Conférence des Ministres européens responsables des Affaires culturelles - 20 - 22 octobre 2003 - Opatija, Croatie 

(Seul le texte prononcé fait foi)

Intervention du Saint-Siède à la conférence des Ministres européens de la Culture S.E. Mons. Francesco Javier Lozano, Nonce apostolique en Croatie

Opatija, 20-22 octobre 2003

Monsieur le Président,

Nous sommes ici réunis parce que nous croyons à l’importance des réalités culturelles de l’homme, des communautés humaines, des peuples et des Nations. Les convictions qui nous rassemblent sont notre foi en l’homme, dont le propre est d’exprimer le meilleur de lui-même dans une culture et de participer ainsi à la construction d’un monde plus juste et plus vrai, parce que plus humain. Nous croyons au dialogue des cultures et nous sommes convaincus de son importance : en effet, c’est l’homme tout homme et tous les hommes qui se trouve enrichi quand il s’ouvre à la rencontre des autres et de leurs différences, et qu’il accueille des expressions culturelles autres que celles de sa culture d’origine.

Le tragique commencement du nouveau millénaire nous montre à l’évidence les dangers des replis identitaires, et il invite les ministres en charge des affaires culturelles c’est le grand mérite du projet que nous discutons à développer une culture du dialogue entre les civilisations, dans tous les domaines de la culture.

Comme vous le savez, le Pape Jean-Paul II ne cesse, depuis le début de son Pontificat, de parcourir le monde en invitant les hommes au dialogue et à la paix, au respect de la liberté de conscience et au partage des richesses de l’esprit. Sa remarquable initiative des Rencontres interreligieuses pour la paix, qui se sont déroulées à Assise, manifeste bien le rôle des religions au sein de la société civile pour l’édification d’un monde meilleur, monde de paix, de justice et de concorde entre les peuples.

À la suite du Pape Jean-Paul II et de son Exhortation apostolique post-synodale sur l’Europe, ma délégation voudrait redire devant cette noble assemblée la conviction du Saint-Siège : « Un bon ordonnancement de la société doit s’enraciner dans d’authentiques valeurs éthiques et civiques, partagées le plus possible par les citoyens, en notant que de telles valeurs constituent avant tout le patrimoine des divers corps sociaux. Il est important que les Institutions et les États reconnaissent que, parmi ces corps sociaux, il y a aussi les Églises et Communautés ecclésiales, ainsi que les autres organisations religieuses. À plus forte raison, quand elles. existent déjà avant la fondation des nations européennes, elles ne sont pas réductibles à de simples entités privées, mais elles agissent avec un poids institutionnel spécifique, qui mérite d’être sérieusement pris en considération. Dans le déroulement de leurs activités, les différentes Institutions étatiques ou européennes doivent agir en sachant que leurs systèmes juridiques ne seront pleinement respectueux de la démocratie que s’ils prévoient des formes de saine collaboration avec les Églises et les Organisations religieuses »1 .

La Déclaration que nous sommes sur le point d’adopter s’intéressant justement au dialogue interculturel et à sa dimension religieuse, je voudrais attirer l’attention de l’assemblée sur le nécessaire dialogue entre les institutions civiles et les différentes religions.

En particulier, le Saint-Siège souhaiterait vivement que soit maintenue une nécessaire collaboration avec les représentants des religions pour une présentation juste et équilibrée des celles-ci dans les programmes d’éducation. On. peut imaginer quels seraient, sur les jeunes générations, les effets nocifs d’une présentation orientée ou dévalorisante des religions.

Le Saint-Siège, par les multiples activités éducatives et culturelles de l’Église catholique, est heureux de collaborer avec les États membres de la Convention culturelle européenne et toujours prête à le faire pour la réussite d’une convivialité respectueuse des hommes et des femmes, croyants et incroyants.

Merci, Monsieur le Président.

Note  Note 
1 Jean-Paul II, Exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Europa, n. 114.