Conference of the European Ministers of Culture - 20 - 22 October 2003 - Opatija, Croatie 

(To be checked against delivered speech)

Speech by Catherine Roth, Director of Culture and Cultural and Natural Heritage of the Council of Europe

20 October 2003

Dear Minister, Ministers, Ambassadors, distinguished Delegates, Ladies and Gentlemen,

Let me warmly thank Minister Vujić for organising two ministerial events around the central themes of diversity and dialogue in such a way that cross-representation as well as a joint meeting have been made possible. This is a unique initiative, which makes it possible that ministers of the international circle and of the European circle meet and discuss formally and informally about common concerns.

But please allow me to go on in French, as I have been several times asked to speak one of the two official languages of the Council of Europe: French. This is also part of cultural diversity.

Une étape fondamentale a été franchie lundi dernier à l’UNESCO, lors de l’Assemblée de la Conférence générale. Par consensus, la Commission de la Culture a donné mandat au Directeur général pour qu’il transmette à la prochaine conférence générale un rapport contenant un premier projet de Convention, instrument normatif international pour la défense de la diversité culturelle.

Monsieur Blais, nous sommes tous conscients du fait que c’est grâce au Réseau International des Politiques Culturelles que ce consensus a pu être trouvé et ce succès remporté.

Par ailleurs, il revient à la Croatie d’avoir initié le projet de cette Déclaration pour le Dialogue Interculturel et la Prévention des Conflits, et d’avoir demandé au Conseil de l’Europe d’organiser avec elle cette conférence ministérielle sur « Le nouveau rôle et les nouvelles responsabilités des ministres de la Culture pour initier le dialogue interculturel, dans le respect de la diversité culturelle », rendant en cela justice à la fonction de réflexion et d’analyse des problèmes culturels et de société, qui est celle de l’Organisation internationale que je représente. Offrir au travail politique intergouvernmental un fondement philosophique et intellectuel, tel est le rôle de la Direction de la culture et du patrimoine culturel et naturel du Conseil de l’Europe. Merci, monsieur le Ministre, nous entamons aujourd’hui grâce à vous et à Mme Balić, votre vice-ministre également présidente de notre Comité directeur de la culture, une réflexion pionnière et dont je pense qu’elle sera historique.

Une problématique fondamentale nous préoccupe, celle de ce qu’on a d’abord appelé “exception culturelle”, avant de se dire qu’on nommait ainsi l’outil juridique destiné à protéger face à la mondialisation ce qui est notre but commun : la diversité culturelle.

De fait, nous consacrons en droit la légitimité des politiques culturelles et des mesures – notamment législatives et financières qu’elles impliquent.

Le Conseil de l’Europe a adopté sa Déclaration sur la diversité culturelle en décembre 2000. Il s’agit là du premier consensus à niveau européen sur le sujet, ainsi que du premier texte qui a proposé une définition du concept.

Nous franchissons un pas de plus avec le projet de Déclaration qui va nous occuper durant cette conférence, puisque nous traitons maintenant du dialogue constructif entre les diversités.

C’est à un travail commun que nous invitons les pays signataires de la Convention culturelle du Conseil de l’Europe et les membres du Réseau International des Politiques Culturelles.

Pourquoi ? D’abord parce que cela correspond à un souhait du Secrétaire Général du Conseil de l’Europe, M. Walter Schwimmer, celui d’élargir les débats initiés dans notre Organisation au-delà de ses pays membres, afin de faire comprendre l’action du Conseil de l’Europe vers l’extérieur, tout en rendant plus efficace notre action en Europe-même par l’association avec des pays hors du continent européen.

La seconde raison est que nous sommes complémentaires, non seulement géographiquement mais également sur le plan fonctionnel, le Conseil de l’Europe poursuivant sa mission normative dans un contexte philosophique ambitieux mais avec pragmatisme.

Nouveau Directeur de la Culture et du Patrimoine culturel et naturel du Conseil de l’Europe, je réfléchis actuellement aux nouvelles lignes directrices de notre activité pour les années à venir. Je vous propose quelques sujets sur lesquels je souhaiterais que nous nous penchions ensemble.

D’abord, quelle diversité défendons-nous ? L’homogénéité culturelle des nations est un sujet de plus en plus difficile. Autant il est vrai que les nations se sont fondées à la fin du XVIIIe et au XIXe siècle sur l’homogénéisation culturelle, autant, au XXIe siècle, il y a nouvelle donne. Les flux migratoires plus ou moins bien assimilés et l’inadéquation des frontières politiques et linguistiques font qu’il nous incombe de définir les niveaux auxquels nous voulons défendre la diversité culturelle : national, régional ou local, tranfrontalier, transnational ?

Secondement, je voudrais attirer votre attention sur le fait que la diversité culturelle, c’est aussi la diversité des formes d’expression. Nous nous battons depuis plusieurs années pour l’audiovisuel (je renvoie à l’accord partiel Eurimages), et plus largement pour les secteurs dits “industries culturelles” (cinéma, livre, disque, architecture, nouvelles technologies), puisque, vecteurs d’image générant d’importants flux financiers, ils attirent aussi les plus grosses convoitises et sont, en conséquence, en danger.

N’oublions pas cependant d’autres secteurs tout aussi indispensables à la vie culturelle de nos sociétés. Si nous parlons de musique contemporaine, demandons-nous par exemple quel pourcentage des créations mondiales sont repris en radiodiffusion. De moins en moins. Ce domaine me permet d’illustrer ce qui me paraît un des grands maux contemporains encore très peu formulé, la marginalisation de l’art ou une scission inquiétante entre art et société. Après la démocratisation des expressions culturelles dans les années soixante-dix et quatre-vingt, nous commençons à assister au phénomène inverse : c’est l’art dit élitiste, terme que je récuse en raison de sa connotation négative, qui tend à disparaître de la scène. J’en veux pour exemple les difficultés des théâtres dans beaucoup de pays en Europe, les difficultés des grands opéras, les grandes tendances d’uniformisation mondiale qu’on observe dans les arts plastiques sur les grandes foires : uniformisation inquiétante. N’oublions pas que cet art dit élitiste pose les jalons de ce que sera la société dans dix ou vingt ans.

J’insiste également sur le patrimoine, souvent symbole de l’identité d’une nation, qui peut être source de conflit ou au contraire d’intégration, sujet auquel le Conseil de l’Europe est très attaché avec, par exemple, l’élaboration d’une convention-cadre sur le patrimoine culturel ou l’entrée en vigueur d’une convention sur le paysage naturel, celle de Florence. Là aussi est la diversité culturelle.

Evitons enfin l’Europe forteresse, prenons dans chaque culture ce qui peut enrichir la nôtre et le dialogue international. Demandons-nous sérieusement pourquoi certains produits américains de très grand public sont si faciles à écouler sur nos marchés – leur vente à bas prix en raison de l’amortissement sur leur gigantesque marché national n’est pas la seule raison.

Réfléchissons sur l’acculturation des jeunes d’origine immigrée, sur les problèmes des minorités et de leur expression nationale. Enfin, favorisons une presse culturelle indépendante et de qualité, car elle est l’interface entre l’art et le public.

Pour traiter de ces questions et de nombreuses autres, le Conseil de l’Europe souhaiterait devenir observateur du Réseau International des Politiques Culturelles à titre permanent.

Echangeons nos expertises et partageons nos “bonnes pratiques” dans le but d’un enrichissement réciproque, et mettons nos diversités au service de la défense des valeurs communes que sont la diversité et le dialogue.

Merci de votre attention.