28ème Conférence européenne des Ministres chargés des affaires familiales
"Les changements dans les relations familiales : enfants aujourd'hui, parents demain"
 
Lisbonne, 16 - 17 mai 2006 

Discours de Mme Maud de Boer-Buquicchio, Secrétaire Générale adjointe du Conseil de l'Europe

« Evolution de la parentalité : enfants aujourd’hui, parents demain »

Lisbonne, 16 mai 2006

La vie n’est pas un puzzle et il y a, en règle générale, plus d’une solution aux nombreux défis qu’elle nous pose. La parentalité ne fait pas exception. Tout d’abord, elle a une dimension privée très forte. Elle est un lien intime entre les parents et les enfants, qu’il faut respecter. Ensuite, elle est souvent influencée par les traditions culturelles, dont il faut aussi tenir compte. Pour autant, dans les deux cas, ce respect n’est pas et ne devrait pas être considéré comme asolu.

Indépendamment de la diversité, quelques principes généraux clairs ont évolué avec le temps et se retrouvent partout, par delà les clivages et les différences culturelles et individuelles, pour protéger les droits et les intérêts de l’enfant.

En bref, la parentalité est affaire de responsabilité et non de propriété. C’est peut-être une manière brutale de dire les choses, mais cela a le mérite de poser une limite claire à ce que les parents – ou tout adulte en charge d’un enfant – devraient faire ou ne pas faire.

Le rôle des décideurs est secondaire, mais capital. La Convention des Nations Unies sur les droits de l’enfant de 1999, auquel sont Parties les 46 Etats membres du Conseil de l'Europe, impose des obligations aux parents, mais précise aussi que les parents doivent être soutenus par le spouvoirs publics. De même, la Charte sociale européenne du Conseil de l'Europe dispose que la famille, en tant qu’unité fondamentale de la société – a droit à une protection sociale, juridique et économique pour se développer pleinement.

Et c’est là naturellement que vous, ministres, intervenez.

Je voudrais remercier les autorités portugaises d’accueillir cette importante conférence et souhaiter la bienvenue au nom du Conseil de l'Europe à toutes les délégations participantes, celles représentant notre présent et – si la récente proposition du Premier ministre du Luxembourg voit le jour – notre futur membre, l’Union européenne. Je pense que la qualité des participants montre bien que nous reconnaissons la nécessité de trouver des réponses spécifiques, viables et effectives aux nouveaux défis qui se posent à nos sociétés dans le domaine des affaires familiales.

Votre 28e Conférence traitera de trois problèmes distincts mais liés entre eux et aussi importants les uns que les autres : la définition de politiques familiales appropriées et effectives à la lumière de l’évolution démographique en Europe et des nouvelles structures familiales , les modalités de soutien de la parentalité dans l’intérêt bien compris de l’enfant et la conciliation vie professionnelle et vie familiale. Une bonne politique familiale doit pouvoir apporter une réponse globale et cohérente à ces trois problèmes.

Le déclin et le vieillissement de la population, qui frappent la majorité de nos sociétés, appelle des solutions ouvertes et innovantes, et la participation de tous les intéressés, autorités gouvernementales, parents, enfants, mais aussi société civile et secteur privé.

Je préconise la même approche vis-à-vis des structures familiales qui évoluent rapidement et qui bousculent fréquemment nos attitudes et pratiques traditionnelles et, parfois même, nos préjugés. Le besoin de davantage de démocratie dans les relations au sein de la famille, et d’une plus grande participation des parents et des enfants à la politique familiale, est évident.

Il nous faudra considérer aussi le chemin parcouru en ce qui concerne la conciliation vie de famille et vie professionnelle, qui était le thème de notre dernière conférence à Portoroz. Certains pays membres ont déjà bien progressé, et je me félicite de l’accès plus large aux structures d’accueil de jour, à la plus grande flexibilité des horaires de travail et à la diversité croissante du congé parental. Il semble toutefois que d’autres soient encore à la traîne et, d’une façon générale, la marge de progrès est encore grande s’agissant de la participation des femmes à la vie active et à l’implication des hommes dans la vie familiale.

Je souhaiterais que la conférence aborde ces questions sous un angle plus sexué, car nous ne parlons pas seulement de parents ou d’adultes mais, d’abord et surtout, de femmes et d’hommes, de mères et de pères, dont les situations diffèrent et appellent un soutien et des mesures différentes mais complémentaires.

Le principe fondamental de toute mesure politique doit être l’intérêt bien compris de l’enfant. Les mesures doivent soutenir une parentalité positive, c'est-à-dire soucieuse à la fois du bien-être de l’enfant et de sa responsabilisation, une parentalité qui offre les bases et pose les limites du développement harmonieux de l’enfant sur le plan psychologique, physique, affectif, éducatif et social.

Le rôle des autorités est de créer les conditions qui permettent aux parents et aux enfants de s’engager sur la voie d’une parentalité positive. Une recommandation du Conseil de l'Europe à cet effet est en voie d’élaboration au Comité des Ministres.

Certes, parler de parentalité positive signifie que son contraire – la parentalité négative – existe aussi. Je ne vais pas ici définir ou énumérer toutes les formes possibles de dysfonctionnement dans les relations entre les enfants et leurs parents ou, d’ailleurs, tout adulte ayant des responsabilités vis-à-vis des enfants, mais il est bien entendu que les pouvoirs publics ont et doivent exercer des responsabilités claires à cet égard pour protéger les intérêts et le bien-être des enfants.

J’insisterai seulement sur un point particulier, à propos duquel il reste encore beaucoup à faire en Europe, je veux parler de l’abolition des châtiments corporels.

Je ne m’étendrai pas sur le bien-fondé de cette abolition. Je pense que les raisons sont évidentes et incontestables pour toute personne éclairée et responsable.

En tant qu’adultes, nous avons le devoir de protéger l’intégrité physique et psychologique et, en effet, la dignité humaine de nos enfants. Le respect de leur dignité veut dire que nous ne sommes pas autorisés à les frapper, les blesser ou les humilier. Un point c’est tout. Un environnement familial et le lien qui unit la personne qui frappe et celle qui est frappée – entre époux ou entre parents et enfants – ne sauraient constituer un alibi pour la violence et nous devons changer de mentalité et adapter nos lois en conséquence.

Ce sera ma conclusion et je vous souhaite deux journées de travail fructueuses. Vous êtes ici pour aider à créer les conditions d’une parentalité positive et je n’imagine guère une tâche plus noble et plus gratifiante. L’enfance c’est grandir, pas seulement vieillir, et c’est notre responsabilité collective – en tant que parents et autorités publiques –d’offrir l’occasion à nos enfants de grandir et à l’Europe de grandir pour le mieux.

Je vous remercie.