Conférence des Ministres européens responsables des Affaires culturelles - 20 - 22 octobre 2003 - Opatija, Croatie 

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Jean-Pierre Blais : « Rendre la mondialisation compatible avec la diversité culturelle»

Crée en 1998, le « réseau international sur la politique culturelle » (RIPC) réunit les ministres de la culture de 57 Etats repartis a travers la planete. Il est à l' origine du projet de «convention internationale sur la protection de la diversité culturelle», actuellement en cours d' élaboration par l' UNESCO. Jean- Pierre Blais, Ministre délégué, Affaires internationales et intergouvernementales, Ministère du Patrimoine canadien et représentant du Canada au sein du réseau, explique que ce texte vise à «rendre la diversité culturelle compatible avec la mondialisation».

20 octobre 2003

Question : Quel est l' état d' avancement de ce projet de convention, et quels en sont les principaux aspects?

Jean-Pierre Blais : Il vient de recevoir un appui quasi unanime des pays membres de l'UNESCO. Il vise à permettre à tous les pays de mener leurs propres politiques culturelles, même si celles-ci sont en opposition avec les principes de l'Organisation Mondiale du Commerce. Ainsi par exemple, les Etats-Unis avaient reproché au Canada de subventionner certaines revues et publications canadiennes, ce qui défavorisait selon eux leurs propres éditeurs. Or nos aides visent à encourager les spécificités de la culture canadienne, et nous pensons donc que, pour cette raison, cet impératif culturel ne doit pas être soumis aux mêmes règles commerciales que les autres secteurs d'activité. De nombreux pays sont confrontés, aujourd'hui, à des problèmes similiaires, que ce soit en matière de soutien à l' édition, aux artistes ou aux musées.

Question : Mais ne risque-t-on pas de taxer ces mesures de protectionnistes, ou d' y voir un certain retour vers des politiques nationalistes?

Jean-Pierre Blais : Tout doit effectivement se faire dans la transparence, mais aussi dans le respect des minorités et des droits de l' homme. Le but est de permettre à toutes les cultures de s'exprimer, et certainement pas de favoriser uniquement des politiques «nationales». Il faut bien entendu continuer, en même temps, à s'ouvrir sur le monde et préserver tous les patrimoines existants. Nous rejoignons ici les préoccupations du Conseil de l' Europe, qui va d'ailleurs s' associer maintenant plus étroitement à nos travaux, en tant qu' observateur.

Question : Au-delà de la convention, avez-vous d' autres propositions concrètes pour promouvoir cette diversité culturelle?

Jean-Pierre Blais : Notre réseau est volontairement informel, et peut se réunir et réagir très rapidement. Les ministres de la culture émettent des idées nouvelles, que nous évaluons et recommandons à tous les pays lorsque nous les jugeons positives. Cela concerne par exemple des modes de financement et de partenariats pour créer des musées ou organiser des expositions, mais aussi des mesures de soutien à l' édition et tout particulièrement à la presse.

Nous estimons, par exemple, que si les grands groupes de presse recèlent des avantages, notamment au niveau international, ils ne doivent pas étouffer l' expression des journaux plus petits, en particulier au niveau regional. A nous d' inventer les mesures pour préserver cet équilibre et cette diversité quitte, là aussi, à nous affranchir des principes du commerce tels que les a défini l' OMC. La culture n' est pas un «produit commercial», et a donc besoin d'une politique spécifique : nous voulons que l'UNESCO soit à la culture ce que l' OMC est au commerce.