niveaux de la prise de décision et qui donne aux parties concernées les moyens de concevoir et mettre en pratique des actions concluantes.

Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames, Messieurs,

Ce colloque constitue une étape importante dans la voie que nous nous sommes tracée. Vos contributions aux débats définiront la direction a suivre. D’abord, par une prise de position collective à propos d’un cadre conceptuel pour la politique de notre temps. La valeur ajoutée sera que vous, Ministres, vous aurez conçu ensemble, et au nom de cette Europe que vous représentez,  une déclaration qui ne pourra qu’être historique, vu les moments historiques de passage de millénaire que nous vivons aujourd’hui.

Cette déclaration vous l’aurez conçue à Strasbourg, vous aurez l’occasion de la parfaire et de la finaliser au colloque d’Opatija où aura lieu en octobre prochain, à l’invitation de la République de Croatie, la deuxième phase de ce colloque.

Votre débat devra aussi aborder des propositions ambitieuses qui marqueront un tournant dans le rôle traditionnel des Ministres de la Culture au niveau national et européen, à savoir la mise en place d’une table ronde ministérielle chargée du suivi de la déclaration, l’organisation d’un colloque interculturel annuel, la nomination de « cités européennes interculturelles ».

En découleront ensuite des orientations précieuses – pouvant être intégrées dans le programme du Conseil de l’Europe – à propos de la stratégie ou des outils opérationnels à mettre en oeuvre dans les années à venir : l’échange d’informations, l’apprentissage mutuel sur la base de « cas » en tout sens exemplaires, l’adoption et l’évaluation de politiques appliquées aux différentes situations, l’illustration itinérante des meilleures expériences.

La liaison suivie « politique-action stratégique-politique » est très originale, je dirais indispensable, pour les problèmes et les opportunités dont il est question durant ce colloque, et se traduira certainement par l’adoption de recommandations successives rythmées par le Plan d’Action et la Déclaration.

Cet exercice même – de rencontre informelle dans le vif d’un sujet – est fait pour devenir exemplaire dans sa méthode, et pour être répété.

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Mesdames et Messieurs les ministres de la Culture,

En discutant et en concevant « votre nouveau rôle et vos nouvelles responsabilités pour initier le dialogue interculturel, vous entrez de plein pied dans la dynamique exigée par la complexité de l’époque moderne. Votre rôle devient proactif, et votre réflexion contribuera sans doute à la conception et à la mise en place de la nouvelle gouvernance que tout le monde a le droit d’attendre des responsables de l’Europe en construction.

Mesdames, Messieurs,
Comme vous l’aurez appris d’après le riche programme de ces deux jours, vos travaux seront rythmés par l’illustration éloquente de très beaux messages. Le Conseil de l’Europe a l’honneur d’accueillir trois expositions : « Le patrimoine culturel mondial en Slovaquie », « Archives ottomanes : exemples de politiques d’accueil », « Bosnie-Herzégovine : Le Dialogue pour un avenir ». L’exposition « Les dieux comme les hommes », aux Musées des Beaux-Arts, vous sera présentée ce soir par la Ville de Strasbourg en tant que signe exceptionnel de sa participation au Colloque. Puissent ces oeuvres et ces messages inspirer vos délibérations et, en femmes et hommes de culture que vous êtes, vous donner du plaisir.

Toutes les conditions sont donc remplies pour le succès de ce colloque. Il m’est vraiment très agréable de vous souhaiter un excellent travail, que tant moi que le SG, au nom de l’Organisation, ne cesserons d’accompagner de notre vif engagement.

Je vous remercie de votre attention.