Réunion informelle des Ministres de la culture: «Le nouveau rôle et les nouvelles responsabilités des ministres de la culture pour initier le dialogue interculturel» - Strasbourg, les 17 et 18 février 2003 

Allocution d'ouverture de l'Ambassadeur Rokas Bernotas au Colloque ministériel des Ministres européens responsables des Affaires culturelles

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Ministres,
Madame le Secrétaire Général adjoint, Mesdames et Messieurs,

C'est un grand honneur pour moi d'ouvrir ce colloque consacré au nouveau rôle des Ministres de la Culture consistant à promouvoir le dialogue interculturel, ainsi que de souhaiter aux délégations la bienvenue au nom des Délégués du Comité des Ministres et en ma qualité de président du Groupe de travail sur le dialogue multiculturel et inter-religieux.

Le nombre des ministres participant au colloque en dit long sur l'intérêt porté au Conseil de l'Europe et à ses objectifs statutaires, de même qu'au travail qu'accomplit l'Organisation dans ce domaine particulier du dialogue interculturel et de la prévention des conflits.

En tant qu'organisation paneuropéenne, le Conseil de l'Europe se préoccupe depuis longtemps du pluralisme et du dialogue culturels. Néanmoins, il convenait de réaffirmer cette activité après les tragiques événements du 11 septembre 2001, qui ont eu lieu juste avant que la Lituanie ne prenne la présidence du Comité des Ministres. Durant sa présidence, la Lituanie a accordé une importance et un soutien considérables au dialogue multiculturel et inter-religieux. Par décision du Comité des Ministres, ce dialogue a été réaffirmé comme étant l'un des moyens d'attaquer le terrorisme à la racine. Le groupe de travail ad hoc a été créé pour dresser l'inventaire des activités du Conseil de l'Europe visant à promouvoir le dialogue multiculturel et inter-religieux au sein des sociétés européennes comme avec nos voisins européens.

Cette question était l'une de celles examinées pendant la 110ème session du Comité des Ministres, à Vilnius, et à la réunion informelle organisée "au coin du feu" la veille de la session, à laquelle le Secrétaire Général du Conseil de l'Europe avait invité M. Amre Moussa, Secrétaire général de la Ligue arabe. Ce dialogue avec la Ligue arabe se poursuit au niveau du Secrétariat, et des relations concrètes ont été établies également avec l'Organisation de la Conférence islamique. Ce sont là des pas importants pour le dialogue extérieur avec les voisins du Conseil de l'Europe.

Il importe non moins, cependant, de développer le dialogue intérieur, c'est-à-dire au sein même des sociétés européennes. Il est indispensable de travailler au dialogue culturel dans une Europe pacifique et unie pour comprendre et gérer des situations délicates d'ordre politique, social, économique ou culturel, et aucune communauté ne doit se sentir mise à l'écart par les communautés dominantes.

En tant que Lituanien, je suis fier de pouvoir dire que la diversité et la tolérance culturelles sont inhérentes à nos traditions et à notre histoire. La Lituanie étant à la croisée des cultures, des civilisations et des échanges commerciaux, elle a été habitée par des groupes ethniques et religieux différents. Notre capitale, Vilnius, est un symbole de leur coexistence pacifique. Historiquement, Vilnius est mentionnée pour la première fois comme capitale de la Lituanie par notre grand-duc Gediminas dans ses lettres au Pape Jean XXII invitant des artisans de diverses professions à venir s'installer en Lituanie et leur garantissant le droit d'y pratiquer librement leur religion. Vilnius est devenue depuis lors une cité multiculturelle où les cultures polonaise, juive, russe, karaïte, tatare, biélorusse et ukrainienne ont fleuri et où plusieurs religions se sont établies.

Je suis ravi de constater qu'à la suite de l'élan politique imprimé par le Comité des Ministres, les travaux se poursuivent aujourd'hui au sein des ministères directement concernés par la coopération culturelle. J'espère qu'après avoir adopté des plans d'action au niveau national, les pouvoirs locaux reprendront cette initiative à leur compte pour la mettre en pratique.

Par votre réunion et vos discussions, vous aurez à concevoir les moyens et méthodes qui permettront de faire de ce rêve - la culture pour la paix et le développement - une "révolution" tangible des mentalités qui préparera la voie aux nouvelles générations d'Européens.

Vous êtes invités, aujourd'hui, à apporter votre contribution à trois importantes séances. Étant donné que les conflits font partie de notre histoire - passée et présente - et qu'il en éclatera sûrement à l'avenir par l'usage, le mésusage et l'abus de la culture, il est des plus utile de commencer la discussion en évoquant des cas précis, notamment en rappelant ceux dans lesquels une prévention, une sage gestion et une réconciliation ont eu lieu ou non après coup. Comme c'est le cas en Lituanie, l'histoire peut à coup sûr fournir des exemples positifs de tolérance et de coexistence pacifique.

Après une discussion sur le lien entre les notions de culture et de conflit et sur le fait que leur compréhension répond à notre souhait de trouver des solutions durables, la deuxième séance aidera non seulement à voir dans la diversité un élément de l'identité européenne - qu'il faut reconnaître comme tel -, mais aussi à recommander la diversité en tant que valeur positive grâce à laquelle le dialogue devient possible, sachant ce que le dialogue signifie et comment faire de lui un facteur politiquement dynamique.

La troisième séance nous permettra d'étudier la raison d'être et la portée politique de notre réunion, à savoir la manière de mettre en pratique le dialogue culturel, d'utiliser la diversité culturelle comme moyen décisif de promouvoir et de pratiquer le dialogue - ainsi que de le montrer en action - dans une bonne gouvernance "culturelle", en tant que moyen moderne de lutter contre les superstitions et les extrémismes.

Cet exercice et ce processus - qui sera suivi de réunions périodiques tenues à votre niveau comme à celui du Comité des Ministres - nous amènera tous à tracer des lignes directrices ayant pour but d'inspirer les organes exécutifs et consultatifs de tous nos États membres comme de notre organisation, laquelle tiendra compte de vos avis dans l'élaboration de son programme de travail politique intergouvernemental.

La déclaration sur le dialogue interculturel et la prévention des conflits, qui sera adoptée ensuite, devra être un instrument moderne capable d'offrir - au niveau paneuropéen - un cadre de référence commun et exhaustif valable sur les plans politique et éthique, ainsi que de guider l'action culturelle future dans plusieurs domaines à la fois : table ronde permanente, réseaux, projets, échanges, bonnes pratiques, réforme administrative, etc.

Au nom du Comité des Ministres, je suis heureux de vous assurer que celui-ci suit vos travaux avec la plus grande attention et le plus grand intérêt. Il vous aidera dans les efforts supplémentaires que vous serez appelés à fournir en vue d'atteindre nos buts communs.

Je vous souhaite tout le succès possible dans vos si importants travaux.