Conference of the European Ministers of Culture - 20 - 22 October 2003 - Opatija, Croatie 

(To be checked against delivered speech)
(French version only)

GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG
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MINISTÈRE DE LA CULTURE
DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR
ET DE LA RECHERCHE

«LE NOUVEAU RÔLE ET LES NOUVELLES RESPONSABILITÉS DES MINISTRES DE LA CULTURE POUR INITIER LE DIALOGUE INTERCULTUREL, DANS LE RESPECT DE LA DIVERSITÉ CULTURELLE.»

Message by Erna HENNICOT-SCHOEPGES, Minister of Culture, Higher Education and Research of Luxembourg

21 October 2003

Working Session 3 - Governance and inter-sectorial co-operation
Interaction Between Public Sector, Private Sector and Civil Society: Examples of Good Practice

Voici le message que Madame Erna HENNICOT-SCHOEPGES, Ministre de la Culture, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche du Luxembourg aurait voulu prononcer devant vous: pour des raisons impérieuses de calendrier, elle ne peut être avec nous et elle vous prie de l'en excuser:

Monsieur le Président, chers collègues

La question qui est soulevée ici de la coopération inter-sectorielle et plus précisément celle des interactions entre le secteur public, le secteur privé et la société civile me tient particulièrement à coeur en tant que Ministre de la Culture qui ai également en charge l’Enseignement supérieur et la Recherche dans mon pays.

Je dois dire que nous avons la chance de vivre et de travailler dans un petit pays où les proximités géographiques entre les interlocuteurs responsables du secteur culturel sont grandes, ce qui facilite les contacts, la connaissance mutuelle et la coopération. De ce point de vue, nous pouvons certainement mieux que les grandes nations proposer des programmes pilotes, rencontrer directement nos interlocuteurs, sans multiplier les intermédiaires, et évaluer rapidement les résultats de ces programmes.

Nous avons une seconde chance qui est de nous trouver dans une situation interculturelle de fait, due à l’histoire, dans un pays où la population de non-Luxembourgeois est de 37%. Alors que le Luxembourg avait été un pays très pauvre au XIXe siècle (perdant un quart de sa population par l'émigration dans des pays plus riches) cette situation s'est radicalement inversée au XXe siècle: nous avons connu une forte immigration, originaire essentiellement d'Italie, du Portugal et de nos trois pays voisins, la France, l'Allemagne et la Belgique.

On pourrait supposer que le problème de l'identité nationale doit être un casse-tête au Luxembourg. Or cela est beaucoup moins dramatique qu'on pourrait imaginer. En effet, les Luxembourgeois ont, par le fait de nombreuses occupations étrangères des siècles passés, appris à vivre ensemble avec l'étranger, ensemble avec l'autre. Mais il faut dire aussi que notre identité nationale passe par la langue, ou plutôt les langues des Luxembourgeois:

L'ancien Premier Ministre du Luxembourg, Pierre Werner, décédé récemment a fait adopter en 1984 une loi faisant du luxembourgeois la langue nationale du Luxembourg, en gardant au français et à l'allemand une place importante dans la vie politique et quotidienne de son pays: considérant que notre parler, quel que soit son caractère scientifique, représente un lien patriotique très fort entre citoyens de ce pays, le premier article de la loi «sur le régime des langues» proclame solennellement : « La langue nationale des Luxembourgeois est le luxembourgeois. »

La langue française est confirmée comme langue législative. Les langues administratives et judiciaires sont le français, l’allemand et le luxembourgeois.

Ce trilinguisme, que chaque Luxembourgeois essaie de pratiquer avec soin, est non seulement une marque d’identité, il représente un grand atout dans l’émulation à l’intérieur des Communautés Européennes et de la Maison de l’Europe, surtout qu’il est encore complété par la connaissance d’une quatrième langue, l'anglais, le portugais ou l'italien.

En pratique journalière cela se passe donc ainsi: le « parler » luxembourgeois est notre quotidien, il est utilisé de façon suivie dans la création littéraire, journalistique et cinématographique, l’allemand constitue une langue littéraire et journalistique, utilisée par les plus grands périodiques et le français constitue en particulier la langue législative et juridique. Sans oublier la composante lusophone importante et vivante que contribue à valoriser une communauté portugaise et cap verdienne qui atteint presque 15% de la population.

Nos auteurs de théâtre, nos poètes, nos musiciens et même les artistes plastiques qui, comme partout ailleurs doivent faire face à la globalisation des tendances et des modes, se sentent une obligation naturelle de prendre en compte cette diversité linguistique et de l’assumer pour en faire une nouvelle identité que je ne rougis pas de nommer « luxembourgeoise ». Est-ce que je dois rappeler que c’est une artiste de trente ans, née au Luxembourg, Su-Mei Tse, plasticienne et violoncelliste, né de père chinois et de mère anglaise qui s’est vu décerner en juin 2003 le Lion d’Or des Pavillons Nationaux, prix récompensant la meilleure participation nationale à l’exposition internationale d’art contemporain de Venise? J’ajouterai que dans son oeuvre, le symbole des espaces multiples où se croisent les langues, les images, les paysages, répond fortement à cette recherche de l’interculturalité qui nous conduit.

Pour consolider cette identité multiculturelle, nous avons entrepris une démarche de rapprochement qui me semble unique en Europe, celle de créer une synergie entre les centres culturels français, allemand et luxembourgeois, au sein d’une même structure, l’Institut Pierre Werner, du nom d’un des pères fondateurs de l’Europe et créateur de l’euro. Ce Centre qui se place délibérément dans l’esprit des rencontres de Colpach – une des premières initiatives historiques allant dans le sens de la prévention des conflits par la mise en oeuvre du dialogue culturel – rencontres qui ont formé les bases de l’idée européenne, vient d’être officiellement inauguré le 13 octobre dernier en présence des trois ministres des Affaires Etrangères de France, d'Allemagne et du Luxembourg. Il s’est installé au sein d’un Centre Culturel de Rencontre qui se met en place dans un patrimoine historique, l’Abbaye de Neumünster de Luxembourg. Il s’agit bien là de créer les conditions et l’opportunité d’un dialogue culturel, d’y inviter tous les acteurs culturels et d’y accueillir le grand public, non seulement les Luxembourgeois, mais aussi les Français, les Allemands, les Belges de la Grande Région qui participent déjà au quotidien d’une pratique des échanges transfrontaliers.

Tout ceci pour terminer en soulignant que nous avons une troisième chance, celle d’être à la fois localement au coeur d’une identité multiple et en même temps en prise directe avec la Grande Europe. Nous sommes particulièrement heureux de nous être associés au Conseil de l’Europe en 1997, en créant l’Institut Européen des Itinéraires culturels, à partir d’une initiative que l’Institution strasbourgeoise avait lancée dix ans plus tôt avec le programme des itinéraires culturels européens.

Six années après son ouverture dans un patrimoine historique de la Ville de Luxembourg, la Tour Jacob, sur le parcours même d’un des itinéraires les plus fréquentés – plus de cent-vingt mille visiteurs par an -, l’itinéraire «Wenceslas», mon Gouvernement n'a pas à regretter sa décision.

Les Itinéraires culturels, une initiative dont le Conseil de l’Europe a tout lieu d’être fier répond déjà depuis seize ans à beaucoup de questions que nous nous posons aujourd’hui : recréer un dialogue de part et d’autres des frontières par des itinéraires portant sur l’habitat rural, intégrer les minorités linguistiques et ethniques dans la comparaison et la valorisation des fêtes et rites populaires, créer un dialogue inter-religieux par la relecture de l’influence monastique dans toutes ses composantes et la valorisation des chemins de pèlerinage, rassembler des jeunes Européens de toutes nationalités dans des sessions de citoyenneté européenne sur les différents thèmes des itinéraires…

Je n’oublie pas non plus que cette initiative est un exemple de coopération intersectorielle et de continuité entre l’action publique et privée. On n’y connaît pas en effet de cloisonnement entre action patrimoniale et action culturelle et les opérateurs privés, culturels et touristiques, ainsi que les collectivités locales travaillent dans la même filière économique à mettre en oeuvre des programmes nouveaux de tourisme culturel, en particulier dans l’Europe centrale et orientale.

L’Institut Européen des Itinéraires culturels, malgré des moyens budgétaires et en personnel restreints, non seulement travaille au plus proche de tous ces opérateurs, mais leur apporte à distance une information diversifiée dont ils ont besoin. Mon pays a en effet dégagé des moyens complémentaires, pendant la Présidence luxembourgeoise du Conseil de l’Europe, pour que cet Institut dispose d’un outil moderne d’information par la mise en place d’un site web http://www.culture-routes.lu qui permet déjà aujourd’hui au grand public, comme aux porteurs de projets, collectivités territoriales ou structures privées, de bénéficier, là où ils travaillent, de la majeure partie de l’information non seulement documentaire, mais pratique qui leur est nécessaire.

Cet Institut doit de plus s’agrandir dans quelques semaines en s’installant, à côté de l’Institut Pierre Werner à Neumünster pour y établir une grande synergie autour de l’idée : «Dialogue des cultures – Culture du dialogue ».

Puisque nous recherchons ensemble à «initier le dialogue interculturel, dans le respect de la diversité culturelle», je ne peux que répéter le message que j’ai voulu apporter le 23 septembre dernier devant le Comité élargi du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe : donnons-nous ensemble les moyens d’étendre une expérience positive dont les résultats sont tangibles. Faisons en sorte qu’elle profite à de nouveaux territoires de l’Europe! C’est dans la découverte mutuelle, par le voyage des Européens vers de nouveaux horizons de l’Europe, des « anciens » pays membres du conseil de l’Europe vers les « nouveaux », tout autant que l’inverse, que nous entraînerons l’adhésion des citoyens aux valeurs que nous défendons depuis si longtemps.

Nous sommes, ensemble, devant une décision d’importance. Il s’agit de décider si un Accord bilatéral entre le Conseil de l’Europe et le Grand-Duché de Luxembourg peut devenir un Accord Partiel élargi portant création d’un «Centre Européen des itinéraires et du paysage culturel», reliant deux initiatives du Conseil de l’Europe qui s’adressent tout autant à la coopération transfrontalière, au dialogue entre les cultures et les religions, à l’aménagement du territoire, au bien être de nos concitoyens, qu’au partage des valeurs intellectuelles et à la mise en valeur d’un patrimoine commun.

Pour ma part, je pense que nous ne devons pas passer à côté de cette chance.

Je vous remercie de votre attention.