Conférence des Ministres européens responsables des Affaires culturelles - 20 - 22 octobre 2003 - Opatija, Croatie 

(Seul le texte prononcé fait foi)

Intervention de Marie-Frédérique Bergeaud, Adjointe au Chef du Département des Affaires Internationales, Ministère de la Culture et de la Communication de la France

Opatija, 21 octobre 2003

Séance de travail 2: Diversité et dialogue
Des stéréotypes aux valeurs fondamentales

L’un des enjeux de la défense de la diversité culturelle est de permettre le libre dialogue entre les cultures. Aussi, chacune des formes de culture doit-elle pouvoir conserver sa spécificité, non pas dans un repli à l’intérieur de frontières mais bien dans une volonté d’échange entre des cultures distinctes, complémentaires et généreuses.

Or, dans le contexte mondial actuel le risque est grand de voir cette multiplicité d’identités se réduire à des produits formatés, standardisés, conformes à l’attente du plus large public, et alimenter en images convenues et stéréotypées ce que l’on peut appeler une culture de masse. Faire passer la diffusion de la culture sous les fourches Caudines des lois du marché entraînerait implacablement et à très court terme, faute de moyens et de débouchés, le déclin du principe même de création artistique.

Formatage, standardisation, réduction au seul divertissement de nos cultures, sont d’ores et déjà des dérives que nous pouvons observer.

La communication, l’information et les médias doivent être partie prenante dans ce travail de promotion de la diversité culturelle compte tenu de leur impact et de leur audience.
Il relève clairement de la responsabilité des Etats d’assurer la sauvegarde, la promotion de nos spécificités culturelles, et le dialogue entre les cultures. Ainsi, au niveau européen, deux instruments en particulier participent dans le secteur de l’audiovisuel à cette ambition. La directive télévision sans frontière adoptée dans le cadre de l’Union européenne prévoit des quotas de production et de diffusion d’œuvres européennes. La Convention européenne sur la télévision transfrontière du Conseil de l’Europe offre quant à elle un cadre juridique visant à faciliter la diffusion transfrontalière des services de programmes de télévision en Europe. Ces textes prémunissent de l’uniformité qui menacerait les productions audiovisuelles si les Etats laissaient seul le marché agir. Par ailleurs, il appartient aux Etats soucieux de préserver la diversité culturelle de faire valoir leur position dans les enceintes internationales dont les négociations ont un impact sur leur capacité à réglementer la prestation et la commercialisation des biens et services culturels.

Aujourd’hui, il est impératif d’aller davantage encore dans ce sens, d’œuvrer en amont afin que soit aiguisée la curiosité vis à vis de l’autre, de développer l’éducation et l’acquisition des connaissances. La déclaration pour le dialogue interculturel et la prévention des conflits va incontestablement dans ce sens.

Je voudrais également insister sur la complémentarité qui existe entre cette démarche et la définition de la diversité culturelle qui consiste à assurer le maintien et l’accroissement de la diversité de la production et des canaux de diffusion culturelle. Dialogue interculturel et diversité culturelle vont de pair. La décision adoptée de façon unanime par l’UNESCO il y a quelques jours d’engager la négociation d’une convention internationale sur la diversité culturelle devrait permettre d’inscrire dans le droit international les principes nécessaires à la promotion des biens et contenus culturels.

Aussi nous nous réjouissons qu’ici à Opatija en l’espace d’une semaine, à l’occasion de la rencontre des ministres du réseau international sur la politique culturelle, et à présent, des ministres de la culture du Conseil de l’Europe, l’ensemble des aspects relevant de la diversité culturelle puissent être abordés.

Nous nous félicitons enfin qu’avec ce texte, fruit d’un intense travail de concertation entre les différentes délégations, les experts, et les responsables du Conseil de l’Europe, les ministres de la culture disposent maintenant d’un véritable instrument au service du dialogue interculturel, de la prévention des conflits et du maintien d’une paix durable sur notre continent.